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EMA

De Pablo Larrain-Chili-1h42-VOST

Avec Marianne Di Girolamo, Gael Garcia Bernal, Santiago Cabrera, Paola Giannini, Cristian Suarez.

Drame romance avec des scènes de danse

Ema s’avère une œuvre déroutante où la superbe mise en scène stylisée magnifie les scènes de danse, invitant à une transe salvatrice.

Pablo Larrain s’appuie sur un récit complexe qu’il faut construire soi-même à partir de scènes.

Ema est une jeune danseuse, mariée à un chorégraphe de renom. Elle est hantée par l’échec de l’adoption de leur fils. Le film se déploie dans l’après d’un drame dont on recompose peu à peu les éléments.

Ema et Gaston ont décidé d’adopter un petit garçon, Polo. Lorsque l’enfant met le feu à leur maison, causant de graves lésions au visage de la sœur d’Ema, le couple décide de le rendre aux services sociaux.

Cet échec va plonger Ema dans une quête de réagencement du monde selon ses propres désirs. Elle va faire voler en éclat le couple, le patriarcat, la famille, les institutions sociales et l’école où elle enseigne.

Pablo Larrain, cinéaste chilien, n’a de cesse depuis 15 ans, de constituer une filmographie très personnelle et enivrante. De Santiago 73, Post Mortem à Jackie en passant par No, El Club ou Neruda, Pablo Larrain multiplie les coups de maitre avec un style audacieux et fascinant. EMA est son 8 ème long métrage.

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La Femme des Steppes, le Flic et l’Oeuf

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’OEUF

De Quanan Wang – Mongolie – 1h40 – VOST

Avec Dulamjav EnkhtaivanAorigeletuNorovsambuu Batmunk

Une bergère se révèle en aidant la police à surveiller un corps trouvé dans la steppe. Dans la Mongolie sauvage, un portrait marquant de femme libre.

Tout commence par la découverte, brutale et incongrue, d’une femme nue dans les hautes herbes de la steppe mongole. Elle est morte, c’est la nuit, rideau. Le lendemain, la police inspecte les lieux, bien embêtée : le téléphone ne passe pas, il va falloir retourner en ville chercher l’équipe scientifique — c’est un meurtre — et laisser un flic monter la garde auprès du corps, pour lui éviter de finir dévoré par un loup. La mission de surveillance échoit à un bleu, à qui l’on adjoint une bergère armée d’un fusil…

Ce point de départ, dont l’étrangeté et l’humour ne déplairaient pas aux frères Coen, n’annonce aucun programme. Polar ? Romance ? Allez savoir. Imprévisible, le scénario laisse les portes grandes ouvertes, à l’instar des plans extra larges décidés par le réalisateur : dans la première partie du film, les personnages, parfaitement audibles, sont réduits à d’infimes silhouettes découpées sur l’infini du panorama. Impossible de distinguer un visage ! On les approchera petit à petit, à commencer par la bergère, puisque c’est elle notre héroïne.

Quel âge a-t-elle ? Une trentaine d’années ? La femme des steppes a néanmoins l’impression d’être un « dinosaure », à vivre seule dans sa yourte sans électricité, au milieu de nulle part, avec ses moutons, ses vaches, son chameau et son flingue. Quand son ex-amoureux, fendant la bise sur sa moto, passe lui donner un coup de main, la cow-girl ne perd jamais une occasion de doucher ses ardeurs : « Je te dirai quand j’aurai besoin d’un mec ! » Entre eux, il y a de l’amour encore, mais, surtout, le regret de n’avoir pas d’enfant. On n’en dira pas plus, si ce n’est que le titre original de ce septième long métrage, Öndög, signifie justement « œuf ».

En 2007, le Chinois Wang Quanan racontait déjà une histoire de bergère moderne dans Le Mariage de Tuya, Ours d’or à Berlin. À la Mongolie Intérieure, il a cette fois préféré l’Extérieure, état indépendant échappant à la censure, et plutôt qu’une actrice professionnelle il a engagé une vraie bergère. 

Enkhtaivan Dulamjav imprègne le film de sa liberté tranquille, regardée avec empathie par un cinéaste qui, s’il excelle à mettre en scène de petits corps humains dans la nature immense, ne se comporte jamais en entomologiste. On suit ainsi la vie de cette « femme des steppes », dans un environnement certes rustre, mais magnifié par le directeur de la photographie français Aymerick Pilarski, les  images passant directement de l’écran à la mémoire…(critique de Marie Sauvion, Télérama).

