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Portrait de la jeune fille en feu

Un film de Céline Sciamma

France 2019 – Durée 2H

Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valéria Golino 

 

Le cinéma français a une sacrée dette envers Céline Sciamma : celle de nous avoir fait découvrir le charme et le talent d’Adèle Haenel, en 2007, au moment de la sortie très remarquée de La Naissance des Pieuvres. Depuis, l’actrice a tourné avec les réalisateurs les plus en vue du pays. Dans ce film d’époque, le Portrait de la Jeune Fille en Feu imagine le rapprochement entre une peintre et son modèle, et l’inévitable tension érotique qui va naître entre elles. Or, si l’homosexualité féminine est un sujet récurrent dans la filmographie de Sciamma, c’est la première qu’elle l’aborde par le prisme historique. Toutefois, en plaçant leur rencontre en 1770, il ne s’agit pas de profiter du contexte politique houleux qui précédait la Révolution française, mais bien de rappeler qu’en ces temps pas si ancestraux, les femmes avaient une liberté des plus limitées, puisqu’elles étaient contraintes de se marier, afin de sortir du couvent.

La sobriété de la mise en scène participe pour beaucoup à l’intensité du feu érotique, qui bout sous la surface des faux-semblants. Le travail effectué par la directrice de la photographie, qui vise à donner à chaque plan l’allure d’une peinture animée, n’est certainement pas pour rien dans la beauté qui se dégage du contenu. Et la splendeur des décors confère à l’ensemble un vrai charme pictural. Mais le plus magnifique du film apparaît dès que les deux femmes s’observent l’une l’autre : le jeu des regards véritablement troublant se suffit alors à lui-même pour rendre leur attirance inavouée. 

D’après Julien Dugois . AvoirAlire

Céline Sciama : Dès que j’ai commencé à rêver au  film, le grand enjeu de reconstitution était plutôt du côté de l’intime, de la restitution du cœur. Si ces femmes se savaient condamnées à des vies toutes tracées, elles étaient traversées pour autant d’autre chose. Elles étaient curieuses, intelligentes, avaient envie d’aimer. Leurs désirs ont beau s’inscrire dans un monde qui ne les autorise pas, ils n’en sont pas moins là. Le rôle est sentimental et intellectuel, et Adèle parce qu’elle travaille au vivant sans jamais cesser d’y réfléchir, a la puissance pour incarner les désirs et la pensée des désirs. Nous avons travaillé avec une très grande précision sur le plateau, notamment sur sa voix. D’après « tournages de Bretagne «

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Give Me Liberty

GIVE ME LIBERTY
Un film de Kirill Mikhanovsky – Etats-Unis – 1h51 – VOST
Avec : Chris Galust, Lauren « Lolo » Spencer, Darya Ekamasova…
 
Vic (Chris Galust), jeune conducteur de véhicule utilitaire pour personnes sévèrement handicapées, veille également sur un grand-père russe qui retombe dans une enfance particulièrement agitée. Le jour où cet aïeul doit assister à des funérailles, Vic accepte de le transporter au cimetière avec d’autres seniors de la communauté, tout en menant de front ses courses du jour. Mais les requêtes de chacun, auxquelles s’ajoutent une pluie d’imprévus, compliquent considérablement son parcours. Comme cette manifestation qui bloque le quartier afro-américain et l’empêche de récupérer à temps une jeune femme noire atteinte de la maladie de Charcot, Tracy (Lauren « Lolo » Spencer), excédée par son retard. Sous pression, Vic prend également à son bord un dénommé Dima (Maxim Stoyanov), un Russe louche qui se prétend le neveu de la défunte, mais dont on perçoit mal les véritables intentions. L’attelage hétéroclite fonce aux quatre coins de la ville et manque plus d’une fois de chavirer…
Give Me Liberty, qui se déroule sur une seule journée, se signale d’emblée par son rythme trépidant, celui d’une course folle à travers la ville. Sous ses airs de comédie à l’habillage réaliste, le film vaut pour son incroyable galerie de personnages, interprétés par un casting d’acteurs non professionnels, pour certains issus de Milwaukee, qui sont aussi bien la chair que le moteur du récit. Vieillards azimutés, clandestins russophones, minorité afro-américaine, handicapés moteurs et mentaux : ceux-ci composent un attelage hétéroclite, réserve de visages hirsutes, de corps cabossés, d’accents étrangers et de mobilités incontrôlables, qui ne rencontrent pas souvent les honneurs de la fiction officielle.
La camionnette de Vic est, en quelque sorte, la métaphore du film : elle est la voiture-balai des derniers laissés-pour-compte de l’Amérique, ceux dont les corps sont dépourvus de la moindre valeur marchande.

