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Les Anges portent du blanc

LES ANGES PORTENT DU BLANC

Un film de VIVIAN QU

 

CHINE –  2017– 1H47 – VOST

 

Avec : Wen Qi, Zhou Meijun

           Shi Ke, Geng Le

Liu Weiwei

 

Voici un regard aigu sur les femmes dans la Chine contemporaine, de conditions et d’âges différents. Dans une station balnéaire, une adolescente travaille comme hôtesse d’accueil dans un hôtel. Une nuit, un chef d’entreprise débarque, s’enivre dans sa chambre avec deux collégiennes et abuse sans doute d’elles. Tout le monde cherche à étouffer l’affaire, sauf une avocate qui se bat pour faire éclater la vérité. L’hôtesse tait ce quelle sait, par peur : elle n’a pas de papiers…

Productrice du fascinant Black Coal (2014) et déjà réalisatrice avec Trap Street (2013), Vivian Qu signe un second film qui ne manque pas d’audace. Corruption, trafics en tout genre, oppression des femmes maintenues dans l’ignorance, exploitées ou écartées du pouvoir : le tableau qu’elle brosse de la Chine patriarcale est accablant. C’est pourtant une sensibilité délicate qui domine et sert plusieurs intrigues tissées autour du même fait divers. Il y a les deux jeunes victimes, qui réagissent différemment, sous l’influence de leurs parents. Il y a le coupable et son argent corrupteur. Il y a surtout l’adolescente témoin, sur le point de s’émanciper mais fragilisée, sans doute le personnage le plus troublant.

En suivant ces différentes trajectoires, la réalisatrice court parfois le risque de s’éparpiller — c’était déjà l’un des travers de Trap Street. Mais elle prend aussi le temps de filmer des déambulations rêveuses à travers un parc d’attractions désert ou le long de la plage, en passant sous une gigantesque statue de Marilyn avec sa légendaire robe qui se soulève. Un totem étrange, à la fois kitsch et fascinant, allégorie d’une féminité qui rimerait enfin avec joie.

Avec une grande maîtrise formelle, sans jamais céder au pathos, à la facilité ou au manichéisme, la réalisatrice dessine le portrait de la femme chinoise d’aujourd’hui tout en esquissant celui, peu reluisant, d’une société où règne la loi du plus fort ou du plus fortuné.

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