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MAKALA

MAKALA

Emmanuel GRAS – France – 2017 – 1h36   

Documentaire avec Kabwita KASONGO

Un Congolais part vendre son précieux charbon. Y parviendra-t-il ? Un documentaire qui bascule vers la fiction. Propos de l’auteur recueillis par Cédric Lépine :

Emmanuel Gras : L’aspect politique des choses dans ce film reste vrai en dehors de la réalité spécifique même du Congo. Je cherchais plus à montrer une condition de vie qu’une réalité sociale au Congo. Je pense que j’aurais pu faire le même film dans d’autres pays d’Afrique, parce que la question du bois, de l’énergie est présente partout. La dimension politique du film consistait à demander, à travers le parcours d’un homme, ce que signifie travailler pour vivre. Ainsi, tout le projet du film au départ était beaucoup plus matérialiste que le résultat final. Je souhaitais montrer tout l’effort et ensuite le résultat de cet effort. C’est pourquoi apparaissent toutes ces discussions sur les prix pour comprendre le prix des choses. La dimension politique du film est précisément là. Au cours du tournage, j’ai découvert qu’en suivant la réalité d’un homme on découvrait progressivement la réalité d’un pays : on voit ainsi, par exemple, la corruption plus ou moins officielle du pays. Mon but consistait à faire un film de cinéma où l’on suit une histoire et non pas de faire une étude journalistique sur les réalités d’un pays d’Afrique. (…)

 J’avais la volonté de suivre quelqu’un non pas pour montrer un individu seul, mais parce que je trouvais que c’était la meilleure manière de raconter une histoire en suivant l’effort d’une personne. Je voulais que l’on s’attache physiquement à lui en mettant en scène différentes sensations en dehors de toute considération du rapport de l’individu au collectif. En ce qui concerne la manière d’intégrer ce personnage au village, il ne s’agit pas d’une volonté absolue de le montrer seul. J’avais filmé d’autres scènes où on le voit en lien avec le reste du village, buvant des coups avec ses amis, lors de réunions avec le chef du village… Comme ma ligne directrice consistait à montrer le travail, j’ai peu à peu resserré le cadre sur lui et sa famille. (…) Il n’y a aucune structure venant de l’État auquel se rattacher. C’était pour moi évident que ce contexte apparaisse dans le film. (…) Kabwita a fait plus qu’être un sujet de film : il est devenu acteur du film au sens où il a été totalement participatif des scènes. Il a été créateur d’un événement. Je pense aussi que le film était pour lui l’occasion de se mettre en scène de la manière dont il voulait se montrer. J’aime beaucoup cette idée selon laquelle le documentaire consiste à filmer des acteurs qui jouent eux-mêmes leur vie. J’ai filmé un héros et je voulais qu’il apparaisse ainsi au générique.

Prochain Ciné débat : le lundi 29 janvier dans la salle après la séance de 19h30 ou 20h, sur le film INTRUSA

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les gardiennes

Les Gardiennes

Sorti le 6 décembre 17. 2h14

De Xavier Beauvois

Avec Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry

Des femmes sans hommes, sept ans après Des Hommes et des dieux, du même Xavier Beauvois. Des femmes dans une ferme, il y a un siècle, pendant la Première Guerre mondiale. Voir Les Gardiennes,c’est s’embarquer, à tous égards, pour un voyage dans le passé. L’auteur du roman adapté (1) , ErnestPérochon (prix Goncourt en 1920 pour un autre livre, Nêne), a sombré dans l’oubli. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé. La correspondance est donc complète entre le travail de la terre échu aux héroïnes, si concret, si lent, et la patience de Xavier Beauvois construisant son film comme un mur de pierres sèches : l’ampleur, l’intensité ne se donnent pas d’emblée. Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps, pendant des saisons, des années. Ces vies suspendues à une éventuelle mauvaise nouvelle, et où tout est reporté à un hypothétique « après la guerre », prononcé comme une formule magique.Xavier Beauvois et son opératrice Caroline Champetier filment magnifiquement les visages : Laura Smet (la fille aînée), Cyril Descours (le fils cadet) n’ont jamais paru aussi vulnérables et vrais. Mais la meilleure part tient à un événement dont le cinéaste a indiqué qu’il était en partie survenu durant le tournage. Dans le rôle de l’orpheline, recrutée par les fermières pour pallier l’absence des hommes, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient, irrésistiblement, la véritable héroïne des Gardiennes. C’est une affaire d’aura, puis de présence effective à l’écran. D’où l’impression rare d’assister à la réécriture de l’histoire, à la réinvention du film en cours de route.D’après Télérama

