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Call me by your name

Le décor, c’est l’Italie du Nord en plein été, du côté de la grande bourgeoisie esthète..  Elio, 17 ans un rien tête à claques, est le fils unique, le trésor vivant, d’un couple d’intellectuels fortuné et cosmopolite qui, chaque été, retrouve sa magnifique ­villa du XVIIe siècle dans la campagne. Elio est déjà un musicien accompli et un érudit. Il sait tout sur tout. Le prodige Timothée Challamet, nommé à l’oscar du meilleur acteur, lui prête sa gracilité poseuse. Mais il ne sera plus le même à la fin du film.

Car l’assurance étudiée d’Elio ne pèse rien face à la désinvolture américaine, sportive et adulte d’Oliver (Armie Hammer, hollywoodien à bon escient), thésard venu travailler quelques ­semaines auprès du père universitaire. Oliver énerve, puis fascine, puis obsède Elio, qui l’observe sans cesse, le suit le plus souvent possible, inspecte sa chambre en cachette…  L’histoire se déroule au présent,  durant l’été 1983, reconstitué avec une minutie fétichiste — objets, vêtements, chansons. Ce présent induit un film d’une certaine légèreté, avec entre autres,  la peinture d’une classe sociale dont les membres sont déchargés de toute contrainte matérielle par d’affectueux domestiques à domicile. Et donc entièrement libres de se consacrer aux choses de l’esprit, ou de la chair. L’étude sur la cristallisation amoureuse peut ainsi se déployer pleinement : la vie paraît si facile que chaque nouvel émoi sentimental ou sexuel d’Elio, à la conquête d’Oliver, occupe tout l’espace, constitue un rebondissement en soi.

L’intensité naîtra de la séparation annoncée entre les amants. Et, pour une fois, l’ordre moral et la raison familiale n’y sont pour rien. Les parents d’Elio  se révèlent plus que bienveillants : ils vont jusqu’à transformer les derniers jours de l’Américain sur le sol italien en une courte lune de miel pour lui et leur fils. Mais les deux garçons ne sont pas au même stade de leurs vies. Une belle séquence d’ivresse nocturne dans un village lombard montre Oliver en pleine épiphanie, au point culminant de sa joie de vivre, tandis que le frêle Elio se met à vomir : c’est trop de bonheur pour lui.

Luca Guadagnino trace une voie singulière, entre une fidélité italienne au néoréalisme (vérité des décors et des corps, durée des plans) et un tropisme hollywoodien — tout concourt à séduire. Call me by your name, tourné dans la région où il vit, est à ce jour son film le plus accompli,  jusque dans cette scène tardive, purement ­cinématographique : le seul visage d’Elio, filmé très longtemps, reflète alors l’entrée du personnage dans une dimension inconnue de lui, la vénération du souvenir.

 D’après la critique de Télérama du 28/02/18 (Louis Guichard)

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