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True Mothers

True Mothers
Film japonais de Naomi Kawase 

2019/ Durée 2H19
Avec  Hiromi Nagasaku, Arata Iura, Aju Makita

Satoko et son mari Kiyokasu, couple japonais aisé, ont fait la choix de l’adoption devant leurs échecs à concevoir. Ils ont adopté Asato. 6 ans plus tard , la mère biologique de Asato, Hikari qui était âgée de 14 ans au moment de la naissance , les contacte à nouveau…

Au delà de ces deux portraits de femmes, Naomi Kawase décrit un contexte autour de l’adoption au Japon qui est fascinant à plus d’un titre. Elle décrit une certaine opprobre autour de ce phénomène qui crée une forme d’exclusion voire de discrimination, et elle décrit très bien ces réseaux d’entraide qui permettent à des adolescentes tout juste pubères de surmonter l’épreuve d’une grossesse bien trop précoce. Toute la période où Hikari est dans cette association assurant la transition et la présentation avec les adoptants est magnifique. Elle constitue un pont entre les protagonistes, aplanissant les différences sociales si prégnantes au début du film. Les failles de chacun s’affichent au grand jour, la souffrance de ces familles qui ne peuvent avoir d’enfants biologiquement, et le drame de celles qui ne se retrouvent mères avant même d’avoir fini le lycée. Ce que cela dit de la famille au Japon, mais aussi dans toute la zone géographique tant on retrouve la même chose en Corée par exemple, prouve à quel point le sujet est toujours sensible et la place des jeunes filles si précaire.

Le grand sujet dans le film, ce sont les différentes façons d’être mère. Adoptive ou biologique, chacune des perspectives est longuement développée avec deux immenses flashbacks qui entourent le présent :  la mère biologique se retrouvant exclue de l’équation familiale, voit se prolonger le déni qui a entouré sa grossesse, et la mère adoptive qui accède certes au bonheur, ressent aussi un sentiment d’imposture.
 L’architecture du récit de True Mothers est habile et plaisante, suscitant une forme de suspense, même si le film n’est en rien un thriller. Plusieurs scènes flirtent avec le documentaire, en particulier celles se situant sur une île près d’Hiroshima où une agence d’adoption veille sur des jeunes filles avant leur accouchement. True Mothers est marqué par la plus grande bienveillance à l’encontre des deux mères, traitant les sujets de la grossesse des mineures d’une part, et l’infertilité, d’autre part, avec une belle pudeur et une certaine élégance.
Et pour ancrer davantage son propos dans le réel, la réalisatrice revient à la forme de ses débuts, comme dans son documentaire à la première personne Naissance et maternité sorti en 2006, en se plaçant régulièrement à la lisière entre la fiction et le reportage. Aussi s’immerge-t-elle notamment, sur l’île d’Hiroshima, dans un refuge pour « fille-mères » (qui sont en réalité parfois des prostituées) forcées de cacher leur grossesse et de destiner leur enfant à l’adoption : elle donne alors à voir des images prises sur le vif, dans lesquelles on l’entend s’entretenir directement avec ses personnages.Ce nouveau long-métrage de Naomi Kawase, elle-même abandonnée, puis adoptée par son grand-oncle et sa grand-tante, est, par instants, profondément émouvant.

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ONODA

 ONODA, film français, japonais, allemand, belge, italien et cambodgien De Arthur Harari, 2H45

Semaine du 16 au 22 septembre 2021

Peut-être n’y a-t-il pas d’histoires plus belles que celles qui se penchent sur ces grands égarés qui, comme Don Quichotte ou Robinson Crusoé, décident de tourner le dos au monde et de lutter contre son cours implacable. C’est à une figure de cet ordre, à la fois superbe et pitoyable, que le jeune cinéaste français Arthur Harari, consacre un deuxième long-métrage magnifique et aventureux.

