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Iciar Bollain (Les Repentis)

Porter sur grand écran l’histoire vraie de Maixabel Lasa, dont le mari a été assassiné dans les années 2000 par l’ETA, n’était pas chose aisée…  La réalisatrice madrilène évoque la genèse ainsi que le tournage de « Les Repentis », ce bouleversant long-métrage qui a récemment remporté trois Goya et s’est vu plébiscité tant par le public que par la critique.

Comment est née l’idée de réaliser Les Repentis ?

Ce sont les producteurs du film qui m’ont proposé de raconter l’histoire de Maixabel Lasa. Dix ans plus tôt, j’avais lu dans le journal El País des interviews de victimes qui avaient participé aux rencontres avec les terroristes. Maixabel en faisait partie. À l’époque, ça m’a beaucoup touchée. J’ai trouvé sa démarche ainsi que celle des autres victimes bouleversantes.

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Sophie Lévy ( Méduse )


Sophie Levy débute comme assistante réalisatrice début 2000 sur des publicités et des longs-métrages. Après avoir réalisé deux courts-métrages, elle se lance dans la réalisation de clips au milieu des années 2000 et de films publicitaires, régulièrement primés. Méduse est son premier long-métrage. Le film est d’ores et déjà sélectionné dans 80 festivals dans le monde entier, et auréolé de plus de 45 prix.

« J’ai imaginé cette histoire sans vouloir lui donner de morale. Mes trois personnages ne sont ni bons ni mauvais, ils sont façonnés par ce qu’ils vivent et ce qu’ils ont vécu. Les blessures qu’ils ont subies au cours de leur existence ont toujours été le fruit du hasard ou accidentelles, le plus souvent causées par quelqu’un qui n’a pas voulu leur nuire… De ces
dommages collatéraux, de ces drames sans coupable dont mes personnages sont les victimes, que va-t-il advenir ? (suite…)

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Mia Hansen-Love ( Un Beau Matin )

Pour Mia Hansen-Løve, son film « Un beau matin » est « une façon d’apprivoiser la peur de la maladie »

Une fois de plus, Mia Hansen-Løve a écrit et réalisé un film aux accents autobiographiques, centré sur la maladie dégénérative qui a vu peu à peu disparaître son père. Elle a choisi Léa Seydoux pour interpréter le double d’elle-même : Sandra, une femme impuissante face à la dégradation progressive mais irréversible de l’état de santé de Georg (Pascal Greggory), autrefois professeur de philosophie. Dans cette souffrance partagée, Sandra est aidée par Françoise (Nicole Garcia), sa mère, et par Clément (Melvil Poupaud), un homme marié dont elle va tomber amoureuse.

Cette double intrigue mêlant le drame de la fin de vie et la passion d’une liaison interdite constitue pour la réalisatrice de 41 ans « une façon de montrer que la vie peut à certains moments nous confronter à des situations très opposées ».

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MEDUSE

MEDUSE

De Sophie Lévy France 2022 1h26

   Avec Anamaria Vartolomei, Roxane Mesquida, Arnaud Valois, Léo Dussollier                                                

   Un huis clos envoûtant porté par un remarquable trio dacteurs.

Il y a vingt et un ans, Roxane Mesquida crevait lécran dans un film particulièrement dérangeant de Catherine Breillat « A ma sœur ». Le titre aurait été tout aussi pertinent pourl’étonnant premier long métrage de Sophie Lévy, MEDUSE, dans lequel lactrice interprète Romane, une commerciale entièrement dévouée à sa cadette, Clémence (Anamaria Vartolomei), restée hémiplégique et privée de la parole à la suite dun accident de voituredont Romane est sortie saine et sauve. Les deux sœurs vivent seules dans la grande maison isolée que leur a léguée leur grandmère, au cœur d’une forêt de pins.

Un soir Romane rentre tard chez elle en compagnie de Guillaume (Arnaud Valois) un pompier dont elle est tombée rapidement amoureuse. Le lendemain matin Guillaumecouvre une fille dans le salon : cest Clémence. Il va progressivement se sentir investi dune mission : lui redonner corps et vie. Son arrivée bouleverse ce huis clos. Guillaume vas’attacher à Clémence, persuadé que ses exercices de rééducation vont laider à retrouver la parole et lusage de ses jambes. Mais au fil du temps, le rapprochement et la complicité de Clémence et Guillaume vont devenir de plus en plus insupportables pour Romane.

Méduse est un film d’atmosphère envoûtant. Où la violence exacerbée des sentiments, sur fond de solitude, de culpabilité et de paranoïa, est nime dune lumière éthérée et de superbes couleurs d’automne.