Xavier Beauvois s’attache ici à la communauté de ces femmes soudées par la nécessité de survivre, loin des champs de bataille qui leur confisquent leurs hommes. Comme toujours Beauvois a su choisir des actrices magnifiques, emmenées par Nathalie Baye (qu’il avait déjà dirigée dans Le Petit lieutenant, avec un César à la clé) et Laura Smet, qui incarnent à la perfection ces deux femmes ambivalentes, pas faciles, pas forcément sympathiques mais d’une force, d’une détermination incroyables. Et bien sûr, à travers le destin des femmes se démenant comme elles peuvent à l’arrière, le film évoque la cruauté du sort réservé à tous les hommes broyés par cette absurde tragédie que fut la « grande Guerre », traumatisme majeur du vingtième siècle. D’Après Utopia

La précision de la direction d’acteurs nous permet de nous attacher à une Nathalie Baye (Hortense), à peine reconnaissable et impressionnante sous les traits de cette femme d’un autre temps, à la fois forte et déboussolée face à la génération suivante qui entend bien tirer profit de cette situation imposée pour gagner quelque liberté tant sociale que sexuelle. Outre la finesse de jeu de Laura Smet, on reste subjugué par le naturel de la novice Iris Bry. Bien qu’il s’agisse de son premier passage devant la caméra, elle finit par s’octroyer le premier rôle et par devenir imperceptiblement l’âme du film. D’après Avoir Alire

 

 

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L’Intrusa

 

Semaine du 25 au 30 Janvier

Un film de  Leonardo Di Costanzo

Italie –  2017 – 1h35 – VOST

Avec : Raffaella Giordano

           Valentina Vannino

           Martina Abbate

             

  L’INTRUSA

Ciné Débat le 29 Janvier après le film

Quelque chose d’un peu coupant, brouillon, colle aux premières séquences du film de Leonardo Di Costanzo, Agitée dès l’orée, cette fiction – du cinéaste italien coutumier du genre documentaire – en une âme aux contours cabossés, semble quêter refuge pour reprendre son souffle. On se demande bien où l’on arrive. Dans un quartier populaire de la banlieue de Naples, des tours de béton jaune soleil aux multiples fenêtres encerclent de plus petits et modestes immeubles d’un centre d’accueil pour enfants. Giovanna, éducatrice bénévole, en est la gardienne à la chevelure acier et au regard vif tel un ciel dégagé et secret.

La police s’introduit dans ce lieu de solidarité pour arrêter un homme lié à la Camorra, responsable du meurtre d’un individu pris pour cible par erreur. Le coupable laisse une femme, Maria, sa jeune fille et son bébé derrière lui, dans ce centre où beaucoup vont vouloir qu’ils partent au plus vite, effrayés par les circonstances et les possibles retombées. Giovanna lutte pour qu’il en soit autrement. Outre la gestion des enfants et des querelles, des ateliers créatifs que l’éducatrice mène avec d’autres intervenants pour créer de grandes fresques murales et autres façonnages artistiques (comme ce pédalo géant et homme ferraille nommé Mr. Jones), elle se tient en figure phare antimanichéenne, visage de nuances et d’acceptations. Selon elle, chacun doit apprendre et changer pour l’autre. Les enfants, bruts et à la fois innocents, y arrivent même mieux que les plus grands.

Le portrait naturaliste que Di Costanzo fait de cette situation est humble, sans enjolivures. Il se pose près des colères et des gestes de soutien puis donne sa confiance à toutes les respirations présentes car aucune n’est forcée, stylisée, appuyée pour faire monter le drame. Le refuge pour les défavorisés forme ce terrain où les émotions se diffusent sans grand problème. Au bord de la route, Giovanna refuse poliment qu’on la dépose chez elle. Le cours du film se trouve là, dans cette déambulation qui n’a pas besoin d’être emmenée au plus vite. Cette femme compte sur le temps pour que la tolérance se fasse, que les maux guérissent. Verra-t-elle juste ? La réponse à cette question n’est pas de notre ressort, semble-t-il presque pas de celui du cinéaste non plus. Le récit est une fiction bel et bien ficelée, écrite et poétique tout en frôlant l’aspect d’un flux documentaire où chaque réponse semble authentiquement décidée par les âmes qui le traversent.

Les petits bâtiments qui forment ce foyer imitent les plus grands environnants. Des trompe-l’œil d’immeubles sont peints sur les murs, s’affublent de fenêtres allumées et promettent plus de vies encore, plus d’habitants. Derrière tout cela se trouve l’Intrusa et le vœu d’un monde moins étriqué, plus vaste. Et à Di Costanzo de nous emmener au cœur d’un abri pourtant si délimité, monde miniature de cohabitation et théâtre des sentiments, qui n’a besoin ni de tout ni de trop pour dessiner le lieu du vivant.