 Le film se penche sur la guerre du Pacifique et ses suites à travers le cas bien réel du dernier soldat démobilisé, le sous-lieutenant Hiroo Onoda, retrouvé en 1974 sur l’île où il avait été envoyé en mission, celle de Lubang, dans l’archipel des Philippines, près de trente ans après la fin du conflit et la capitulation de son pays, le Japon. Cette expérience inouïe et vertigineuse est ici retracée comme une échappée hors de l’histoire telle qu’on la dit souvent écrite par les vainqueurs. Et donc comme la tentative d’un vaincu pour faire perdurer sa propre réalité, dût-elle se retrancher au sein d’une île.

Face à un tel sujet, Arthur Harari, épaulé par son frère et chef opérateur Tom Harari, aurait très bien pu s’engager sur la piste attendue de la folie et concevoir son film comme exploration des limites. Il recourt plutôt à une écriture classique, parti pris de ligne claire qui fait naître l’émotion tout autrement : en accompagnant son personnage et ses trois compagnons, au plus près, en cherchant à le comprendre, en le dessinant aux justes proportions.

Plutôt qu’un délire perceptif, le film investit l’isolement et le déni. Ce n’est le vertige de la situation qui intéresse Harari, mais plutôt ce qui naît entre les quatre soldats du film, malgré les frictions passagères : des soins, des gestes d’attention, un dévouement mutuel, une solidarité et même une forme d’amour sublimé, qui s’opposent à la peur qu’ils font régner sciemment parmi les habitants de l’île  afin de maintenir à flot leur petite utopie.

Le vertige n’en ressurgit pas moins par la bande et par les années qui éloignent insensiblement Onoda de la réalité de la guerre, les ellipses qui engloutissent ses compagnons, puis accusent le vieillissement du personnage, interprété par deux acteurs différents. Peu à peu, c’est le syndrome du « bon fils » qui se manifeste sous les traits du héros : amoureux d’une obéissance sans objet, dépendant d’une croyance qui compense la crainte de l’abandon. Onoda peut alors être vu comme l’histoire d’un oubli, d’un contre-ordre qui arrive avec trente ans de retard, quand , même l’instructeur  a oublié jusqu’à l’existence de son ancien élève.

La fiction d’une guerre sans fin, imaginée pendant trente ans par le soldat oublié, apparaît alors pour ce qu’elle est : le mirage qui permet à toute vie d’être vécue.

Critique inspirée de celle du Monde aout 2021

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TOM MEDINA

TOM MEDINA

Genre : Drame
Réalisateur : Tony Gatlif
Acteurs : David Murgia, Slimane Dazi, Karoline Rose, Suzanne Aubert
Pays : France / Suisse
Durée : 1h40
Sortie : 4 août 2021
Distributeur : Les Films du Losange

Synopsis : Dans la mystique Camargue, Tom Medina débarque en liberté surveillée chez Ulysse, homme au grand cœur. Tom aspire à devenir quelqu’un de bien. Mais il se heurte à une hostilité ambiante qui ne change pas à son égard. Quand il croise la route de Suzanne, qui a été séparée de sa fille, Tom est prêt à créer sa propre justice pour prendre sa revanche sur le monde…

Prix de la mise en scène en 2004 pour Exils, Prix spécial du jury Un certain regard en 1993 avec LatchoDrom, Tony Gatlif a sa place à Cannes s’il a un film sous le coude. Tom Medina, qui sort mercredi 4 août, suit un jeune délinquant en réhabilitation pris en charge par un gardian camarguais. Avec une musique toujours importante, le réalisateur de Gadjo Dilo perd un peu le fil de son scénario, mais offre son lot d’images puissantes.

Une Camargue habitée

A 18 ans à peine, Tom Medina, petit voleur récidiviste, est placé chez Ulysse pour apprendre le métier de gardian en Camargue. Il se reconnaît dans cette culture du taureau, et s’investit dans son apprentissage. Il ressent tellement l’âme du pays qu’il est habité de visions. Entre son mentor dévoué, la fille de celui-ci aguerrie au métier et chanteuse rock, puis sa rencontre avec une jeune femme à la recherche de sa fille, Tom se cherche lui-même.

