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Elia Suleiman ( It Must Be Heaven )

Né le 28 juillet 1960 à Nazareth

Israël

Réalisateur, acteur palestinien

Chronique d’une Disparition, Intervention Divine, Le Temps qu’il Reste, It Must Be Heaven

De Ramallah à Nazareth, où Elia Suleiman présente “It Must Be Heaven”, son dernier film, mention spéciale du Jury au Festival de Cannes 2019, le cinéaste palestinien renoue avec son public, ses vieux amis et une jeunesse vivante. Mais, poète burlesque flottant au-dessus d’un pays qui ne peut exister, Elia Suleiman se sent seul. (suite…)

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Terrence Malick ( Une Vie Cachée )

Né le 30 novembre 1943 à Ottawa ( USA )

Américain

Réalisateur, scénariste, producteur

La Balade Sauvage, Les Moissons du Ciel, La Ligne Rouge, The Tree of Life ( Palme d’Or 2011 ), Une Vie Cachée.

De retour sur le grand écran avec Une vie cachée, Terrence Malick a des goûts cinématographiques bien opposés aux films dramatiques et visuellement époustouflants qu’il réalise. Son film préféré en est un parfait exemple.Terrence Malick fait de très rares apparitions en public mais quand il rencontre des journalistes, des anecdotes amusantes en ressortent. (suite…)

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Sébastien Betbeder ( Debout sur la Montagne )

sebastien-betbeder Né le 4 janvier 1975 à Pau

France,

Réalisateur et scénariste

Deux Automnes Trois Hivers, Le Voyage au Groenland, Ulysse et Mona, Debout sur la Montagne

Tourner en montagne

Natif des Pyrénées, Sébastien Betbeder avoue être pratiquement « prédisposé » à tourner en montagne. Il lui fallait en tous cas « inscrire le film dans un territoire isolé », un lieu qui puisse « créer un lien » rendant crédible cette histoire. Pour cela, il a du faire énormément de repérages, et l’aide de la Région a été décisive, permettant le choix d’un village dans un territoire cependant immense. Il n’a cependant pas été aisé de trouver un village qui ait du caractère, soit porteur de tradition et surtout, soit libéré de l’emprise des panneaux publicitaires.

(suite…)

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Jérémy Clapin ( J’ai Perdu mon Corps )

Né le 13 Février 1974 à Paris

France

Réalisateur, animateur

Skhizein (court métrage), J’ai Perdu mon Corps

Après avoir remporté le Grand Prix Nespresso à la Semaine de la Critique ainsi que le Cristal du Long-Métrage à Annecy en juin dernier, J’ai Perdu Mon Corps  sort actuellement en salles. Echange avec son réalisateur, Jérémy Clapin, pour parler de ce petit miracle d’animation français, des difficultés à financer un tel film, mais aussi des accidents de la vie et de John Irving. (suite…)

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Debout sur la montagne

                                                              

DEBOUT SUR LA MONTAGNE

De Sébastien Betbeder-France-1h48. Avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon, Jérémie Elkaïm, Guillaume Labbé, Estéban et Laetitia Spigarelli.

Une comédie originale avec un soupçon de fantastique sur des retrouvailles d’amitiés d’enfance :

Sébastien Betbeder est le réalisateur de « l’homme de 2 automnes 3 hivers » et de « Marie et les naufragés ». Son cinéma repose sur une constance : des personnages qui donnent ton et rythme à un récit. Il tisse ainsi un lien fort avec les spectateurs.

« Debout sur la montagne » met en scène les retrouvailles de 3 amis d’enfance qui ont grandi ensemble dans un village de montagne. Puis ils se sont éloignés en partant dans des directions différentes. À l’occasion de l’enterrement du frère d’un des 3 amis, ils se retrouvent. Ils vont alors refaire plus ou moins leur ancien trio d’enfance entre mélange de souvenirs forts et de leur vie adulte, avec ses impasses. Que retrouve-t-on finalement de l’enfance et qu’apporte-t-elle encore aux adultes, malgré les aléas, les épreuves, les errements ?