« Dans ce mélange d’excentricités, de tendresse et de tragédie, réside sans doute un peu de ce mystère qu’est l’âme russe frotté au melting-pot américain « (Baptiste Thion).

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303

303

De Hans WEINGARTNER–Allemagne-2h. Avec Anton Spieker, Mala Emde, Arndt Schwering-Sohnrey. VOST

Ils ont vingt-quatre ans. Elle vient d’échouer à un examen, elle est enceinte mais n’est pas sûre des intentions de son copain. Il vient d’être recalé pour une bourse d’études. Il veut aller voir son père (qu’il n’a jamais connu) en Espagne, elle rejoint son copain (qu’elle connaît mal) au Portugal. De là naît une rencontre impromptue à l’occasion d’un covoiturage dans un vieux van Mercedes 303. Un débat surgit (le premier d’une longue série, ils ne sont d’accord sur rien) : sur le suicide et la mort ce qui occasionne un faux départ ; elle le débarque.

Mala Emde et Anton Spieker incarnent bien la jeunesse attachante. Ils se retrouvent par hasard. Très vite, ils quittent les chemins tout tracés pour prendre la tangente.

À travers les petites routes et les paysages bucoliques, les kilomètres défilent, la destination se rapproche et eux aussi. Ils se perdent dans leurs émotions, se dévoilent petit à petit, partagent des douleurs, font leur thérapie en cheminant. Les souvenirs de l’un font écho au vécu de l’autre. Ils se bousculent, se font réfléchir, évoluer l’un l’autre.

On se laisse complètement emporter et charmer. La bande originale participe efficacement à l’atmosphère et puis, avec le recul, on voit les « défauts ».

C’est souvent trop manichéen. Pour lui, la vie entière est une compétition. Elle prône la coopération. Les sujets s’enchaînent : politique, histoire, biologie, affaires de cœur. Ce sont surtout des conversations typiques d’adulescents. La sincérité, l’authenticité et le charme incontestable de ce road movie en font un film très agréable. Le réalisateur, Hans Weingartner, sait parfaitement mettre en scène la délicatesse, un réel romantisme et la naissance des sentiments.

 

Extrait de la critique de Benjamin Oppert, aVoir-aLire.com

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Une grande fille

UNE GRANDE FILLE

De Kantemir BALAGOV–Russie 2h17 avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov. VOST

Le jeune prodige du cinéma russe, 28 ans, est à l’image de ses films : un mélange d’énergie et de tendresse. La première dynamise sa réalisation virtuose, la seconde nourrit ses héroïnes puissantes. « Une grande fille » (prix de la mise en scène à Un certain regard lors du dernier festival de Cannes) chronique l’amitié tourmentée, dans le Leningrad en ruines de 1945, de deux anciennes militaires traumatisées par la guerre. « Les femmes sont les héroïnes de notre temps, assure Kantemir Balagov. Un homme qui se rebelle finit toujours par revenir à une certaine forme de tradition. Les femmes, elles, font vraiment exploser les cadres. »

Une grande fille est l’adaptation très libre de La guerre n’a pas un visage de femme, le bouleversant recueil de témoignages de Svletana Alexievitch sur la Seconde Guerre Mondiale en Union Soviétique. Mais le jeune réalisateur explique avoir trouvé son inspiration dans les nouvelles de Tchekhov. Cependant, « Le cinéma est un art des sensations, analyse-t-il.  Je ne m’intéresse pas à ce que pense un personnage, mais à ce qu’il ressent. » Il a conçu le scénario puis le montage d’Une grande fille pour provoquer « une cascade d’émotions », avec une scène « particulièrement secouante dans le premier quart d’heure pour accrocher les spectateurs ». Il aime désarçonner le public en amenant ses personnages vers des comportements amoraux, et « parvenir à les justifier »

Ces portraits de femmes blessées ne seraient pas aussi admirables sans les personnages secondaires que le réalisateur parvient à faire exister en quelques scènes inoubliables.

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Le teckel

Le TECKEL présentation longue.pdf

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