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Mektoub My Love : Canto Uno

    

   Film du 29 mars au 3 avril

  MEKTOUB MY LOVE : CANTO UNO

                    

De Abdellatif KECHICHE – F – 2017 – 2h55

Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche

n« Mektoub my love » est une libre adaptation du roman « La blessure, la vraie » écrit par François Bégaudeau en 2011. Ce récit initiatique, situé dans les années 80 en Vendée raconte l’été des 15 ans de l’auteur. 

Avec Kechiche on est en 1994 à Sète. C’est le plein été. Un groupe de filles et de garçons s’éclatent à la plage, dans les bars, en boîte. Ils ont 20 ans, viennent d’un peu partout, Paris, Nice, la Tunisie…. Des couples se forment, se déforment, la jalousie s’insinue…..

L’un de ces jeunes est plus en retrait. C’est Amin, un Adonis qui attire toutes les filles mais ne couche pas même s’il rêve sans doute de séduire Ophélie. Hélas, c’est son cousin, Tony, cavaleur invétéré qui l’a devancé. Le plaisir charnel est présent dès le début du film : Amin se pointe à vélo chez Ophélie et découvre par la fenêtre son amie avec Tony. Cette première séquence révèle la sensualité plantureuse d’Ophélie Bau (un faux air de Claudia Cardinale ). Ce n’est pas la seule : elle et tous les autres, filles comme garçons, sont d’une beauté lumineuse, resplendissante de vie. Auguste Renoir n’est pas cité par hasard. La vision du réalisateur célèbre les corps comme des déesses ou des dieux de l’Olympe. Sous l’apparence naturaliste se cache toute une part mythologique. Le profane et le sacré (à travers une magnifique mise à bas d’une brebis) sont intimement liés…..

Comme dans tous ses films précédents, le cinéaste privilégie et loue la femme, sa sensibilité, sa puissance. L’homme, à côté, paraît plus petit, plus insaisissable. A l’image d’Amin si secret, sur lequel on s’interroge forcément : est-il timide, puceau, gay ? Il regarde, enregistre tout, fantasme, envie cette vie qui jaillit autour de lui.

Cet Amin qui écrit des scénarios et regarde seul des films, enfermé dan sa chambre, alors que dehors le soleil rayonne, n’est-ce pas Kechiche lui-même au temps de sa jeunesse ? On est d’autant plus tenté de voir un autoportrait que le personnage est en voie d’ascension sociale, tout en gardant un attachement viscéral à sa classe d’origine, populaire….

« Mektoub my love » est un hymne au bel âge, une ode gorgée d’énergie, où la liberté prime sur le scénario. Il y a pourtant une intrigue, des intrigues même, comme chez Marivaux. De fausses confidences en serments trompeurs, de petites en grandes infidélités, le film semble parfois un prolongement de « L’esquive » quinze ans plus tard. La cruauté et le chagrin y ont leur place mais en mode mineur.

Ce premier volet de l’œuvre, si ouvert aux interprétations, si riche de pistes possibles nous fait d’ores et déjà attendre avec impatience sa suite.

Critique de Jacques Morice (Télérama du 21 mars). 

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