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Chongqing blues

CHONGQING BLUES

De  Wang Xiaoshuai – Chine – 1H55 –VOST

Avec : Xueqi WangFan BingbingHao Qin

Les salles françaises mettent à l’honneur le réalisateur Wang Xiaoshuai, récemment acclamé pour son film So long, my son, en projetant pour la première fois Chongqing Blues, sélectionné à Cannes en 2010. Comme dans son dernier long-métrage, le réalisateur explore de manière bouleversante et avec beaucoup de profondeur les thèmes du deuil et de la parentalité. En toile de fond, toujours, une Chine en pleine mutation et en proie à ses contradictions.

Chongqing blues est un film sur l’absence, du père d’abord, puis du fils. Les deux hommes vivent cette expérience du manque en différé. Leurs destins se croisent et se répondent avec une certaine ironie.

On est immédiatement subjugué par la beauté des images de cette mégalopole chinoise, magnifiée par le réalisateur. Dès la séquence d’ouverture, on voit émerger au milieu de baraquements délabrés des gratte-ciel qui se fondent dans le brouillard. L’atmosphère dégagée par cette ville fantomatique renvoie à la mélancolie du père endeuillé. Elle est sublimée par des images à dominante bleue, couleur qui évoque la nuit, le passé et les lambeaux de souvenirs qui lui restent de son fils disparu.

La culpabilité grandissante du père, son désarroi face à une tragédie contre laquelle il ne peut plus rien, s’expriment de manière poignante au moyen de silences, longs et intenses, que le réalisateur exploite avec finesse. L’interprétation de Wang Xueqi, pleine de sobriété, donne une très grande force au personnage de Mr. Lin, qui refuse que ce fils qu’il n’a presque pas connu sombre dans l’oubli.

Le père s’efforce de faire revivre le passé, en mettant bout à bout les souvenirs qu’il recueille. Cette reconstitution génère parfois une certaine confusion, avec le risque de nous perdre un peu. Mr. Lin poursuit sa quête en interrogeant les amis de son fils et tente de s’en rapprocher, comme pour recréer par-delà la mort le lien qu’il a lui-même rompu quinze ans auparavant. Il se heurte cependant au regard de la jeune génération, fuyante et insaisissable, qui le renvoie à sa responsabilité.

Le réalisateur a choisi de filmer la ville en mouvement, caméra à l’épaule, avec relativement peu de lumière, afin que l’image reflète au mieux toute la richesse émotionnelle des acteurs. 

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Family Romance

Family Romance
 
2019 Japon – Allemagne 
 
 
Qu’elles sont émouvantes et visuellement magnifiques, les premières images de Family Romance, LLC ! 
Dans un parc de Tokyo, des allées de sakura en fleurs, ces fameux cerisiers ornementaux du Japon, les reflets de ces sakura dans l’eau d’un lac, un homme et une jeune adolescente de 12 ans qui font connaissance. Il s’agit d’un père qui rencontre sa fille qu’à la suite d’un divorce il n’a pas vu depuis plus de 10 ans. Sauf que … 
Sauf que la scène suivante nous apprend que cet homme, Yuichi, n’est pas le père de Mahiro, la jeune adolescente : il travaille chez « Family Romance » et il a été engagé par la mère de Mahiro pour jouer le rôle de ce père que Mahiro n’a pratiquement jamais connu. « Family Romance », une société spécialisée dans la location de « proches » à des gens qui, pour un motif quelconque, ont besoin à leur côté d’un parent, d’un ou de plusieurs amis, d’une fiancée, d’un ou de plusieurs collègues, etc., en résumé d’une ou de plusieurs personnes pour un temps déterminé ou pas.
 L’imposture est terrible mais tout se passe dans un climat de douceur. 
 Werner Herzog profite du contexte pour nous éclairer, à sa façon, sur le Japon contemporain. Un pays qui, avec ces sociétés de location de « proches », s’efforce donc de combattre, moyennant finances, un sentiment ou une réalité de grande solitude chez de nombreux citoyens
La société japonaise contemporaine est une source de fascination évidente pour Herzog, bien au-delà de la seule entreprise au centre de ce documentaire imaginaire.
Vertiges d’un monde hyper-connecté dont Werner Herzog se targue d’avoir anticipé la solitude constitutive, dans les années 80, avec l’apparition des premiers téléphones cellulaires et l’explosion des moyens de communication, 20 ans avant Internet : « le 21ème siècle sera le siècle des solitudes », avait-il affirmé. Une chose est sûre : cette société, avec ses rapports sociaux complètement biaisés et factices par endroits, est un véritable terrain de jeu pour le septuagénaire à l’œil toujours aussi curieux et amusé. Les anecdotes sur le contexte de la production et de la société étudiée qui poursuivent la réflexion au-delà du cadre de cette semi-fiction sont toujours aussi plaisantes
Bien sûr, Herzog ne se pose pas en moraliste. Il ne s’agit pas d’un pamphlet sur la dégénérescence des rapports sociaux, mais plutôt le regard d’un curieux mi-fasciné mi-interloqué sur ces vides existentiels ou affectifs que l’on peut désormais combler avec une carte bancaire
A presque 78 ans, Werner Herzog nous joue un tour et sort de sa petite caméra – qu’il porte sur l’épaule – un film d’anticipation qui n’en est pas un. Dans la culture japonaise, cette prestation répond au souci de sauver les apparences : telle personne solitaire peut afficher sa sociabilité, tel homme célibataire rassurer ses parents avec une fausse petite amie, etc.
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L’Envolée

