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Twist à Bamako

TWIST A BAMAKO

Un film de Robert Guédiguian

France 2021 – 2h09 – Drame historique

Avec Stephane Bak, Alice Da Luz…

Twist à Bamako est une œuvre solaire où le cinéaste marseillais délaisse pour un temps sa ville natale et sa chère bande de l’Estaque afin de reconstituer les premiers temps des indépendances en Afrique noire.

En 1962, le premier président de la république du Mali ne veut pas seulement s’émanciper de la tutelle française : Modibo Keïta entreprend de bouleverser les structures économiques et les mœurs de son pays, aussi féodales les unes que les autres, pour l’ancrer dans la modernité et la justice sociale. Samba, fils d’un riche commerçant de la capitale, parcourt les campagnes pour promouvoir l’idéal socialiste auprès de paysans pas forcément réceptifs. En pays bambara, le jeune homme révolutionnaire a le coup de foudre pour Lara, une jeune femme mariée de force qui rêve de liberté…

C’est un moment d’utopie en action, une parenthèse enchantée dans l’histoire d’un continent marqué par les tragédies, que fait revivre Robert Guédiguian dans cette chronique historique portée par le dynamisme et le charme de ses comédiens vingtenaires, Stéphane Bak et la révélation Alice Da Luz en tête. Le réalisateur a transmis à ses personnages son credo : « Pour moi, la recherche du plaisir compte depuis toujours dans le fait d’accomplir toute chose ».

Ici, le militantisme est donc indissociable de la fête et, plus particulièrement, du twist, dansé jusqu’à l’aube malgré la réprobation des grincheux de tous bords.

Le regard plein d’empathie du cinéaste n’empêche pas sa lucidité sur le pouvoir corrupteur des chefs de village ou des notables urbains, qui s’accommodent tous fort bien d’un colonialisme persistant, ou sur le sort terrible réservé aux femmes maliennes, en 1962 comme aujourd’hui. Le didactisme des dialogues est parfois appuyé, mais en s’inspirant avec brio des images du photographe Malick Sidibé pour sa mise en scène, Guédiguian propose un bel hommage à cette jeunesse d’hier dont les aspirations font écho à celle d’aujourd’hui. ( critique Samuel Douhaire, Télérama)

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Chère Léa

CHERE LEA

De Jérôme Bonnell

France 2021 -1H29

Avec Grégory montel, Grégory Gatebois, Anais Demoustier, Nadège Beausson-Diagne

Fatigué au point de s’endormir dans un cocktail, Jonas (Grégory Montel) s’est laissé enfermer toute la nuit dans un immeuble de bureaux. À son réveil, groggy, il décide, sur un coup de tête, de porter des croissants à Léa, la jeune femme qu’il aime encore alors qu’ils ont rompu depuis « trente-deux jours ». Mais Léa (Anaïs Demoustier, le charme incarné) veut tourner la page de cette relation passionnelle. Alors Jonas s’installe au café d’en face pour lui écrire une lettre. « Je peux me recharger cinq minutes ? » demande-t-il au patron en lui tendant son téléphone portable à brancher… Petit à petit, ce bistrot devient le centre de son monde. Parce que le patron, attentif et enveloppant, a fait des endives au jambon. Parce qu’un bout de trottoir peut être le théâtre de toutes les affections et guérisons…

Après Le Temps de l’aventure (2013) et À trois on y va (2015), Jérôme Bonnell circonscrit la carte du Tendre (et de l’amer) à une journée et un pâté de maisons. Autour du bar, tenu par un Grégory Gadebois impeccable d’humanité sereine, Jonas, largué dans tous les sens du terme, dérive, s’affole, est témoin de l’incommunicabilité aux tables voisines, et joue même au héros à cause d’un drame familial qui se joue entre un vieux garçon et sa mère trop parfumée. Le temps de quelques mésaventures burlesques et de retrouvailles, dans une gare, avec son ex-femme (Léa Drucker, admirable en une seule scène), l’homme qui penche revient toujours à son nouveau port d’attache, cette table de bistrot sur laquelle il a laissé son stylo.

