Archives : Films

Ceux qui travaillent

CEUX QUI TRAVAILLENT

Ex-employé d’une société qui gère des cargos depuis la Suisse, le personnage que joue l’acteur déclare, à une recruteuse chargée d’établir son profil, n’être « ni sentimental ni altruiste ». Le visage fermé, Frank semble presque robotisé. Parce qu’une cargaison risquait d’être retardée et perdue, après la découverte d’un clandestin à bord, il a donné l’ordre de se débarrasser du « problème ».Ses patrons, qui trouvaient qu’avec son ancienneté il coûtait trop cher, en ont profité pour le licencier, en prenant des airs offusqués. Entre requins, pas de pitié.

Voilà Frank échoué, comme un cargo sur la grève. Mais prêt à refaire passer la loi du profit avant les préoccupations humaines, la prochaine fois que l’occasion se représentera. Donner tout à son travail n’est pas une formule pour lui : sa vie, son honneur, il les a sacrifiés contre un très bon salaire. Et tout le monde était content. C’est par sa franchise que ce premier film se distingue et renouvelle ce cinéma social dont les combats s’appuient sur la grandeur des individus. Ici, on la cherche en vain. Chez lui, Frank devient un encombrant. Il n’était bon qu’à partir au bureau et son fils le lui crache à la figure : « On a accepté de vivre sans père mais on n’acceptera pas de changer notre train de vie. » À la maison non plus, on ne se fait pas de cadeau…

Sans effets dramatiques, sans colère, presque aussi froid que ses personnages, le réalisateur montre comment la circulation de l’argent régit tout. Mais, dans ce tableau étouffant, il s’accroche à une enfant, la plus jeune fille de Frank. Parce qu’elle est la seule à le considérer comme un père et non comme un portefeuille ; parce qu’elle a besoin de faire un exposé à l’école sur le travail de son papa, il l’emmène voir les cargos dont il avait la charge. Avec ce voyage, le film prend de la hauteur pour regarder le cycle infernal du commerce : notre monde sans pitié ne tourne que si l’on achète tout ce qui est à vendre. Ceux qui travaillent se salissent les mains, mais tout le monde est complice. Un regard précis, utile, courageux.

Olivier Gourmet est magistral…

Publié dans 3ème film du programme | Commentaires fermés sur Ceux qui travaillent

Pour Sama

Présenté comme une lettre à sa fille Sama, née pendant les bombardements à quelques mois du début du siège d’Alep, ce documentaire est bouleversant. Il filme de l’intérieur la résistance silencieuse des habitants de la ville qui ne veulent pas partir de chez eux. Parce que partir, c’est renoncer à tout ce qu’ils ont construit et donner raison à un pouvoir qu’ils exècrent. Mais rester, c’est l’enfer. Rester, c’est faire grandir les enfants dans la misère, sous les bombes, sans savoir si l’on va savoir les protéger, ou même les nourrir. Extrêmement personnel, ce film raconte le trajet de la réalisatrice, mère qui se demande dans quel monde elle fait naître son enfant. Un enfant de l’amour, qui lui apporte tellement de joie. Elle raconte ses doutes et ses peurs, son angoisse totale, sans aucun fard ni aucune retenue. Mais Waad est aussi une « journaliste-citoyenne » qui sort tous les jours dans la rue et laisse sa fille dormir dans une chambre de fortune au-dessus de l’hôpital, car elle se doit de documenter le conflit, documenter la vie à Alep, sous les bombes et pendant le siège. Documenter pour faire, d’une part, voir au monde ce qu’il se passe, mais aussi comme devoir de mémoire, pour tous ceux qui ne sont plus.