 

 

Un film de Eva RILEY

Grande Bretagne – 1h23                                                                

Avec Frankie Box, Alfie Deegan, Sharlene Whyte …                     

        Leigh, dont la mère décédée lui a donné goût à la gymnastique, est une jeune et douée gymnaste de 14 ans; elle vit dans la banlieue de Brighton avec un père souvent absent,incapable de financer la passion de sa fille. 

Introvertie,solitaire,elle s’entraîne dur pour réussir sa première compétition,tout en subissant les vexations de ses camardes (jalousie, mépris de classe du fait de l’assistanat économique dont elle bénéficie). Entre crise d ‘adolescence et honte de son milieu social, Leigh se met à douter, perd sa concentration jusqu’à gâcher ses chances.

Débarque de nulle part un demi-frère inconnu, Joe, qui va bouleverser son existence.

La scénariste et réalisatrice écossaise Eva Riley,34 ans, détourne quelque peu les codes du cinéma réaliste à l’anglaise.La dimension sociale reste en filigrane dans ce récit d’apprentissage intimiste ,où s’entrechoquent les élans et les empêchements de l’adolescence.

Au contact de Joe, petit délinquant au cœur tendre, Leigh explore des sensations inconnues et s’enhardit. Frôler les limites,transgresser, pour se révéler à soi-même : ce premier film solaire est avant tout un beau portrait d’adolescente frondeuse, cueillie dans cet entre 2 âges où le corps et l’esprit sont comme en proie au vertige.Leigh ne cesse de tomber pendant l’entraînement,mais se sent pousser des ailes le temps d’une virée à moto, d’une escapade en forêt,ou en s’échappant, triomphante, d’une maison après un petit larcin….

Par petites touches, la réalisatrice montre comment s’invente une nouvelle cellule familiale à travers le face à face entre ces 2 adolescents sans repères, qui expérimentent la confusion des sentiments, mais surtout la naissance d’une indéfectible complicité .En sachant enfin à quel regard s’abandonner, se dévoiler, l’héroïne connait une sorte d’éclosion gracieuse, évidante.

Désarmants de naturel,Frankie Box et Alfie Deegan,campent une fratrie sauvage et diablement attachante, dans le décor d’une banlieue ouvrière où, pour une fois, le soleil et les couleurs vives remplacent l’éternelle grisaille avec une bande-son envoûtante ; Acteurs non professionnels,toujours justes, leur jeunesse et leur candeur maintiennent l’histoire dans une dimension aérienne, en raccord avec la légèreté des prouesses de gymnaste de Leigh. L’Envolée plonge son spectateur en état d’apesanteur.

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La nuit venue

LA NUIT VENUE

De Frédéric Farrucci–France-1h35.

Avec  Guang Huo, Camélia Jordana, Xun Liang.

Un jeune et bel immigré chinois clandestin noue un lien inespéré avec une prostituée et danseuse dénudée. Une romance et un polar dans le Paris des quartiers déshérités, aujourd’hui, où précarité et violences confrontent à une vie cruelle. Un premier film fort et percutant, mais aussi beau et mélancolique, avec un acteur non-professionnel au charisme subtil et une actrice d’une volupté flamboyante.  Ils incarnent des personnages inédits dans le cinéma français, situés dans le Chinatown-sur-Seine. Un propos résolument politique et très documenté sur la vie cachée à l’ombre de l’ultralibéralisme, par un vrai metteur en scène.

