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Varsovie 83

Du 30 juin au 5 juillet

VARSOVIE 83, UNE AFFAIRE d’ETAT

De Jan P. MATUSZYNSKI, Pologne, 2h39, VOST

avec Tomasz Zietek, Sandra Korzeniak, Jacek Braciak

Après le meurtre d’un lycéen par la police, le régime se démène pour cacher la vérité. Une immersion effrayante et intense dans la Pologne communiste.

A partir d’une histoire vraie à Varsovie le le 14 mai 1983, un lycéen, Grzegorz Przemyk, meurt après avoir été roué de coups dans un commissariat par la milice citoyenne. Sa mère est une opposante au régime, une poétesse connue pour sa proximité avec le syndicat Solidarnosc, encore actif malgré son interdiction dans la Pologne du général Jaruzelski, où été décrété la loi martiale.

Une tension constante traverse ce film qui montre avec une extraordinaire vérité les grandes manœuvres entreprises afin de cacher la vérité.

Un tableau de société passionnant et glacé se déploie. Chaque vie n’est qu’un pion qu’il s’agit de faire tomber ou de déplacer. Les stratégies pour y parvenir sont connues, menaces, chantage, mise sur écoute, faux témoignages arrachés de force. Mais l’attention méticuleuse portée à chaque rouage du mécanisme de l’injustice a une force inédite qui ouvre les yeux.

Chaque détail, les éléments de décoration, les comédiens savamment choisis, les portraits, font réapparaître une époque, le début des années 80, même dans la manière de filmer .

Extraits de la critique de Frédéric Strauss, Télérama

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Limbo

Du 9 au 14 juin

LIMBO

De Ben SHARROCK– Royaume-Uni, 1h44, VOST,

avec Amir El-Mastry, Vikash Bhai, Ola Oreibiyi, Kwabena Ansah.

 

 

Un syrien taiseux s’exile, avec d’autres réfugiés, sur une île écossaise et affronte une réalité absurde… Une fable réjouissante et poétique.

 

Comment le groupe de réfugiés a-t-il échoué là ? Le film ne le dit pas. Ils sont une bonne dizaine à avoir fui leur pays. Certains viennent du Ghana, du Nigéria, du Moyen-Orient, d’Asie. Parmi eux se détache Omar, un musicien syrien, mine taciturne et bras dans le plâtre, qui transporte avec lui son oud.

 

Il a fait sa demande pour bénéficier de l’asile et attend le courrier providentiel.

 

Dans un esprit burlesque et graphique, Limbo décrit le quotidien d’Omar et de ses camarades d’infortune : une suite de saynètes cocasses, parfois cruelles, où le laconique Omar se heurte à une réalité absurde.

 

Il est aussi un exilé de l’intérieur de lui-même. Omar est un personnage qui ne se réduit pas au statut de réfugié. Il est en quête de sa propre identité, et rongé par la culpabilité d’avoir laissé ses proches en pleine guerre.

 

Entre lâcheté et courage, espoir et désillusion, il oscille, incapable de jouer de son instrument. On imagine un formidable talent de soliste mais celui-ci reste inexprimé. Il faut attendre la toute fin pour être récompensé. Mais brièvement, sans étalage aucun, à l’image de ce film toujours guidé par la dignité.

Extraits de la critique de Jacques Morice, Télérama

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Karnawal

KARNAWAL, le carnaval en langue quechua.                                                             

De Juan Pablo Felix – Argentine – 1h30 – VOST.

Avec Alfredo Castro, Martin Lopez Lacci,  Diego Cremonesi, Monica Lairana…

Ce premier long appartient à cette catégorie de films où tout semble écrit d’avance avant de bifurquer ailleurs. Un jeune Argentin trouve dans la danse – en l’occurrence le malambo, danse folklorique des gauchos de la Pampa – un moyen de fuir un quotidien difficile entre un père sous les barreaux, une mère dépassée et l’amant de cette dernière incapable de bienveillance envers lui. Jusqu’au jour où son paternel, bandit de grand chemin, sort de prison et vient pour quelques jours retrouver les siens. Karnawal devient alors un film sur cette famille plus décomposée que recomposée, où les instants de bonheur retrouvé ne font que renforcer une tension sourde et où les scènes de danse – mises en images avec soin – ne constituent qu’une des pièces d’un puzzle subtilement orchestré dont le dénouement reste longtemps en suspens. 