Betbeder emmène assurément chacun avec maitrise dans ce questionnement délicat, avec finesse, entre rires et larmes, épicé par un soupçon de fantastique…un peu comme un conte !

Le trio d’acteurs est très attachant et il est l’essence de ce film.

« Bastien Bouillon, fait de la gêne un joli philtre d’amour.

William Lebghil confirme qu’il peut émouvoir par son seul air éberlué.

Entre eux deux s’impose Izïa Higelin, avec son corps volcanique et sa voix de roc friable.

Mais comme tous les autres personnages du film, elle trouvera une place pour ne plus avoir peur du vide. » (Extrait de la critique de Guillemette Odicino, Télérama)

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Costa Gavras ( Adults in the Room )

Né le 10 Février 1933 à Loutra Ireas (Grèce)

Français et Grec

Réalisateur

Compartiment Tueurs, Z, L’Aveu, Etat de Siège, Missing,Amen,  Adults in the Room…

ENTRETIEN AVEC COSTA-GAVRAS

Une crise financière, l’arrivée d’un nouveau Premier ministre (Aléxis Tsípras), des négociations avec les instances européennes… Cela ne ressemble pas vraiment à un film d’action ! Pourtant, le réalisateur Costa-Gavras, après quelques films un peu décevants, retrouve ici avec ce film la force de ses grandes œuvres et réussit à faire de cette histoire économique un thriller… Ou une tragédie grecque. Une leçon d’histoire contemporaine passionnante. (suite…)

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Programmation novembre décembre 2019

LE TRAITRE 

28 novembre au 3 décembre

Du 28 novembre au 3 décembre

De Marco Bellocchio- Italie- France- Allemagne- Brésil- 2H31- VOST 

Avec : Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane, Nicola Cali 

Début des années 80, les parrains de la Mafia sont réunis dans un somptueux palais palermitain. La guerre entre eux est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, s’enfuit au Brésil. Pendant ce temps en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent et les proches de Buscetta, dont deux de ses fils, sont tués. Arrêté au Brésil et extradé en Italie, il va jouer les repentis et collaborer avec l’Etat. Autre décor, palais de justice, cours d’audience, mafieux vociférants dans des cages, on est loin de la mythologie et des fastes romantisés. Il dénonce ses anciens partenaires avec jubilation, il parle, se confesse et assume tout. Il permet ainsi des centaines d’arrestations. Ce « prince des repentis « est toujours considéré par certains italiens comme un traître, en témoignent certains murs de Palerme couverts de graffitis anti- Buscetta. Marco Bellocchio signe là un thriller intense sur cette sombre et véritable histoire. 

ADULTS IN THE ROOM 

5 au 10 décembre

Du 5 au 10 décembre

De K. COSTA-GAVRAS–France/Grèce-2h04. 

Avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur. 

Récit de la tragédie grecque de 2015, à partir du témoignage du principal représentant grec (Yanis Varoufakis) qui a été au coeur des « coulisses secrètes de l’Europe » et aussi à partir des enregistrements qu’il a dû faire lors des réunions avec l’Eurogroupe et la « troïka », faute de procès-verbal de ces réunions. Une organisation où ne compte plus que l’impératif économique ; le vote des citoyens grecs est méprisé et leur condition condamnée à la pauvreté. Tandis que l’assise juridique de l’Eurogroupe n’existe même pas. Un thriller palpitant sur un abus de pouvoir, une véritable dictature économique. Le règne de l’arbitraire est évoqué dans le titre : « (Il faut ou y a-t-il) des adultes dans la salle.) 

J’AI PERDU MON CORPS                            Du 12 au 17 décembre

De Jérémy Clapin – France – 1h21 

Avec les voix de : Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d’Assumçao 

Une main coupée s’échappe d’un laboratoire pour retrouver son propriétaire. 

Grâce à un hallucinant sens du cadre et du montage, on retient son souffle. Et la main, celle de Naoufel, orphelin, devenu jeune homme, se souvient de son enfance. Quand elle était, justement, celle d’un petit garçon qui rêvait d’être à la fois cosmonaute et concertiste, qui jouait du piano avec sa maman ou laissait glisser du sable entre ses doigts. 