Frédéric Farrucci : « J’ai été touché par ces hommes mal accueillis, fragilisés par la précarité et tombés sous la coupe  des mafias intracommunautaires qui les protègent, mais les exploitent. Avec les VTC, la clandestinité s’est accrue. Ces hommes n’ont aucune visibilité sur le jour où leur dette envers leurs « protecteurs » sera soldée : le comble de la perversion ultralibérale ! »

« J’ai approché une chercheuse  au CNRS, Simeng Wang, qui a écrit « Illusions et souffrances. Les migrants chinois à Paris ». (…) Pour incarner ces chauffeurs, il fallait des natifs de Chine et non des immigrés de deuxième génération. D’où un casting sauvage, y compris pour les autres figurants. (…) ces Ivoiriens qui tiennent un garage clandestin(…) Nous avons reconstitué fidèlement la séquence avec des vendeurs de fleurs bangladeshis, nous avons filmé tel quels les vendeurs de petites tours Eiffel sur le Champ-de-Mars, et les campements de sans-papiers sous le périphérique. » (Extrait de Télérama 3679 p. 13)

Camélia Jordana a été révélée comme chanteuse à 16 ans en 2009 par Nouvelle star, le télé-crochet. En tant qu’actrice, La Nuit Venue est son douzième film. Elle y  incarne Naomi, « travailleuse du sexe » dit-elle. « J’ai lu le scénario au moment où je sortais l’album Lost et j’y ai trouvé le même engagement. Naomi et Jin sont prisonniers d’un esclavage moderne, choisi, et se mettent à fantasmer sur leur fuite…C’est super classe de la part du réalisateur et de ses productrices de montrer ce Paris-là et de montrer un film avec ces gueules-là, une Arabe et un Chinois, pour têtes d’affiche ! » (…) «  J’ai une triple culture, mon père est berbère, ma mère arabe, je suis une artiste (…) entourée d’homos, de Noirs, de pauvres, de riches. J’ai la chance d’être à un endroit de la société où je croise le monde entier. J’adore. » Le César de l’espoir féminin décroché pour Le Brio, en 2018, lui a apporté « des rôles de femmes, et pas seulement de femmes arabes. » Sa force de résistance hors du commun, Camélia Jordana pense la tenir de son enfance : « J’ai une mère extraordinaire, qui est aussi complètement folle. Elle m’a offert le monde et, en même temps, fait subir mille choses…  ça m’a donné cette maturité : depuis que j’ai 11 ans, j’en ai  40 ! »  En septembre sortira « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », film d’Emmanuel Mouret labellisé Cannes 2020. Elle y joue une Daphné enceinte d’un François (Vincent Macaigne) et qui se raconte à un Maxime (Niels Schneider).    (Extrait de Télérama 3679, p. 38-39)

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HOTEL BY THE RIVER

« Hotel by the River », la nouvelle ode intimiste du Coréen Sang-Soo Hong

Le maître du cinéma sud-coréen creuse un peu plus son exploration des sentiments  dans un huis clos mélancolique.

Ki Joo-bong, Min-Hee Kim et Seon-mi Song dans « Hotel by the River » de Sang-Soo Hong. (Copyright 2018 Jeonwonsa Film Co.)

 

Habitué des festivals internationaux, le Coréen Sang-Soo Hong était encore sélectionné à Cannes cette année, avec Heaven: To The Land Of Happiness, bientôt sur les écrans. Prolifique, le réalisateur sort le 29 juillet Hotel by the River, où cinq personnages vont se croiser dans un hôtel enneigé : un poète qui renoue avec ses deux fils, tandis que deux amies se confient sur leurs relations houlouses avec les hommes.

Dialogues des sentiments

Un poète solitaire convoque ses deux grands fils dans l’hôtel où il s’est réfugié, sentant qu’il va bientôt mourir. Il y rencontre deux jeunes femmes dont l’une a demandé à une amie de venir la soutenir après une déception amoureuse. Tous s’interrogent sur les relations entre les hommes et les femmes, avec comme point commun, un sentiment d’échec.

Sang-Soo Hong a ses inconditionnels et ses détracteurs. Tous reconnaissent cependant son exigence d’auteur, couronnée de nombreux prix et sélections à Cannes, Berlin, ou Toronto… Hotel by the River a ainsi remporté le Prix d’interprétation masculine à Locarno, attribué à Ki Joo-Bong, le vieux poète du film. Centré sur l’analyse des sentiments, le cinéaste privilégie les dialogues et le plan séquence, avec, on l’imagine, une part d’improvisation.