Ce joli film argentin présente un premier intérêt, c’est la découverte de la deuxième danse importante d’Argentine avec le tango, le malambo. Les scènes de danse sont très impressionnantes, le malambo étant intrinsèquement spectaculaire, avec son jeu de claquette et une grande expressivité dans les torsions de cheville. Ce film mêle assez habilement différents genres (thriller, drame familial, road-movie) autour de l’histoire d’un jeune homme préparant un concours de malambo, alors que son père sortant de prison rentre à la maison. Autres intérêts : la prestation de l’immense acteur chilien Alfredo Castro, et les paysages magnifiques d’une région méconnue d’Argentine  Une belle découverte.                                                                                                      

Dans la province de Jujuy, au nord-ouest de l’Argentine, la Quebrada de Humahuaca est à la fois, par l’authenticité qu’elle a conservée, par la beauté riche en couleurs de ses paysages et de ses villages, une région touristique et, du fait de sa proximité avec la Bolivie, une région de contrebande et de trafics en tous genre entre un pays vraiment pauvre et un pays plus riche. Cabra, originaire de Abra Pampa, une petite ville de l’Altiplano argentin, est un adolescent qui pratique le Malambo à très haut niveau et il s’entraine avec des coéquipiers et en solo pour participer à une compétition de ce type de danse qui va avoir lieu à Jujuy dans la continuité du carnaval, une compétition ouvrant la porte à une qualification pour le championnat national. Afin de pouvoir acquérir la paire de bottes dont il rêvait pour améliorer son look en vue de cette compétition, il a accepté de faire un transport (et un seul) entre la Bolivie et l’Argentine, sans vraiment être conscient des risques et des conséquences. Pourtant, ces risques, ces conséquences, il était bien placé pour les connaître, son père, surnommé El Corto (Alfredo Castro) étant lui-même en prison depuis 7 ans. Ce père, Cabra le connait peu. On apprendra petit à petit que c’est un étranger, un chilien qui n’a guère de liens avec le folklore local et qui se moque complètement des dons de son fils pour le Malambo. En fait, Rosario, la mère de Cabra, a dorénavant pour compagnon un gendarme, Eusebio, qui est sur le point d’être muté dans le sud du pays. Pour Cabra, pour Rosario, pour Eusebio, les problèmes sont sur le point d’arriver, El Corto bénéficiant d’une permission de 3 jours et les entrainant dans un de ces coups louches dont il s’est fait une spécialité. 

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NITRAM

NITRAM

De Justin KURZEL – Australie – 2021 -1h50 – VOSTF –

 avec Caleb Landry Jones, Judy Davis, Essie Davis, Anthony LaPaglia… Scénario de Shaun GrantPrix d’interprétation masculine pour Caleb Landry Jones, Cannes 2021.

NITRAMApprocher l’inapprochable, raconter l’inracontable. Reconstituer pour tenter de comprendre l’histoire et le parcours de Martin « Nitram » Bryant, auteur au milieu des années 1990 de la plus importante tuerie de masse, traumatisant durablement l’Australie. En tirer in fine un plaidoyer glaçant et implacable contre la vente d’armes à feu dans un pays qui, plus encore que les États-Unis d’Amérique, s’est construit autour de ce droit inaliénable de chacun à conquérir et protéger son lopin de terre à la force du fusil.

Aux origines du « mal », un prologue suggère la fascination que les explosions et les pétards exercent sur Martin, fils unique, gamin introverti, instable, peu sociable, « différent ». Et peu enclin à discerner dans ses actes le bon du mauvais, le plaisant du répréhensible, ce qui lui vaut de passer ses années d’enfance en pension, loin du cercle familial. Celui qu’avec bien peu de bienveillance on a surnommé Nitram – improbable palindrome de Martin, qui dit assez l’in(tro)version du caractère de celui qui n’exprime jamais ses sentiments – est revenu vivre chez ses parents à l’âge presqu’adulte, ce qu’il ne sera sans doute jamais. Pas ou peu de marques d’intérêt sinon d’affection à attendre de ce côté : sa mère, accablée par la situation de son fils, s’efforce de ne pas le voir ; seul son père s’efforce maladroitement de lui témoigner un peu de compassion sinon de tendresse, en vain. Vide, atone, la silhouette d’un surfeur trop maigre, ersatz de Kurt Cobain blafard et dégingandé, Nitram promène son ennui (est-ce seulement de l’ennui ?) et sa solitude dans une bourgade pavillonnaire suburbaine, elle-même sans vie. Le salut lui vient d’une riche voisine, un peu excentrique, qui vit seule avec ses chiens et se prend d’amitié pour le garçon qui vient occasionnellement entretenir son jardin. Et dont elle pressent sous la fragilité, derrière la farouche incommunicabilité, un potentiel inattendu d’humanité. Parenthèse enchantée qui révèle le garçon à ses sentiments mais se referme tragiquement, trop vite, le laissant seul face à la nécessité de revenir, d’une façon ou d’une autre, au monde qui l’entoure, le rejette et le fait monstre.