Ce premier long métrage d’animation, constamment étonnant et bouleversant, va raconter une histoire apparemment toute simple: la vie, empêchée, mais portée par l’espoir, d’un jeune homme d’aujourd’hui. 

Grand prix au festival d’Annecy et à Cannes 2019

LA CORDILLERE DES SONGES 

19 au 24 décembre

Du 19 au 24 décembre

De Patricio Guzman – France-Chili – 1h 25 

Documentaire ( Prix du meilleur documentaire Cannes 2019 ) 

Exilé en France depuis 1973 et le coup d’état de Pinochet, le Chilien Patricio Guzman ne cesse, de film en film, de documenter l’histoire de son pays. La Cordillère des Songes est le troisième volet d’un triptyque géographique. Après Nostalgie de la Lumière, consacré au désert d’Atacama, après Le Bouton de Nacre sur la relation compliquée du Chili à l’océan pacifique, ce troisième film évoque les montagnes chiliennes mais aussi entend dresser un parallèle entre géographie et histoire et dans un même temps continuer le procès des années Pinochet et de la société ultra libérale du Chili actuel. « J’ai voulu filmer cette immense colonne vertébrale pour en révéler les mystères, révélateurs puissants de l’histoire passée et récente du Chili ». Les évènements qui secouent en ce moment le pays font un écho à ce film réalisé bien avant. 

DEBOUT SUR LA MONTAGNE 

9 au 14 janvier

Du 9 au 14 janvier

De Sébastien Betbeder, 1h48. Avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon 

Stan, Hugo et Bérénice ont grandi dans les montagnes. Ils étaient inséparables. Ils sont devenus des adultes avec les épreuves de la vie. Un enterrement dans leur village natal fait se retrouver ce trio autrefois joyeux. Est-il possible de retrouver ce bonheur et cette candeur à l’âge adulte quand certains de vos rêves se sont envolés? 

Betbeder tente d’en apporter la réponse avec un mélange délicat entre rires et larmes, avec un soupçon de fantastique. 

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J’ai perdu mon corps

               J’AI PERDU MON CORPS 

Grand prix de la Semaine de la critique, Cannes 2019 – Grand Prix et Prix du Public, Festival du film d’animation d’Annecy 2019. Pour tous mais pas avant 12 ans.

Deux récits, deux univers vont se déployer en parallèle et nous envoûter… D’abord celui de Naoufel… Livreur de pizza effacé, comme si son existence avait perdu tout relief, toute espérance. Il n’attend plus le déclic… qui pourtant surviendra au détour d’un jour triste et pluvieux, au bas d’un immeuble parisien impersonnel, devant une porte désespérante où on se casse le nez quand on n’en a pas le code… Le jeune homme sonne, livraison en main, désolé de son retard, prêt à s’excuser platement, à se faire rabrouer, comme souvent. Du haut du trente cinquième étage, lui parvient de l’interphone la magie d’une voix inaccessible. Elle appartient à Gabrielle, c’est ce que dit le nom à côté de la sonnette. Écoutant à peine ses propos taquins, il ne perçoit que sa jeunesse, sa douceur camouflée.

La seconde histoire, sans parole, impressionnante, est celle d’un membre « fantôme », comme on qualifie cette faculté qu’ont les mutilés de continuer à ressentir des sensations pour une partie de leur corps qu’ils ont perdue. On assiste ici à une surréaliste inversion des rôles : ce n’est plus l’humain qui part en quête du membre qui lui manque, mais une main désespérée qui tente d’échapper à son sort, s’évade d’un laboratoire et part à la recherche de son propriétaire…. Cette main va devenir très rapidement un personnage véritable. Pour elle on va trembler, quand elle se retrouvera aux prises avec des prédateurs plus grands qu’elle, aux prises avec nos pires cauchemars enfantins, la peur du noir, de la solitude, de l’abandon… On espérera pour elle, avec elle on sera émus, par la mélancolie de la pluie, la nostalgie de ce qu’elle fut, la douceur d’une menotte de nourrisson à la peau fine…
Il y aurait tant à dire encore sur ce J’ai perdu mon corps d’une richesse incroyable, qui donne autant à penser qu’à ressentir. Chacun y trouvera forcément son bonheur…

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Le Traitre

LE TRAITRE (titre original IL TRADITORE)                                                                                                                                               De  Marco BELLOCCHIO – Italie/France/Brésil – 2h25

 

L’italien Marco BELLOCCHIO signe un intense thriller mafieux autour de la figure du repenti Tommaso BUSCETTA. Un film tout en tension qui retrace avec maestria la fin d’un monde. 