Page blanche

Force est de reconnaître que l’on peut rester insensible aux états d’âmes de cet homme qui a délaissé son épouse, entrecroisés avec ceux des deux jeunes femmes et leurs relations avec les hommes. Leurs ressentiments respectifs n’interfèrent jamais, mais sont en miroir. Une approche masculine et féminine qui rappelle Chained et Beloved, sortis la semaine dernière. Sang-Soo Hong s’identifie avec humour à l’un des deux fils du poète : un réalisateur célèbre « qui ne plait pas à tout le monde » !

Hae-hyo Kwon, Ki Joo-bong et Yoo Joon-sang dans « Hotel by the River » de Sang-Soo Hong. (Copyright 2018 Jeonwonsa Film Co.) La rivière du titre, que l’on ne voit jamais, est celle du temps, les douleurs passées, au coeur du film. L’image noir et blanc, dominée par une neige immaculée, évoque une page blanche où le spectateur projetterait ses propres sentiments. Cette empathie, courante dans le cinéma très dialogué de Sang-Soo Hong, se préterait très bien à une version théâtrale. L’affiche de « Hotel by the River » de Sang-Soo Hong. (Les Acacias)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Sang-Soo Hong
Acteurs :  Ki Joo-bong, Min-Hee Kim, Hae-hyo Kwon
Pays : Corée du Sud
Durée : 1h36
Sortie : 29 juillet 2020
Distributeur :  Les Acacias

Synopsis : Un vieux poète, qui loge dans un hôtel au bord d’une rivière, fait venir ses deux fils, pensant que sa fin est proche. Lieu de retrouvailles familiales, l’hôtel est aussi celui d’un désespoir amoureux : une jeune femme trahie par l’homme avec qui elle vivait vient y trouver refuge et demande à une amie de la rejoindre…

 

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ChainedBeloved

CHAINED – BELOVED (diptyque )
De Yaron Shani
Avec Eran Naim, Stav Almagor, Stav Patai, Asher Ayalon, Yaniv Assaraf
Ori Shani, Leah Tonic
Deux films, une même histoire, deux points de vue différents. Le versant masculin puis féminin d’une rupture. L’approche d’une métaphysique du couple.
CHAINED
Première scène choc, dérangeante, plus par son réalisme que par son originalité. L’on frappe à la porte d’un appartement cosy mais sans charme. Des coups insistants, impérieux, sévères tout comme les regards de ces deux flics qui opèrent une semi-perquisition improvisée. Nous voilà rentrés dans la banalité du mal ordinaire : maltraitances, petits deals minables… le pain quotidien de Rashi. En policier et patriote consciencieux qui prend à coeur son boulot, il navigue à vue, sous pression constante, sur le fil d’un rasoir invisible qui pourrait bien l’amener à déraper.
Dans son univers masculin, les sentiments ne se conjuguent qu’au féminin. Autant dire qu’il rentre exténué au bercail, dans son propre appartement cosy et sans charme. La psychologie de Yasmin, l’adolescente qui vit sous son toit, fille de sa femme Avigail, lui échappe dramatiquement. D’ailleurs que comprend-il également de sa jeune épouse aux longs cheveux bruns, jamais libérés ? Les caresses gauches qu’il lui destine paraissent comme autant de gestes de possession. Rashi n’étant pas plus armé pour comprendre les ressentis des autres que pour exprimer les siens, il paraîtra condamné malgré lui à passer à côté de l’essentiel. Un archétype d’homme peu habitué, dans le fond, à ne pas être l’unique centre du motif, dressé à tout contrôler. Bientôt les moments de tendresse ne suffiront plus à atténuer l’ambiance pesante, presque suffocante, qui suinte de ce quotidien. Contrairement à ses protagonistes, Chained est un film qui n’est pas enchaîné aux codes traditionnels. Il oscille perpétuellement entre fiction et réalité (Eran Naim qui joue Rashi a réellement été policier et congédié pour le même motif que dans le film) jusqu’à ce que nos certitudes vacillent et que s’opère une forme de fascination hypnotique, troublante, nourrie par la personnalité des acteurs qui se dévoilent à l’état brut.
Sortie le 8 juillet 2020 | 1h 52min
BELOVED – Sortie le 15 juillet même distribution 1h 48
Alors que Chained raconte l’emprisonnement d’un homme, pris en étau entre son incommunicabilité et sa condition masculine, Beloved est à l’inverse une splendide chronique de chamboulement émotionnel et d’émancipation féminine, où il est enfin question d’écouter ses aspirations intérieures et son corps.
Si la première scène démarre sur un son de larmes, elle n’est en rien larmoyante. Car les pleurs d’Avigail vont couler comme autant de prises de conscience bénéfiques. Tout se négocie d’abord entre hommes, entre un obstétricien qui égraine des constats cliniques dénués de compassion et un mari déçu, comme si Avigail n’était pas là devant eux et n’avait aucun droit au chapitre. Peut-être est-ce là la pire violence : se sentir soudain transparente. À cet instant, on en oublierait presque qu’Avigail est infirmière, une de celles qui pansent le monde. Elle aussi mériterait bien qu’on la dorlote à son tour. Mais de retour au bercail, c’est un nouveau champ de bataille qui l’attend. Et c’est alors que son époux se montre de moins en moins flexible, qu’Avigail qu’on croit anesthésiée et docile, va opérer un pas de côté salutaire. Il suffira d’une jolie rencontre avec un groupe de femmes pour qu’ensemble elles s’octroient le temps de se ressourcer, de prendre soin d’elles, de se cajoler mutuellement, de pouffer de rire, de s’écouter… De tout simplement respirer et vivre l’instant présent. Quelques moments simples, tactiles, où puiser une forme de résilience, pour rompre enfin avec la soumission qui se reproduit de génération en génération… Les héroïnes qui accompagnent Avigail tout au long du film, comme elle, vont progressivement laisser éclater les systèmes de mensonges et de faux-semblants que leur condition féminine avait jusque-là verrouillés. Avec une ampleur fascinante – tout comme dans Chained – Yaron Shani remet en scène les moments sensibles du passé de ses acteurs pour les amener vers une forme de catharsis galvanisante. Beloved, avec ses passages tout en rondeurs féminines, apporte un contrepoint à un univers masculin anguleux, taillé dans le roc : clichés dont nul ne ressortira gagnant. Si Avigail essaie de s’émanciper de sa condition féminine, Rashi n’aura de cesse de s’engoncer dans son rôle d’homme.

