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La Grâce

 Un film de Ilya Povolotsky

Russie-2023-drame-1h59-VOST

Avec Maria Lukyanova, Gela Chitava, Aleksandr                  Cherednik…

Du soleil d’hiver caucasien aux rivages arctiques de la mer de Barents, dans un road movie désenchanté, un père et sa fille adolescente sillonnent les steppes et les montagnes désertiques de la Russie profonde,dans leur vieux van rongé de rouille, cinéma itinérant apportant aux villages reculésquelque lumière culturelle dans ces immensités âpres et désolées. Ils subsistent de la vente des tickets, boissons, DVD…

Tout débute au creux de la nature. Une jeune fille d’une quinzaine d’années, accroupie au bord d’une rivière, la tête entre les jambes, tâte le sang qui s’échappe pour la première fois de son corps… Position primitive, en lien avec l’organique qu’elle traverse, qui trouve un écho dans l’environnement de cette rivière qui s’écoule inéluctablement, comme ce flux qui se perd en taches rouges sur ses doigts. Ici est esquissée l’une des thématiques du film, celle de l’entrée dans l’adolescence et la transformation pubertaire. Mais comment réagir quand on vit esseulée, dans un van contenant tous les biens d’une petite famille monoparentale, portant en lui le souvenir d’une mère décédée, avec pour seul compagnon un père, certes présent,mais figure masculine inconciliable avec le changement que traverse sa fille? Leur itinérance, (intime errance?), se fait métaphorique et introspective, davantage que physique. C’est un passage vers l’âge adulte que capte brillamment Ilya Povolotskydans ce premier long-métrage, avec ce qu’il contient d’opposition et de révolte. Lespaysages,anonymes et contemplatifs,traduisent la lassitude etle spleen de ces deux solitudes endeuillées, dans une langueur ponctuée de brèves rencontres fortuites. Traduit du russe «Blazh», «La Grâce» occulte la nuance ironique de lubie, pas forcément la folie mais une certaine forme de bizarrerie teintée d’élan spirituel, de sainteté, de sincérité…, présente dans le titre original. Comme une énigme,émotive mais sobre et retenue, silencieuse,«La Grâce» garde une dimension insaisissable…

Film de voyage, les gens se rassemblent dans les villages reculéspour venir à la rencontre de ces deux marginaux et de la grande toile blanche, animés par l’espoir de l’évasion… Film silencieux, «La Grâce» nous offre une brèche dans le temps…

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May December

Un film de Todd Haynes – USA – 1h57 – 2023

Avec Natalie Portman, Julianne Moore, Samy

Burch…

 

Todd Haynes (le réalisateur) n’a pas son pareil pour pénétrer dans la psyché féminine. Il l’avait déjà montré dans son film « Carol ». Il va encore plus loin pour « May December ». Il y dirige deux grandes comédiennes, Julianne Moore et Natalie Portman, pour une réflexion sur leur métier au service d’un scénario cité aux Oscars.

La première est passée par la case prison pour avoir séduit un jeune homme mineur avec lequel elle a fondé une famille provocant un véritable scandale aux USA. La seconde est une actrice sensée l’incarner dans un biotique sulfureux tourné 20 ans après les faits. Le choc entre les deux va être progressivement tellurique quand elle se rencontre pour la préparation du film.

Todd Haynes explique : « Julianne et Natalie sont deux artistes au sommet de leur talent. J’étais le premier spectateur de mon film en les regardant affiner leur performance en duo. Le processus était fascinant. »

Il l’est tout autant pour le spectateur fasciné par ce jeu de pouvoir dont les forces s’inversent progressivement jusqu’à provoquer des dommages irréversibles.

Le spectateur a l’impression d’être invité en coulisse pour découvrir comment se construit un personnage ce qui est d’autant plus intéressant que le film propose une véritable mise en abime.

Todd Haynes : « Natalie joue une actrice qui doit incarner une femme qu’interprète Julianne », vertige garanti !

Plus encore qu’à l’affaire réelle dont il s’inspire, Todd Haynes se passionne pour la notion de jeu d’actrices et pour l’égoïsme que peut impliquer la création. Le pas de deux des deux actrices superbement chorégraphié est un bonheur en même temps qu’une belle leçon de composition. Todd Haynes, a encore signé un beau film tout en délicatesse qui met en valeur ces dames aux talents complémentaires.

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Green Border

GREEN BORDER

D’Agnieszka Holland – Pologne – 2023 – 2h27 – VOST

Green Border , Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, arrive ce mercredi 7 février sur les écrans français. Ce film coup de poing, en noir et blanc, fait écho à des faits réels : l’afflux de migrants, à partir de l’été 2021, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Au mépris de la convention de Genève sur l’asile, la Pologne alors dirigée par les nationaux conservateurs du PiS, déclara un état d’urgence et une zone d’exclusion entre les deux pays, interdisant aux journalistes et aux militants humanitaires de s’y rendre jusqu’à l’été 2022. C’est à cette période, dans et autour de cette zone, que se déroule le film poignant d’Agnieszka Holland (2 h 27).

Agnieszka Holland, 75 ans, défend toujours avec énergie « le cinéma de l’inquiétude morale », mouvement né dans son pays, la Pologne, en 1970. Son film très documenté sonne comme un appel à plus d’humanité envers les réfugiés qui frappent aux frontières de l’Europe. « Je ne sais pas comment changer le monde, dit-elle, mais je sais comment raconter des histoires avec l’aide du cinéma, alors c’est ce que je fais. » L’actrice franco-iranienne Behi Djanati Ataï (qui joue dans le film) l’a aidée à réunir le casting, où figure notamment l’acteur syrien Jalal Altawil, en France depuis 2015.