Les références à la gorgone Méduse, cette figure de la mythologie grecque à la tête couverte de serpents et dont le regard transformait en pierre quiconque la regardait,  ponctuent habilement le récit, comme dans les plans récurrentsles chevelures de Clémence et de Romane semblent se mêler inextricablement. Lambiguïté de leur relation fusionnelle, entre complicité et rivalité plus ou moins fantasmée, est incarnée avec brio. Roxane Masquidaimpressionne autant dans la dureté que dans la vulnérabilité, et Anamaria Vartolomei, dans un rôle encore plus éprouvant que celui de sa partenaire, confirme, un an après LEvènement,dAudrey Diwan, quelle est lune des actrices les plus prometteuses de sa génération.

Daprès les critiques de TELERAMA

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Jerzy Skolimovski ( EO )

Jerzy Skolimowski : « Au fil des prises, l’âne est parfait tout le temps, toujours égal à lui-même »

A 84 ans, le vieux maître polonais raconte le tournage de son film, dans lequel il se livre à travers l’histoire d’un âne.

Le mouvement est le maître mot de la carrière de Jerzy Skolimowski, qui n’a jamais tenu en place, depuis ses débuts, en 1960, comme figure turbulente de la nouvelle vague polonaise. Avant même de toucher sa première caméra, le jeune homme, né en 1938 à Lodz, n’a pas attendu pour toucher à tout, tour à tour poète, publiant son premier recueil à 20 ans, éclairagiste pour concerts de jazz, batteur, acteur et même boxeur. (suite…)

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R.M.N

R.M.N.

De Cristian Mungiu

Avec Marin Grigore, Judith State, Macrina Bârladeanu

R.M.N. signifie Rezonanta Magnetica Nucleara (en français I.R.M.), scanner cérébral qui tente de détecter des choses sous la surface. Ce titre éloquent pourrait entrer en résonance avec toute l’œuvre de Cristian Mungiu, l’un des plus grands cinéastes roumains (et mondiaux), chacun de ses précédents films (le dernier en date étant le formidable Baccalauréat) analysant avec précision un aspect de la société roumaine. Cette fois-ci, à travers l’observation d’une petite ville de Transylvanie, il entreprend de diagnostiquer les maux dont souffrent de plus en plus de pays au coeur même de l’Europe. Cette région, disputée autrefois entre Roumains et Hongrois, habitée par les Roms, occupée par les Saxons, par son histoire multiethnique et multiculturelle, est en perpétuelle tension, creuset de mouvements nationalistes réveillant les passions xénophobes à chaque élection.
Matthias, Rom parti travailler en Allemagne, s’enfuit après s’être battu pour avoir été traité de « sale gitan » et revient dans son village natal en Transylvanie. Il y retrouve son fils qui n’arrive plus à parler, victime d’un choc psychologique causé par quelque chose qu’il a vu dans la forêt. Il y revoit aussi son ex-petite amie qui dirige une boulangerie industrielle. Elle touche des subventions européennes pour pratiquer le dumping social, maintenir les salaires au plus bas, et les travailleurs locaux ne veulent pas travailler pour une misère. Aussi vient-elle d’embaucher des ouvriers srilankais, provoquant des tensions dans le village par cette mise en concurrence. Matthias, plus préoccupé par sa survie et celle de son fils, va se retrouver au coeur d’une crise qui mettra chacun face à ses propres lâchetés, hypocrisies vis à vis de soi-disant valeurs, chacun parlant sa propre langue, hongrois, roumain, allemand… et même français, un Français se trouvant aussi dans cette bourgade de moins en moins paisible, missionné pour compter les ours. Car la Transylvanie est aussi connue pour receler dans l’obscurité de ses forêts de nombreuses bêtes sauvages (les habitants revêtant même des peaux d’ours lors de fêtes traditionnelles).

Chaque langue, chaque personnage, chaque religion, chaque élément du récit entre en résonance avec les autres, avec le monde, avec au centre cet enfant mutique face aux ours sauvages tapis dans les profondeurs de la forêt.

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Butterfly Vision

BUTTERFLY VISION

Film de Maksym Nakonechniy – Ukraine – RépubliqueTchèque – Croatie – Suéde – 1h47

Avec Rita Burkovska, Lyubomyr Valivots, Myroslava Vytrykhoska, Makar…

Lilia, experte en reconnaissance aérienne, retrouve les siens en Ukraine après plusieurs mois en  captivité dans le Dombas. Les médias veulent lui arracher des commentaires, elle doit subir des examens physiques, sa mère et petit ami tentent de percer le mystère de son calme étrange… L’horreur est, en fait, ancrée en Lilia : la jeune fille se découvre enceinte à la suite de viols qu’elle a subi dans les geôles russes. Alors qu’elle hésite à avorter, son petit ami, sous le choc, rejoint un mouvement d’extrême droite…