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Dans un jardin qu’on dirait éternel

Une jeune Japonaise apprend l’art du thé par hasard et découvre, au fil des ans, comment vivre l’instant présent. Une chronique simple et intense.

Un film japonais sur la cérémonie du thé… Un peu attendu ? La crainte du folklore exotique est vite balayée par la fraîcheur de l’héroïne, qui nous raconte son histoire de vive voix, comme si nous étions attablés avec ses copines, à la fac. Noriko a 20 ans et ne sait pas à quoi elle pourrait se consacrer. Entraînée par sa cousine Michiko, elle décide d’apprendre l’art du thé. Et les voilà qui pouffent devant la méticulosité de Mme Takeda (merveilleuse Kiki Kirin, disparue depuis le tournage) et l’incroyable précision de son enseignement. « Il faut que la tranche de vos petits doigts touche le tatami en posant la jarre d’eau. » Verdict des élèves : c’est très marrant, le thé.

En entrant pas à pas dans une vénérable tradition nippone, le réalisateur n’hésite pas à rendre instructive cette adaptation d’un roman de Noriko Mori­shita. Mais il n’y met aucun cérémonial. Il est du côté de ces jeunes filles, qui se confrontent avec insouciance à la sagesse de leur vieille enseignante. Elles ignorent ce qui comptera dans leur existence. Une cérémonie de la première bouilloire de l’année chasse l’autre, une décennie s’envole, et Noriko reste fidèle à son rendez-vous du samedi chez Mme Takeda. Sans pouvoir dire vraiment ce qu’elle en retire

Qu’est-ce que l’art du thé ? Un passe-temps ou un rituel sacré ? Cette inter­rogation court à travers le récit, qui montre à la fois le caractère précieux du breuvage et la fantaisie des réunions féminines auxquelles il donne lieu ici. Ce mélange raconte la vie, pareillement banale et précieuse à la fois. Le bonheur est de refaire les mêmes choses, apprend Noriko. Répéter les mêmes gestes pour faire infuser du thé ouvre, dès lors, de belles perspectives. Sim­plicité et raffinement dialoguent, légèreté et profondeur se répondent : voilà l’accord parfait

 

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8ème film du programme

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