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Chère Léa

CHERE LEA

De Jérôme Bonnell

France 2021 -1H29

Avec Grégory montel, Grégory Gatebois, Anais Demoustier, Nadège Beausson-Diagne

Fatigué au point de s’endormir dans un cocktail, Jonas (Grégory Montel) s’est laissé enfermer toute la nuit dans un immeuble de bureaux. À son réveil, groggy, il décide, sur un coup de tête, de porter des croissants à Léa, la jeune femme qu’il aime encore alors qu’ils ont rompu depuis « trente-deux jours ». Mais Léa (Anaïs Demoustier, le charme incarné) veut tourner la page de cette relation passionnelle. Alors Jonas s’installe au café d’en face pour lui écrire une lettre. « Je peux me recharger cinq minutes ? » demande-t-il au patron en lui tendant son téléphone portable à brancher… Petit à petit, ce bistrot devient le centre de son monde. Parce que le patron, attentif et enveloppant, a fait des endives au jambon. Parce qu’un bout de trottoir peut être le théâtre de toutes les affections et guérisons…

Après Le Temps de l’aventure (2013) et À trois on y va (2015), Jérôme Bonnell circonscrit la carte du Tendre (et de l’amer) à une journée et un pâté de maisons. Autour du bar, tenu par un Grégory Gadebois impeccable d’humanité sereine, Jonas, largué dans tous les sens du terme, dérive, s’affole, est témoin de l’incommunicabilité aux tables voisines, et joue même au héros à cause d’un drame familial qui se joue entre un vieux garçon et sa mère trop parfumée. Le temps de quelques mésaventures burlesques et de retrouvailles, dans une gare, avec son ex-femme (Léa Drucker, admirable en une seule scène), l’homme qui penche revient toujours à son nouveau port d’attache, cette table de bistrot sur laquelle il a laissé son stylo.

Cette comédie sentimentale, si légère en apparence, et si grave, en réalité, est, donc, aussi, l’histoire d’un homme qui écrit. En creux, Jérôme Bonnell, scénariste de tous ses films, interroge l’utilité des mots, leur portée universelle. Une rupture mérite-t-elle quinze pages ? Vaut-elle un film ? Le délicat Chère Léa, proche à la fois de la fantaisie d’un Lubitsch et du minimalisme d’un dessin de Sempé, le prouve, offrant à Grégory Montel son meilleur rôle, entre tension et mélancolie. Télérama, Guillemette Odicino

Chère Léa fait partie de ces métrages qui trouvent leur charme dans la simplicité de leur propos. Avec une économie de lieu et de personnages, le réalisateur Jérôme Bonnel dresse avec subtilité le portrait d’un homme incapable de faire le deuil d’une relation. Hésitant sans cesse entre l’adieu et l’ultime tentative de réconciliation, la fameuse lettre cristallise toutes les attentions, entraînant Jonas et son entourage vers une issue incertaine. Jérôme Bonnel parvient à maintenir l’équilibre entre l’absurde, le burlesque et le mélancolique, sans aucune rupture de rythme.

Grégory Montel incarne avec justesse ce personnage maladroit, à la dérive tant sur le plan personnel que professionnel, qui d’abord déconcerte avant de lentement nous séduire par sa sincérité.

Autour de lui, Grégory Gadebois  incarne parfaitement le gérant du bistrot aussi curieux que débonnaire dont le regard pénétrant semble toujours deviner la suite des événements.

Anaïs Demoustier   joue quant à elle la fameuse Léa et s’en sort avec brio malgré un rôle naturellement complexe et ingrat. Enfin, citons Léa Drucker qui, bien que n’ayant qu’une seule scène dans Chère Léa, parvient à nous émouvoir durant ce laps de temps.

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