Comment se reconstruire quand la violence couve aussi à domicile, dans une Ukraine que le réalisateur et sa coscénariste n’hésitent pas à montrer tiraillée par des conflits internes ? Ce premier long métrage impressionnant capte le traumatisme de guerre sans aucune complaisance, et l’analyse dans ses conséquences intimes. Les souvenirs de Lilia remontent sous forme de cauchemars surréalistes et d’images pixellisées, comme filmées par un appareil de reconnaissance défectueux, cassé par l’ennemi. Ces sautes d’images tranchent avec le beau naturalisme de l’ensemble, tels des bugs invisibles aux yeux des proches. A la dévastation de Lilia, le film oppose donc une déchirure sociale, à travers le personnage du petit ami qui s’adonne à des exactions contre les Roms en tenue paramilitaire. Butterfly Vision s’impose ainsi comme le magnifique portrait d’une femme en terrain hostile, héroïne de sa propre libération, silhouette butée fuyant le statut de victime. Dans ce rôle, Rita Burkovska impose un mystère insondable, une distance presque gracieuse. Comme un papillon indestructible face aux horreurs de la guerre. TELERAMA .

La guerre encore plus monstrueuse à l’égard des femmes, elles sont la proie de toutes les perversités humaines, leur corps étant convoité pour la jouissance macabre qu’il augure chez l’ennemi. Le réalisateur ne fait pas un film partisan. Il adopte un point de vue très digne, très dépouillé jusqu’au choix d’une image sombre, sans filtre. Les examens médicaux subis sont regardés de loin, derrière un panneau, comme s’il ne fallait pas répéter l’outrage que son corps a déjà subi. Le passé monstrueux de la jeune femme resurgit par saccades, mais Marksim Nakonechniy refuse d’ostraciser les tortures qu’elle a connues (cicatrices profondes à la place des tatouages qui habillent ses bras et son dos). La suggestion est la voie la plus appropriée pour dessiner les contours de l’indignité, de l’humanité et de l’ignominie. Le réalisateur ne rajoute pas du drame au drame. Il regarde son personnage avec ses démons, ses blessures; il le tient à distance de la caméra, comme si à travers la comédienne magnifique qui incarne ce personnage brisé, il fallait encore plus de recul et de respect pour envisager les corps féminins.

Butterfly Vision est beaucoup plus qu’un film de cinéma. C’est une œuvre qui témoigne de toutes les blessures laissées par la guerre et de la difficulté, voire l’impossibilité de retrouver une existence paisible. Le nationalisme et le racisme contre les communautés Roms se mêlent à ce récit tragique, rappelant à nos consciences que la ligne du bien et du mal est de loin aisée à tracer. CLUB A VOIR A LIRE .

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Chie Hayakawa ( Plan 75 )

RENCONTRE AVEC CHIE HAYAKAWA – PLAN 75

La réalisatrice Chie Hayakawa livre un premier long-métrage glaçant et maîtrisé qui interroge la place des séniors dans la société japonaise, ainsi que la fin de vie, la mort et la solitude, dans un Japon dystopique mais réaliste.

Plan 75 est l’adaptation de votre précédent court-métrage éponyme, qui figurait dans l’anthologie Ten Years Japan, produit par Kore-Eda. La vôtre était déjà particulièrement pessimiste, quelle a été l’idée motrice derrière le Plan 75 ?

Chie Hayakawa : Plan 75 a tout de suite été une idée de long-métrage. À l’époque, j’avais envie d’en faire un film choral, avec cinq personnages principaux. Au même moment, on m’a fait cette proposition de Ten Years Japan, produit par Hirokazu Kore-Eda que j’admire énormément. L’idée c’était d’imaginer ce que serait le Japon dans dix ans, et je trouvais que cela collait très bien à l’idée de Plan 75.

Vous choisissez de centrer votre film sur un groupe de femmes septuagénaires, qui sont des personnages principaux très rares à l’écran. Était-ce un choix conscient ? (suite…)

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Peter Kerekes ( 107 Mothers )

« 107 Mothers » : la chaleur maternelle dans la froideur carcérale

Peter Kerekes mélange fiction et documentaire pour filmer une prison pour femmes à Odessa, où nombre de détenues sont enceintes.
Longtemps, le mélange du documentaire et de la fiction est apparu comme l’horizon indépassable de ce qu’on a appelé encore les « nouvelles écritures » cinématographiques. Pour son dernier long-métrage, le réalisateur slovaque Peter Kerekes, tête chercheuse née en 1973, ne vise pas tant à les confondre qu’à pratiquer entre eux un partage ciselé, une harmonique inédite. Sa démarche est motivée par son sujet même : filmer la prison, (suite…)

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