                                                                                                                          

Horaires sur les sites cinecimes.fr

ou cinemontblanc.fr

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Un Homme Intègre

 

 

 

UN HOMME INTEGRE

Un film de Mohamed Rasoulof

Iran 2017.1h57.vost

Avec Reza Akhlaghilrad, Soudabeh Beizaee, Nazim Adabi

Disons le tout de suite, ce long métrage de Mohamed Rasoulof dont on avait apprécié le précédent opus  AU REVOIR, est une œuvre majeure du cinéma iranien.

L’argument est simple et très « western ». Reza avec femme et enfant a pris ses distances avec les jeux de pouvoir et d’argent, la corruption généralisée qui gangrènent son pays. Il a monté à la campagne une entreprise de pisciculture en eau douce. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où une compagnie privée décide d’acquérir son terrain par tous les moyens.

Reza n’est pas du genre à se laisser faire, il est sûr de son bon droit et utilise des armes conformes  à ses valeurs morales. Pot de terre contre pot de fer, la lutte apparait vite inégale. Reste une solution : utiliser les mêmes armes que l’adversaire. Mais a-t-on le  droit de piétiner ses convictions, de prendre le risque de perdre sa dignité pour défendre son bonheur ? En a-t-on le droit ou le devoir ?

La dénonciation du système mafieux qui met en réseau police, justice, banques au service d’intérêts privés est implacable; la démonstration kafkaïenne.

Le film est noir mais le montage fait alterner des séquences démonstratives toutes de violence contenue avec de beaux moments de respiration, de silence. Récurrence de la source, de l’eau qui purifie.

Le film est fort, la mise en scène irréprochable, les acteurs ont un charisme ravageur et le tout entre en résonnance avec l’actualité de la situation en Iran.

Au passage saluons la détermination et le courage du réalisateur qui est sous la menace d’une peine de prison pour cette dénonciation sans concession.

Prix « Un Certain Regard » Cannes 2017

 

 

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In The Fade

 

Sélectionné au Festival de Cannes 2017 et récompensé par le prix d’interprétation féminine attribué à Diane Kruger impressionnante dans son rôle, « In The Fade » est un film qui dérange et fait réagir.

Fatih Akin secoue et émeut avec ce film efficace découpé en trois parties, un mélodrame inspiré du mélo allemand, très contrasté avec des cadrages amples, puis un film de procès à la Costa–Gavras, très écrit et enfin un film de vengeance mais plus poétique et plus doux car on reste collé à cette héroïne, précise le réalisateur. Le chagrin de cette femme qui a perdu son fils et son mari dans un attentat, est vite devenu pour lui l’objet essentiel du film. « Le film est une ode à cette mère. On ne sait jamais rien sur les familles des victimes, je voulais leur donner un visage. C’est aussi ça, la responsabilité du cinéma. »

Il n’y a que des coups à prendre en se lançant dans un tel projet au cœur de notre monde occidental dominé par les attentats à répétition et d’autant plus en choisissant de parler non d’un acte perpétré par Daech mais par des militants fascistes allemands. « Un cinéaste d’origine turque qui fait un film où une blonde allemande pourchasse des nazis… Je pense en effet que cela dérange certaines personnes » dit –il.

Fatih Akin n’a jamais aimé la demi-mesure équivoque. Pour le réalisateur « d’ Head on » (Ours d’or au Festival de Berlin 2004), le cinéma est un combat social et politique lui permettant de faire passer ses convictions et ses engagements sans caresser le spectateur dans le sens du poil et avec un côté bulldozer qui n’évite pas, parfois, certaines sorties de route. Fallait-il nuancer les comportements extrêmes des terroristes au risque de paraître les excuser ? Ou montrer leur inhumanité au risque de paraître caricatural ? La réponse d’Akin est claire. Il prend parti et pousse le spectateur à faire de même. A être emporté ou agacé par ce qu’il voit. Que faire lorsqu’un verdict judiciaire vous semble d’une injustice insoutenable ? Akin ne dit pas que la décision de son héroïne est la bonne mais il accompagne au plus près la logique de ce personnage. Voilà pourquoi le film a divisé les critiques à Cannes.

Fatih Akin leur répond « J’ai l’impression que les critiques veulent le mode d’emploi des films. Je ne vais certainement pas leur expliquer de quoi parle mon film. C’est un film généreux, comportant différents niveaux de lecture. Chaque spectateur peut choisir le thème qui lui parle le plus »

Ses admirateurs retrouveront d’ailleurs des constantes de son cinéma, de son attachement à la communauté turque à l’utilisation de la mer comme symbole de mort. De plus, il utilise avec bonheur les mélodies composées pour le film par Josh Homme, le leader des Queens of Stone Age.

D’après l’interview de Fatih Akin dans Première et les critiques d’avoir à lire, d ’express.fr et télérama.fr

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Le teckel

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