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SIBEL

C’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes.  Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent.  Ici chacun parle et comprend la langue sifflée qui s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés.  Pas d’autre choix que ce langage ­volatile,  pour la si belle Sibel, puisqu’elle est muette. La fière aînée du maire, rejetée en raison de son handicap, cherche à s’intégrer en tuant un loup, qui hante les villageois. Mais, un jour, c’est un homme traqué, blessé, qu’elle rencontre, sauve et cache. Car Sibel ne craint pas non plus ce « loup »-là…

Venu du documentaire, le couple franco-turc Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti a su impliquer la population dans un conte forestier qui prend, de plus en plus violemment, les contours d’un suspense politique sur le courage obstiné d’une jeune femme, et son émancipation — sociale, sexuelle — dans une société patriarcale. Le mouvement du film est constant , qui suit Sibel dans la forêt, dans les rues du village , où tous chuchotent sur son passage et dans la maison familiale où elle remplit les tâches domestiques pour son père veuf, une belle figure masculine.

Dans le rôle, Damla  Sönmez, déjà star en son pays, et qui a mis six mois à apprendre la langue sifflée, est renversante : la plus belle des héroïnes pour faire entendre, très loin, le mot « liberté ».

 

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La Flor 1 2 3 4

LA FLOR, 1,2,3,4

 De Mariano LLINÁS  – Argentine-13h34 en 4 parties de 3h20 environ (qu’on peut voir séparément) comprenant 6 épisodes.  Avec Elisa Carricajo, Valerie Correa, Piliar Gamboa, Laura Paredes. VOST

Voilà une récréation picaresque où se mêlent fantastique, espionnage, mélodrame musical et qui regorge d’humour et de lyrisme. On rencontre des personnages extravagants dans des histoires abracadabrantes. La psyché et le désir féminins irriguent  le récit : un quatuor d’actrices revient dans chaque épisode (le 5ème excepté) avec de nouveaux rôles chaque fois, où elles incarnent une femme libre, indépendante, conquérante et savante, guerrière, voire meurtrière, dans un monde patriarcal et machiste. L’amour s’y manifeste, follement platonique lorsque il est contraint d’être réprimé, orgiaque, dans un asile psychiatrique où un amnésique affole la libido des soignantes, passionnel, dans un mélodrame fiévreux où un couple livre une bataille homérique. La musique et une voix off accompagnent ce voyage dans un imaginaire infini.

 

Dans La Flor 1, cela commence par un épisode fantastique où une momie source de ravages est au centre d’une bien étrange histoire, située dans un laboratoire d’analyse archéologique, en lisière d’un désert… puis viendra le mélodrame musical.

 

Dans La Flor 2, (3h10) voilà le temps de l’espionnage. Quatre agentes secrètes doivent récupérer un scientifique kidnappé. Il y a du guet, du grabuge, de l’absurde surréaliste. Puis le film retrace le passé héroïque de deux espionnes. Follement picaresque, l’ensemble est un régal, combinant humour et souffle poétique.

 

La Flor 3 (3h24) est la partie la plus riche et la plus intense, avec la 1. Défile maintenant le passé des deux autres espionnes. Le tout se termine par les tribulations d’une équipe de cinéma, surréalistes au possible.

 

Dans La Flor 4 (3h24), on suit une enquête farfelue sur une disparition, etc. On contemple l’errance d’Anglaises revenue du désert des indiens. Epique, surréaliste, revigorant

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Comme si de rien n’était

DÉBAT sur le film

«Comme si de rien n’était»

 

lundi 6 mai 2019

à Ciné-Mont-Blanc, Sallanches

dans la salle, après la séance du soir

organisé par Cinécimes

 

 

Un film de Eva Trobisch

Avec Aenne SchwarzAndreas DöhlerHans Löw…1h30  Allemagne, VOST, sortie le 6 mars 2019

 

Jeanne tient à contrôler sa vie. Elle est forte, indépendante, moderne, cynique et réclame le droit d’être qui elle veut. Elle porte sa féminité fièrement. Mais, ce qui n’arrive qu’aux autres vient de lui arriver. C’était un soir de fête. Ils étaient sans leurs conjoints, ils avaient trop bu, elle s’est laissée embrasser. Elle a dit non mais il avait envie. Pas de menaces, juste quelques minutes minables de jouissance arrachée. « On ne va pas en faire tout une histoire » dit-elle au grand dadais, pathétique, qui l’a violée sans en avoir l’air. Ce n’est pas possible, elle ne veut pas devenir une victime. Que s’est-il donc passé ? Que faire ?

Et puis la voilà confrontée à son agresseur sur son lieu de travail, un agresseur que tout le monde semble trouver, soit inoffensif, soit appréciable. Mal-être. Et son attitude pleine de sollicitude et de remords la torture. Il n’est pas détestable. Ce n’est pas un homme violent, abusif, dominateur, et pourtant il l’a fait.

Mais que s’est-il donc passé ?