« Pour Sama« , raconte ainsi de manière chronologique la détérioration de la situation dans cette grande ville, des premières révoltes étudiantes, quand Waad est encore en quatrième année de marketing, au siège de la ville pendant plus de six mois. D’importants jalons, ignorés en Occident, viennent rythmer le film et le rendent très lisible. En racontant la grande Histoire par le prisme de sa vie, Waad ancre ces changements et les conceptualise. Mais avant tout, c’est un film sur les habitants d’Alep. Une déclaration d’amour à ce peuple qui est resté, qui a continué à se battre et à aider les sinistrés. À tous ceux qui ont su remettre un sourire sur un visage, qui se sont occupés d’enfants, de blessés, de vieilles personnes. À tous ceux qui ont soigné et aidé, dans des hôpitaux de fortune. Ce documentaire montre des images inédites, inimaginables, celles de bombes tombant sur des quartiers, à moins de cent mètres de la caméra ; les dégâts encore fumants qu’elles laissent dans les bâtiments, tombant parfois à quelques mètres de la réalisatrice ; des enfants arrivants, couverts de poussière, portant dans leur bras un camarade inanimé. Ce que Waad al-Kateab parvient aussi à capturer, c’est la bande son de la guerre, des tirs de mortiers aux rafales des snipers, des cris aux bruits incessants de la chute des bombes. (…) Et au milieu de tout ça, la chose la plus unique, la plus surprenante, la plus inattendue à trouver là : le rire. Le rire, les histoires et le sourire, l’optimisme qui existe au cœur de cette détresse extrême qui ne se laisse jamais abattre. Extrêmement personnel, par ce film la réalisatrice demande pardon à sa fille et essaie de lui faire comprendre pourquoi elle l’a mise tant en danger, pourquoi ses parents ont fait ce choix, celui de rester. Elle est notre point d’attache, qui rend tout cela bien réel, vécu. Elle ne s’en remettra jamais, mais elle n’aurait pas fait un autre choix.    Oeil d’Or du meilleur documentaire au Festival de Cannes 2019.

Publié dans 5ème film du programme | Commentaires fermés sur Pour Sama

Chambre 202

La pérennité du désir, l’infidélité, les ravages du temps… Des sujets pas vraiment drôles, dont Christophe Honoré a réussi à faire une comédie enlevée et joyeuse avec « Chambre 212 », qui sort en salle mercredi. En compétition lors du dernier Festival de Cannes dans la section Un certain regard, le film a remporté le prix d’interprétation pour Chiara Mastroianni. Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal à la suite d’une dispute avec son mari (Benjamin Biolay,) pour passer la nuit à l’hôtel. Alors qu’elle tente de faire le point, plusieurs personnes de sa vie passée entrent en scène. Ce qui semble au départ être un songe de Maria -qui parle avec sa mère morte, son mari lorsqu’il avait 25 ans (joué par Vincent Lacoste) ou l’ex-amour de celui-ci (joué par Camille Cottin)- montre en réalité les dédales de sa réflexion. « C’est l’histoire d’une femme qui pense et qu’on accompagne dans toutes ses pensées, lesquelles s’incarnent dans des situations ou des personnages », racontait Christophe Honoré à l’AFP en mai dernier à Cannes. L’histoire, comme les protagonistes, se promène entre la chambre d’hôtel et l’appartement du couple -ils n’ont qu’une rue à traverser- en s’affranchissant du temps, pour permettre, par exemple, un dialogue entre l’un des personnages à deux âges différents, une bagarre entre un amant actuel et un futur mari encore dans ses vingt ans… Les situations amusantes s’enchaînent…. 

Après « Plaire aimer et courir vite », son dernier film à la tonalité plutôt grave, Christophe Honoré avait « envie d’échapper à un certain naturalisme » pour faire un long métrage « qui s’amuse, au ton plus léger, même si le film a sa part de mélancolie ». Car sans avoir l’air d’y toucher, le propos est profond, tournant autour d’une seule grande question : un couple peut-il résister au temps ? « J’arrive à un âge où j’ai la chance de vivre en couple depuis longtemps. C’est un travail », avance Christophe Honoré, en écho aux propos de l’un de ses personnages. « Prenez la façon dont on gère le désir : c’est très déstabilisant d’aimer toujours autant quelqu’un mais de le désirer moins qu’avant. Il faut pouvoir passer outre ce genre de choses ou en tout cas faire avec…On n’est pas sur terre pendant si longtemps au fond, et la question de qui on désire, à qui on plaît, et comment on a la chance ou non de vivre une histoire d’amour… c’est quand même essentiel dans nos vies », selon le cinéaste qui se dit « heureux » d’avoir fait ce film. ( rh/sl pour La Croix) 

En même temps, une poignante interrogation affleure : peut-on jamais se remettre de la perte de la jeunesse ? Peut-on jamais faire autrement que tromper l’autre avec lui-même ? C’est le bilan d’une vie de couple, mais aussi le carrefour virtuel de toutes les vies que les deux époux auraient pu avoir à la place. La troupe d’acteurs éblouit, notamment du côté des nouvelles recrues de Christophe Honoré : Benjamin Biolay, la maturité assumée et le cœur lourd, Camille Cottin, émouvante « vieille  maîtresse » ressurgie du passé et Carole Bouquet, vivante référence au cinéma de Blier…Une nouvelle réussite.

( Télérama ) »

Publié dans 2ème film du programme | Commentaires fermés sur Chambre 202

Le teckel

Le TECKEL présentation longue.pdf

Publié dans Archives films, Films | Commentaires fermés sur Le teckel