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La nuit venue

LA NUIT VENUE

De Frédéric Farrucci–France-1h35.

Avec  Guang Huo, Camélia Jordana, Xun Liang.

Un jeune et bel immigré chinois clandestin noue un lien inespéré avec une prostituée et danseuse dénudée. Une romance et un polar dans le Paris des quartiers déshérités, aujourd’hui, où précarité et violences confrontent à une vie cruelle. Un premier film fort et percutant, mais aussi beau et mélancolique, avec un acteur non-professionnel au charisme subtil et une actrice d’une volupté flamboyante.  Ils incarnent des personnages inédits dans le cinéma français, situés dans le Chinatown-sur-Seine. Un propos résolument politique et très documenté sur la vie cachée à l’ombre de l’ultralibéralisme, par un vrai metteur en scène.

Frédéric Farrucci : « J’ai été touché par ces hommes mal accueillis, fragilisés par la précarité et tombés sous la coupe  des mafias intracommunautaires qui les protègent, mais les exploitent. Avec les VTC, la clandestinité s’est accrue. Ces hommes n’ont aucune visibilité sur le jour où leur dette envers leurs « protecteurs » sera soldée : le comble de la perversion ultralibérale ! »

« J’ai approché une chercheuse  au CNRS, Simeng Wang, qui a écrit « Illusions et souffrances. Les migrants chinois à Paris ». (…) Pour incarner ces chauffeurs, il fallait des natifs de Chine et non des immigrés de deuxième génération. D’où un casting sauvage, y compris pour les autres figurants. (…) ces Ivoiriens qui tiennent un garage clandestin(…) Nous avons reconstitué fidèlement la séquence avec des vendeurs de fleurs bangladeshis, nous avons filmé tel quels les vendeurs de petites tours Eiffel sur le Champ-de-Mars, et les campements de sans-papiers sous le périphérique. » (Extrait de Télérama 3679 p. 13)

Camélia Jordana a été révélée comme chanteuse à 16 ans en 2009 par Nouvelle star, le télé-crochet. En tant qu’actrice, La Nuit Venue est son douzième film. Elle y  incarne Naomi, « travailleuse du sexe » dit-elle. « J’ai lu le scénario au moment où je sortais l’album Lost et j’y ai trouvé le même engagement. Naomi et Jin sont prisonniers d’un esclavage moderne, choisi, et se mettent à fantasmer sur leur fuite…C’est super classe de la part du réalisateur et de ses productrices de montrer ce Paris-là et de montrer un film avec ces gueules-là, une Arabe et un Chinois, pour têtes d’affiche ! » (…) «  J’ai une triple culture, mon père est berbère, ma mère arabe, je suis une artiste (…) entourée d’homos, de Noirs, de pauvres, de riches. J’ai la chance d’être à un endroit de la société où je croise le monde entier. J’adore. » Le César de l’espoir féminin décroché pour Le Brio, en 2018, lui a apporté « des rôles de femmes, et pas seulement de femmes arabes. » Sa force de résistance hors du commun, Camélia Jordana pense la tenir de son enfance : « J’ai une mère extraordinaire, qui est aussi complètement folle. Elle m’a offert le monde et, en même temps, fait subir mille choses…  ça m’a donné cette maturité : depuis que j’ai 11 ans, j’en ai  40 ! »  En septembre sortira « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », film d’Emmanuel Mouret labellisé Cannes 2020. Elle y joue une Daphné enceinte d’un François (Vincent Macaigne) et qui se raconte à un Maxime (Niels Schneider).    (Extrait de Télérama 3679, p. 38-39)

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