Plus Jeanne fait comme si de rien n’était, plus son retour à la vie normale est comme un mirage. Tel un poison lent qui s’insinue, ce qui est arrivé ronge sa vie et celle de ses proches. Les stéréotypes de notre culture sur des victimes pures et des bourreaux barbares sont remis en question. La réalisatrice multiplie les plans de dos et de profil des personnages, dans la mêlée de leurs tourments.

 

Mais qu’a voulu faire Eva Trobisch ? : « L’idée n’a jamais été de faire un film sur le viol. (…) J’ai développé le personnage pour en faire une femme moderne, éduquée, rationnelle, cynique, une femme qui réclame le droit d’être qui elle veut, de ne pas être contrainte par quoi que ce soi ou qui que ce soit. Je voulais me poser la question à la fois de la force et des limites de cette auto-détermination, qu’elles soient sociales, physiques ou émotionnelles. (…)  Dans la vie, on n’a jamais une vue d’ensemble, on saisit juste des morceaux. Je préférais donc suivre mes personnages de dos ou de profil sans jamais en savoir plus qu’eux ni être dans une pièce avant qu’ils n’y entrent. Mes personnages ont leur existence propre, je les suis, je ne les explique pas. […] Je soulève des questions, j’invite les gens à réfléchir avec moi, mais je n’ai pas la solution. Je ne veux et ne peux rien promettre. »

 

Une autre lecture s’ouvre donc, où il est question des limites de la personne libre et individualiste. Jusqu’où est-il possible de vivre hors des contraintes de la vie en société lorsque ladite société est de plus en plus atomisée ? Et jusqu’où est-il possible de vivre hors de son propre corps même si le virtuel (dont le cinéma) tend à nous le faire croire ? Comment prendre soin de soi et de l’autre ?

 

Les préceptes sur le souci de soi des philosophes de l’Antiquité grecque et romaine sont-ils encore adaptés à notre époque ?

Et jusqu’à quel point peut-on rester indépendant intellectuellement et moralement ? Et est-ce toujours une force ? La faiblesse n’est-elle pas parfois une force ? L’erreur qui nous apprend et l’expérience de la souffrance, ne nous éveillent-ils pas au souci de soi et de l’autre ?

 

Née à Berlin en 1983, Eva Trobisch a commencé sa carrière en tant qu’assistante d’abord au théâtre, puis au cinéma.

En 2009, elle étudie au HFF (Hochschule für Film und Fernsehen) de Munich pour y apprendre la réalisation de films, se rend à la New York University’s Tisch School of the Arts en tant qu’étudiante invitée, et s’inscrit en 2015 dans un master d’écriture de scénario à la London Film School. Comme si de rien n’était (Alles ist gut) est son film de fin d’études.

 

En roc se découvrant soudain friable, l’actrice Aenne Schwarz est impressionnante.

 

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C’est ca l’amour

C est ca l’amour de Claire Burger- France 2018- 1h 38

Avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg

Avec ce titre peu prometteur, le second long métrage, de Claire Burger, (après Party Girl, caméra d’or au festival de Cannes en 2014) raconte une histoire ordinaire : un couple de quinquagénaire est en crise : Armelle, la mère quitte la maison, le père Mario reste, seul avec ses 2 filles, Nikki et Frida.

Librement inspiré de l’histoire de la réalisatrice, ce deuxième long métrage est, comme le précédent, tourné à Forbach, avec un casting en partie non professionnel. A l’énergie brute du naturalisme, se mêlent des visions mélancoliques et burlesques.

Tout tient d’abord dans le portrait de ce père joué par Bouli Lanners : petit homme dépassé et débonnaire, amoureux de sa femme comme de ses enfants, avec l’air perpétuellement perdu, se révélant bouleversant, juste, toujours a sa place.

Et c’est ensuite dans l’intimité de cette maison, dont on connaît bientôt les moindres recoins, et le désordre de sa vie personnelle, où se déploient des relations devenues explosives avec ses filles, Nikki et Frida (extraordinaires non-professionnelles, Justine Lacroix et Sarah Henochsberg), que le film s’incarne. L’attention portée à leurs échanges, leurs éclats, leurs accès de tendresse, et à la manière dont leurs corps se partagent l’espace (les portes ouvertes qui devraient rester fermées, la fenêtre de la chambre comme seule échappatoire), donne au tableau la richesse du vécu.

La bonne idée du film est de diffracter le désarroi sentimental de Mario sur ses filles, un flirt de l ainée et les premières expériences homosexuelles de la plus jeune, comme si le départ de la mère avait libéré des énergies amoureuses déclinées sur un large spectre.

L’ensemble a une tendresse comique, indéniablement touchante, ne tombant jamais dans le sentimentalisme. : C’est un film d’une grande émotion.

 

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FUNAN

FUNAN                                                                                                                                                                   De  Denis Dos – France/Belgique/Luxembourg/Cambodge  – 2018 – 1h22                                                                Avec les voix de Bérénice Bejo, Louis Garrel.                                                                                                  

Une famille cambodgienne dans la tourmente de l’histoire à l’arrivée des Khmers rouges. Un premier film et un sommet du cinéma d’animation, justement plébiscité  et couronné lors du dernier festival d’Annecy.