Comme son personnage Tom Medina, le scénario du film part dans tous les sens, comme s’il avait été écrit au jour le jour. Ce qui fonctionne chez Godard ou Gaspar Noé, est ici dispersé. D’autant que les acteurs n’y mettent pas du leur. Le film est toutefois traversé de fulgurances oniriques et d’images camarguaises somptueuses.

La musique tient une bonne place dans le film. Co-auteur de la B.O avec sa compositrice attitrée, Delphine Mantoulet, Tony Gatlif passe des chants gypsies au rock hurlé de Karoline Rose Sun qui joue Stella, la fille d’Ulysse. Comme il est dit dans le film, des forces telluriques traversent le delta camarguais, bousculent les âmes, et la musique est son medium.

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MILLA

MILLA

De Shannon MURPHY – Australie-1h58, VOST. Avec Eliza Scanlen, Toby Wallace, Ben Mendelsohn, Essie Davis.

Le film débute avec Milla (Eliza Scanlen), une adolescente a priori lambda, mais elle cache au fond d’elle l’envie de s’envoler et de vivre les choses à son rythme. Quand elle rencontre le jeune chien fou Moses (Toby Wallace), son choix est fait, elle veut le côtoyer, l’apprivoiser et le faire rentrer dans le cocon familial. La proposition de cinéma est touchante et pour son premier film, la réalisatrice Shannon Murphy choisit un sujet pas facile du tout. Une belle découverte cinéma à ne pas manquer en salles le 28 juillet. (…)

C’est une adaptation de pièce de théâtre et l’évocation du premier amour est ardue. L’histoire se situe dans une banlieue australienne comme il y en a tant, avec un père psychiatre et une mère dépressive qui n’arrivent plus à gérer le réel. Pour eux, le réel, c’est des sentiments intimes mis sous l’entonnoir et une fille pour qui ils veulent tout donner. Si la tristesse est inévitable, elle est contrebalancée par une histoire si réelle qu’elle pourrait se dérouler n’importe où. Ce qui dépareille le plus, c’est ce petit ami mi-voyou mi-dealer, qui s’introduit par la fenêtre et déguerpit par la porte. C’est pour le bonheur de leur fille que les parents – impeccables Ben Mendelsohn et Essie Davis – acceptent à contrecœur chez eux. Les scènes de la vie quotidienne s’enchainent comme autant de chapitres pour un scénario à l’équilibre quasi miraculeux. Les personnages sont dysfonctionnels et la normalité semble une notion assez éloignée de leurs capacités. Cris, désillusions et joies se côtoient dans un déroulé improbable mais pourtant si vrai.

La jeune malade cherche à gagner du temps pour composer une existence en lien avec ses aspirations, faute de temps, elle compose et se débrouille. Pour un résultat qui touche au plus profond de l’être par la fragilité du lien de la vie qui unit les personnages. Le film est à découvrir le 28 juillet pour un beau moment de cinéma au plus près des turpitudes du réel.

Milla n’est pas une adolescente comme les autres et quand elle tombe amoureuse pour la première fois, c’est toute sa vie et celle de son entourage qui s’en retrouvent bouleversées.  (Publikart.net)

« On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va », disait Jacques Prévert. Une maxime qu’illustre joliment – et tragiquement – Milla. Car si l’héroïne tente de toucher au bonheur (du bout des doigts, du bout des yeux, du bout de la bouche, du bout de la langue, du bout du sexe) avant de partir, ce sont bien les non-dits, les secrets, les émotions enfouies, les rancœurs inavouées, qui forment le tissu tragique du récit. C’est en même temps de la joie et de la douleur des protagonistes que naissent les séquences les plus émouvantes du récit.

C’est ainsi que l’œuvre nous invite, avec force et sincérité, à profiter pleinement d’une existence dont chacun sait qu’elle n’est pas éternelle. (A VOIR A LIRE)

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8ème film du programme

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Le teckel

Le TECKEL présentation longue.pdf

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