Au sein d’une édition cannoise 2019 extrêmement relevée (certains disent qu’on n’avait pas vu ça depuis 1980 et double Palme d’Or (Que le spectacle commenceKagemusha), l’une des plus grosses surprises nous est venue de Marco Bellocchio. Non pas que le cinéaste italien de bientôt 80 ans, celui des Poings dans les poches, Le Saut dans le vide, Buongiorno notte ou encore Vincere, ne puisse pas être considéré comme un maître mais ses œuvres récentes étouffées et étouffantes versaient dans un auteurisme refermé sur lui-même (La belle endormie…) qui n’invitait pas à l’enthousiasme. Voilà donc ce TRAITRE, centré sur la seule figure de Tommaso Buscetta, homme fort de la mafia sicilienne qui aux débuts des années 80 répondra aux questions du Juge Falcone et sera considéré comme un traître par les « familles » et un repenti pour la justice et donc une grande partie de l’opinion italienne. Le maxi-procès qui suivra deviendra une scène de théâtre à l’italienne et fera tomber un à un tous les chefs des différentes familles.

A première vue aussi, pas grand-chose à attendre d’un genre – le thriller mafieux – qui aura donné au cinéma – surtout américain – des chefs-d’œuvre à la pelle à partir des années 30. Les cinéastes italiens, un peu à la traîne sur ce terrain-là, ont raconté leur propre histoire criminelle avec moins d’emphase et de génie (cf les films de Francesco Rosi). BELLOCCHIO répare la chose. LE TRAITRE  déploie et superpose tension, force, violence, emphase et mélancolie qui contaminent tout le cadre et laissent abasourdi. La limpidité avec laquelle le réalisateur raconte cette sombre histoire pour en révéler sa part bouffonne et tragique est prégnante dès la première séquence. On y voit les différents clans de la Cosa Nostra fêter ensemble la Sainte Rosalie dans une belle maison et poser ensemble sur la photo d’une famille enfin réunie et soudée. Au milieu de ce panier de crabes, Tommaso Buscetta (impérial Pierfrancesco Favino) n’est qu’un homme de main, mais ses déplacements sont scrutés avec attention par les convives. Il évolue d’une pièce à l’autre avec autorité et une assurance qui ne trompent pas. Il récupère bientôt son fils quasi inerte sur la plage en pleine montée d’héroïne. Le fils vacillant réintègre illico la famille. La drogue est alors la grande affaire de la mafia, celle qui va asseoir mondialement sa force et bientôt précipiter son implosion. Pour l’heure, un feu d’artifice et des chants religieux parachèvent cette parodie de réunion familiale digne du Parrain de Coppola. Et puis les choses vont se précipiter. L’exil au Brésil pour Tommaso et une ribambelle d’assassinats fratricides en Italie dont le nombre en surimpression agit comme un compte à rebours inversé et suggère l’inéluctable à l’œuvre. Jusqu’ici tout va bien, les repères sont connus, les figures très imposées presque prévisibles… Rien ne prépare réellement à ce qui va suivre.