En 1975, les Khmers rouges décident de vider Phnom Penh et de déporter ses habitants vers des camps de travaux forcés. Quiconque se révolte est tué. Une famille comme les autres prend le chemin des camps de travail. Dans cette longue file : des hommes et des femmes, des jeunes et des vieillards, qui avancent tête baissée dans l’angoisse de ce que l’avenir leur réserve. Soudain, un gamin de 4 ans lâche la main de sa mère. Les parents hurlent son nom. La grand-mère file à sa poursuite. Trop tard ! Les armes bloquent désormais le passage. Sovanh et ses parents sont séparés. De camp en camp, ils n’auront de cesse de chercher leur fils, de savoir s’il est en vie, de se rapprocher de lui. Au fil du temps, les conditions de détention vont se faire de plus en plus dures. La nourriture de plus en plus rare.
                                                                                                                                                                   HORS CHAMP.  Funan  nous fait vivre le drame cambodgien à travers l’odyssée de                 cette famille. La principale qualité de Denis Do tient dans sa simplicité. Son récit se                 déplie harmonieusement ; la narration linéaire nous fait ressentir le temps qui passe.                  C’est par la suggestion que le cinéaste impose les images les plus fortes. Celle des                 mets abandonnés dans le logis au début du film symbolise la rapidité de la rafle opérée               par les Khmers rouges. La vision de la ville déserte fait monter l’angoisse d’un cran.                Et on imagine plus qu’on ne voit les atrocités commises par les autorités du camp.                C’est hors champ que les hommes sont tués, que les femmes meurent de faim. Il s’autorise une seule exception dans ce très subtil traitement de la violence : celle d’un prisonnier contre son ancien bourreau. Pour ne pas passer sous silence que le désir de vengeance existe.

DÉLICATESSE
Denis Do travaille ainsi sur l’émotion du spectateur sans jamais forcer le pathos. Il tisse un suspense qui nous fait espérer les retrouvailles entre la mère et son fils. Et en maniant l’ellipse avec intelligence, le cinéaste nous fait ressentir tout au long de son récit ces quatre années de camp de façon très intime. Il s’en dégage une poésie, une délicatesse sans égales. Sans doute parce que dans ce film qui parle du désespoir des hommes, le réalisateur accorde une grande place à la nature. On voit les femmes qui travaillent à la rizière, l’immensité des champs, le foisonnement de la forêt tout autour. On est témoin par flashs de la vie de Sovanh – petite silhouette menue et songeuse, à cinq kilomètres du camp des parents… ou peut-être à cent – sans jamais savoir s’il s’agit de la réalité ou des rêves de la mère. Son graphisme, influencé par l’animation japonaise, et notamment le travail des Studios Ghibli, est très réaliste mais garde une candeur enfantine. Le jury du Festival d’Annecy ne s’y est pas trompé en le récompensant lors de son édition 2018 d’un Cristal, la récompense suprême. Denis Do a tout d’un grand.                                                                                                                                        

D’après les critiques de PREMIERE – Sophie Benamon.

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TEL AVIV ON FIRE

TEL AVIV ON FIRE

de Sameh ZOABI – Luxembourg – France – Israël – 1h37 VOST  

Avec : Kais Nashif, Lubna Azabal, Yaniv Biton

 Stagiaire, à 30 ans, sur un feuilleton d’espionnage palestinien à succès, Salam est arrêté à un check-point. Alors que son travail ne consiste qu’à aider l’actrice principale à bien prononcer l’hébreu, il se vante auprès d’un officier israélien d’être le scénariste… Mal (ou bien) lui en prend, car ce militaire, plus sentimental qu’il n’y paraît, tient dur comme fer à une fin heureuse, mais peu orthodoxe, pour le dernier épisode…Cette comédie insolite réussit à montrer une zone géopolitique des plus brûlantes avec un humour des plus pacifiques. Construite en allers-retours constants entre Ramallah et Jérusalem, et entre le feuilleton et ses coulisses, elle s’appuie sur un bel espoir : la fiction peut réconcilier les inconciliables, pour une nouvelle génération désireuse d’écrire sa propre histoire… (Télérama Guillemette Odicino)

Une tragicomédie détonante qui s’empare malicieusement du conflit israélo-palestinien par le biais de l’écriture et du tournage d’un feuilleton à l’eau de rose, pour livrer un irrésistible plaidoyer humaniste. Une satire politique décalée à l’ingénieuse mise en scène appliquée au service d’un scénario très malin et une narration bien rythmée. Un précieux long métrage où le burlesque et le kitsch ramènent le sourire des deux côtés de la barrière de séparation, histoire de faire oublier un peu les armes et les larmes, grâce à cet intelligent humour salvateur distillé par un casting épatant. Audacieux. Pacifique. Une belle réussite 

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Le teckel

Le TECKEL présentation longue.pdf

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