Il n’est pas simple de se frotter au monstrueux, à l’innommable. N’excuser d’aucune façon, évidemment, le geste du tueur, mais essayer de raconter, frontalement autant que faire ce peut, un parcours individuel sans exonérer pour autant la société tout entière de sa responsabilité. Le portrait de Martin-Nitram, glaçant, est porté avec une sobriété déconcertante par Caleb Landry Jones, qui n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes. Le vide qui l’habite provoque alternativement la compassion, le rejet, l’inquiétude et l’effroi. On peine à reconnaître en lui les ferments d’humanité qui pourraient, même sporadiquement, susciter le minimum d’empathie nécessaire à un début d’identification. Le réalisateur Justin Kurzel retrouve là les accents passionnants et dérangeants d’Elephant de Gus van Sant ou de We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay – parmi les tentatives les plus abouties de raconter de l’intérieur la naissance de personnalités de tueurs de masse. Aucun suspense dans la résolution des conflits intérieurs et extérieurs du garçon. La mise en scène, sèche, précise, sans affects, laisse s’installer une tension sourde, implacable, qui monte en pression comme la colère mal contenue que le concentré de nitroglycérine qu’est Nitram finit, sans passion, par laisser exploser. Nous laissant dans une position inconfortable, avec plus de questions que de réponses. Mais la certitude chevillée au corps que, si Nitram n’est pas exclusivement le produit de la société dans laquelle il s’est construit, c’est elle et elle seule qui lui a donné la violence guerrière comme modèle ultime d’affirmation de soi – et en définitive a permis qu’il soit armé.

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EVOLUTION

EVOLUTION 

Un film de   Kornél Mundruczo 

 

Hongrie / Allemagne –  2021 – 1h37 –  VOSTF

 avec Lili Monori, Annamaria Lang, Goya Rego, Padme Hamdemir, Jule Böwe.. 

C’est un film hors normes, saisissant, époustouflant, et sa première séquence est probablement une des plus impressionnantes et perturbantes performances de mise en scène qu’il nous ait été donné de voir depuis bien longtemps. Aussi forte que celle qui ouvrait un autre film hongrois inoubliable, Le Fils de Saul, de László Nemes. On y voit trois hommes vêtus de manteaux de cuir noir, armés de grands balais et de seaux lourdement remplis d’eau, pénétrer dans une grande pièce vide, sinistre, qu’on dirait souterraine, en tout cas dépourvue de fenêtres et baignée d’une lumière jaune blafarde. L’air anxieux, tendus à l’extrême, ils se mettent à lessiver frénétiquement les sols et les murs, découvrant dans les lézardes des cheveux qui dépassent, des cheveux qui deviennent des mèches, des touffes puis d’énormes entrelacs formant des cordes inextricables. On comprend vite que cette scène dantesque, passant du réalisme le plus brut au fantastique le plus inquiétant, tournée intégralement en un seul plan séquence vertigineux, est une allégorie de la barbarie nazie. Nous sommes en 1945, au moment de la découverte par l’Armée Rouge des camps d’extermination. Et, apothéose de ce premier mouvement – le film est composé de trois parties distinctes, se déroulant à trois époques différentes –, les soldats soviétiques vont trouver dans les entrailles de la chambre à gaz, miracle au milieu de l’horreur absolue, un enfant…

Dans la deuxième partie, nous sommes à Budapest, plusieurs décennies après la fin de la guerre. Et on découvre Eva, ancienne rescapée des camps, qui reçoit dans son petit appartement tristouille la visite de sa fille : Lena est venue pour essayer de convaincre sa mère de participer à une cérémonie qui pourrait lui permettre de percevoir les dédommagements financiers auxquels elle aurait pu prétendre depuis longtemps. Mais Eva ne veut pas se résoudre à cette démarche, elle veut qu’on la laisse tranquille, qu’on la laisse oublier… et s’ensuit un dialogue de sourdes autour de l’identité juive, de la mémoire, de la peur, de la honte, et ressortent tous les reproches d’une fille qui a le sentiment d’avoir eu son enfance gâchée par les angoisses maternelles.
La dernière partie se situe quelques années plus tard, à Berlin, où vit Lena avec son fils Jonas, un adolescent gentiment rebelle qui voudrait cesser de porter le poids de l’héritage familial. Alors même que se prépare la procession chrétienne de la Saint-Martin, à laquelle participe son lycée, sa mère lui a fabriqué une lampe traditionnelle juive… évidemment source de quolibets de la part de ses camarades…
Servi par le brio incroyable de sa mise en scène, qui se joue d’univers, de sensations, de rythmes très différents, Évolution est une passionnante et libératrice (pour reprendre le mot de Scorsese) réflexion sur la complexité du rapport à l’identité juive et à la mémoire de la Shoah, sur le besoin pour les nouvelles générations de tourner la page – une réalité incarnée par le personnage de Jonas qui noue une relation lumineuse avec une jeune musulmane –, tout en ne niant pas la recrudescence de nouvelles formes inquiétantes d’antisémitisme

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8ème film du programme

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Le teckel

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