 

Le retour en Italie de Tommaso Buscetta  va lancer un autre film, celui d’un long procès très commedia dell’arte où la figure de Tommaso va révéler sa vraie nature. L’homme assume, ne baisse jamais la tête face à ses juges et s’il tourne le dos à ses anciens partenaires parqués dans des cages au fond de la salle, il envisage chaque confrontation avec eux avec délectation. Derrière ses épaisses lunettes noires de rock star, il parle, se confesse, assume tout. On sent une jubilation. La mise en scène d’une fluidité déconcertante sait restituer la valeur de ces procès et dynamiser l’action par la seule force de la parole et de la gestuelle. Combats de boxe et joutes verbales. Marco Bellocchio manie l’ellipse à la perfection et face à ce déchaînement d’actions parvient à rester au plus près de l’intimité de son personnage dont on pressent le lent délitement intérieur. Le « bâtard », le « traitre », rejette son ancien monde et la conscience de ce reniement n’est pas sans conséquences affectives. Le cinéaste italien prend l’histoire de la mafia à son point culminant, à son entrée dans l’ère moderne où les méthodes « à la papa » seront bientôt dépassées. Dans la tourmente, Tommaso Buscetta  a-t-il le temps de penser, de faire le point ? L’assassinat du Juge Falcone (la séquence est démente) sonnera la fin d’un jeu tourné vers l’extérieur pour la dernière partie du film plus introspective et mélancolique. Et dans un final magnifique digne d’u                                                                                                                             n western fordien, cette divine comédie s’achève. Mon dieu que le voyage fut intense !  

Film en compétition au Festival de Cannes 2019.– D’après les critiques de PREMIERE –      

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Adults in the room

ADULTS IN THE ROOM

De Costa-Gavras, France/Grèce, 2h04 d’après « Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe » d’Yánis Varoufákis, (joué par Christos Loulis), ex-ministre de l’économie de la Grèce du gouvernement de la coalition de gauche, après la victoire de Syrisa dirigé par Alexis Tsipras, en 2015.

Costa-Gavras a aussi pris en compte pour ce film les enregistrements des réunions avec l’Eurogroupe et la troïka (FMI, BCE, CE) que Varoufakis a réalisés quand il a découvert qu’il n’y avait pas de procès-verbal sur ce qui avait été dit, alors qu’il était le seul grec invité face aux ministres des finances de l’Europe et qu’il avait à rendre compte des négociations auprès de son gouvernement. D’autant plus que des infox étaient transmises aux médias, comme le fait qu’il n’apportait aucune proposition, alors qu’il aurait voulu communiquer celles qu’il avait préparées et à défaut les transmettre à l’extérieur, ce qui lui a valu d’être menacé d’expulsion du groupe de travail. Ceci traduit cette tragédie grecque où David hérite d’un pays avec une dette monumentale (320 milliards) et doit affronter Goliath qui, non seulement ne prend en compte que la réalité économique, mais tient à punir ces élus « gauchistes défenseurs de cigales. » Les pompiers pyromanes ne croient qu’à l’austérité. Tsipras finira par céder au chantage, menacé d’exclusion de l’Europe. Et alors Varoufakis démissionnera.

Et les jeunes diplômés grecs quittent le pays en masse, le chômage s’aggrave, les retraites baissent de 45%, les salaires chutent de 40%, des biens publics sont vendus au privé, des hôpitaux ferment… Aujourd’hui la dette demeure et les grecs sont appauvris largement plus.

Ce renversement, non seulement d’un peuple, mais aussi de la politique, par l’économie, par une gestion comptable,  ne concerne pas que la Grèce ; il n’est que de voir ce que deviennent nos services publics en France, pourtant considérés comme le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Une déshumanisation qui gangrène le monde du travail et les services à la population.

Le sujet de Costa-Gavras, lequel souhaite une autre Europe, c’est de montrer l’abus de pouvoir, cette fois, celle d’une dérive du libéralisme tout-puissant, de la dictature et de la violence de l’économie lorsqu’elle se prétend exclusive. Et il met en scène le comportement de ces hommes qui ne lâchent rien. Jamais. Ils méprisent, ils discréditent, ils manipulent. Ils règnent. Ces mots, mais en anglais, de Christine Lagarde, présidente du FMI, devraient entrer dans la postérité : « (Y-a-t-il ?) ou (il faut) des adultes dans la salle ».

Costa-Gavras a cherché à s’en tenir au plus près des faits, avec tout son talent cinématographique pour établir un thriller palpitant. Il sait être pédagogue sans rien sacrifier de la complexité. Il est l’auteur de Z, L’aveu, Missing (Palme d’Or en 1982), Amen.

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