Cette comédie sentimentale, si légère en apparence, et si grave, en réalité, est, donc, aussi, l’histoire d’un homme qui écrit. En creux, Jérôme Bonnell, scénariste de tous ses films, interroge l’utilité des mots, leur portée universelle. Une rupture mérite-t-elle quinze pages ? Vaut-elle un film ? Le délicat Chère Léa, proche à la fois de la fantaisie d’un Lubitsch et du minimalisme d’un dessin de Sempé, le prouve, offrant à Grégory Montel son meilleur rôle, entre tension et mélancolie. Télérama, Guillemette Odicino

Chère Léa fait partie de ces métrages qui trouvent leur charme dans la simplicité de leur propos. Avec une économie de lieu et de personnages, le réalisateur Jérôme Bonnel dresse avec subtilité le portrait d’un homme incapable de faire le deuil d’une relation. Hésitant sans cesse entre l’adieu et l’ultime tentative de réconciliation, la fameuse lettre cristallise toutes les attentions, entraînant Jonas et son entourage vers une issue incertaine. Jérôme Bonnel parvient à maintenir l’équilibre entre l’absurde, le burlesque et le mélancolique, sans aucune rupture de rythme.

Grégory Montel incarne avec justesse ce personnage maladroit, à la dérive tant sur le plan personnel que professionnel, qui d’abord déconcerte avant de lentement nous séduire par sa sincérité.

Autour de lui, Grégory Gadebois  incarne parfaitement le gérant du bistrot aussi curieux que débonnaire dont le regard pénétrant semble toujours deviner la suite des événements.

Anaïs Demoustier   joue quant à elle la fameuse Léa et s’en sort avec brio malgré un rôle naturellement complexe et ingrat. Enfin, citons Léa Drucker qui, bien que n’ayant qu’une seule scène dans Chère Léa, parvient à nous émouvoir durant ce laps de temps.

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Les amants sacrifiés

LES AMANTS SACRIFIES

Film de Kiyoshi Kurosawa

France, Qatar, Suisse, Algérie – 2021-1h55

Avec Yû Aoi, Issey Takahashi, Masahiro Higashide

Voilà un thriller romanesque et historique magistral, divinement alambiqué, une partie d’échec psychologique palpitante, un joyau vu rarement, c’est la rencontre de 2 grands réalisateurs japonais, le maître de la peur kiyoshi Kurosawa et son très romantique élève Ryûsuke Yamaguchi devenu incontournable suite à plusieurs récompenses à Cannes, qui a la science du dialogue (chaque situation très écrite creuse le portrait des personnages). Et quand l’amour se frotte à la peur, tels 2 silex noirs : la passion se propage forcément comme une traînée de poudre. L’intrigue du film, pour notre plus grand plaisir est inextricable.Les manipulateurs seront à leur tour manipulés et ainsi de suite. Des renversements d’autant plus inattendus qu’ils ne sont pas régis par les mêmes logiques; les psychés tortueuses des personnages comme autant de stratégies éparses, peinent à se rejoindre, à se comprendre, à s’anticiper. Les actes de Satoko guidés par son amour pour Yusaku, son désir de rester coûte que coûte avec lui, même si en toile de fond se profile la funeste destinée du japon en pleine seconde guerre mondiale, elle souhaite avant tout se battre pour son bonheur.Yusaku, lui,veut défendre son pays mais reste plus trouble dans ses ambitions. Cosmopolite dans l’âme, tourné vers l’occident,il ne se résoud pas à accepter la ferveur nationaliste montante dans son pays ce début 1941 où le Japon pactise avec l’Axe rendant sa population complètement folle. Il aime Satoko mais ses dilemmes intérieurs lui disent d’agir avant tout pour des nobles causes qu’il défend et non pour lui même, à moins que son motif soit plus inavouable .

C’est alors un pernicieux jeu de chat et de la souris entre eux pour défendre leurs desseins respectifs, quitte à se mentir, se blesser, se trahir. On ressort déchiré, lessivé et meurtri par l’intensité du drame qui se joue sous nos yeux: le choc de 2 libres-arbites dans le tumulte de l’histoire. D’autant plus que la maestria de la mise en scène, la qualité des décors,l’ampleur picturale des images constituent,tout au long de cette intrigue captivante, un théâtre des cruautés des plus cinématographiques. A l’issue, ce film nous pose une question résolument d’actualité : et vous que feriez vous pour rester intègre face à la menace ?

Cette alliance entre ces 2 réalisateurs accouche d’un film étonnant qui sait être dur tout en gardant une image très belle et très digne. Ce regard acéré sur le Japon impérialiste qui commit tant d’exactions dans toute l’Asie du Sud-Est dans la première moitié du vingtième siècle, est particulièrement précieux tant il est rare.

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8ème film du programme

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Le teckel

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