L’histoire démarre dans un avion biélorusse. À bord, une famille syrienne fuyant la guerre (le père, la mère, le grand-père et trois enfants). À l’arrivée à Minsk où un taxi doit les attendre pour leur faire traverser la Pologne et rejoindre la Suède, rien ne se passe comme prévu. Ils se retrouvent coincés, avec des dizaines d’autres réfugiés venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, dans une zone marécageuse, à la merci de militaires ultraviolents. Le film suit aussi un garde-frontière polonais à qui on a mis dans le crâne que « ces gens sont des balles vivantes envoyées par Poutine et Loukachenko. » Et une psychologue vivant près de la fontière. La force du noir et blanc. La caméra au plus près des visages d’acteurs bouleversants de vérité, à commencer par les enfants. Le chapitrage et la multiplicité des points de vue. Des éclairs d’espoir amenés par les actions des humanitaires dans une histoire par ailleurs sans concession sur la cruauté humaine et l’impuissance de l’Europe.

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20 000 Espèces d’abeilles

20 000 ESPÈCES D’ABEILLES

 

Film de Estibaliz Urresola Solaguren – Espagne – 2h08 – VOST

Avec  Sofía OteroPatricia López ArnaizAne Gabarain

C’est l’été dans le pays basque espagnol, et la caméra sensible de la réalisatrice Estibaliz Urresola Solaguren capte avec délice sa douce torpeur en filmant le confort des habitudes de vacances familiales. Les visites à une tante solitaire, les rituels pieux de grand-mère, mais surtout en arrière-plan la présence sonore de la nature, comme si les bruits du vent et de la pluie étaient plus prometteurs que ce que peuvent dire les adultes. Les habitudes estivales ne sont d’ailleurs pas entièrement respectées puisque cette fois-ci, la famille débarque chez mamie à l’improviste et papa est retenu ailleurs. Les questions inquisitrices ne se font pas attendre mais la caméra, rarement située à hauteur d’adulte, se concentre autre part.

Que les vieilles dames du village utilisent le masculin ou le féminin à son égard importe peu à Aitor, 8 ans. Ses beaux cheveux longs cachent mal son air renfrogné : Aitor ne veut plus qu’on l’appelle par son nom, et le surnom de Cocó ne convient pas davantage. Mais si il existe bel et bien 20 000 espèces d’abeilles différentes, alors il existe forcément quelque part une identité qui lui convienne mieux.

Dans 20 000 espèces d’abeilles, les enfants posent beaucoup de questions mais les adultes ont du répondant, et ce sans condescendance. Les enfants ne sont pas pris pour des idiots et nous non plus : la réalisatrice fait en effet preuve d’une grande acuité dans sa manière de filmer ce qu’on pourrait appeler un peu lourdement l’éclosion de son personnage principal. Elle donne quelques métaphores en guise de pistes de lecture (les abeilles bien sûr, mais aussi une discussion sur les sirènes), néanmoins elle fait preuve de beaucoup d’adresse en évitant de les surligner à outrance. 20 000 espèces d’abeilles est un drame dont le réalisme n’empêche pas la poésie.

Un glissement progressif fait d’ailleurs que le récit et la caméra se détache d’Aitor/Cocó pour se concentrer davantage sur les adultes. En changeant ainsi le point de vue, le film sous entend que le problème ne se trouve bien sûr pas dans la tête de l’enfant mais dans celles des grands, dans leur panique morale ou leur amour maladroit, dans leur croyance têtue qu’ils ont qu’un enfant ne peut pas avoir une telle expérience du genre. Dans ce village sans hommes ou presque, où le quotidien est fait de traditions et superstitions, Aitor/Cocó « ne fait qu’écouter ». 20 000 espèces d’abeilles est un puissant portrait qui a lui aussi la grande intelligence d’écouter plutôt que de parler à la place des enfants trans.

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La Bête

                                                                                                                                                         

LA BETE.                                                                                                                                                      De Bertrand Bonello – France/Canada – 2023 – 2h26.                                                                                       Avec Léa Seydoux, George MacKay, Guslagie Malanda,  Dasha Nekrasova…

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s’en débarrasser Gabrielle doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis, son grand amour. Mais une peur l’envahit, le pressentiment qu’une catastrophe se prépare.                                                          Les quatre dernières années de Bertrand Bonello ont été denses artistiquement, avec trois longs métrages en tant que réalisateur, autant comme scénariste, sans oublier son rôle court mais inoubliable du père de  l’héroïne de Titane de Julia Ducournau. Après une première mondiale à la Mostra de Venise l’été 2023, c’est du côté de La Roche-sur-Yon et sa compétition internationale de qualité qu’on retrouve La Bête, nouveau projet ambitieux du réalisateur de Saint-Laurent (2014). Son scénario est un kaléidoscope vertigineux où l’on voit se superposer des couches d’histoires, chacune située dans une trame temporelle différente, que ce soit le début du XXème siècle, le futur proche, ou encore un présent qui n’est pas tout à fait le nôtre. Toute la structure de cette histoire repose sur deux personnages, Gabrielle Monnier, jouée par Léa Seydoux,  littéralement de tous les plans, et Louis, où l’on retrouve l’acteur britannique George MacKay (1917). La Bête n’est pas un film facile d’accès : l’enchevêtrement des scènes peut donner le tournis et le sens du script ne se donne pas aisément. D’une certaine manière, l’introduction du film, où l’on voit Léa Seydoux devant un fond vert, exécutant les directives d’une voix-off qui semble être celle d’un cinéaste, dédramatise tout de suite les possibles difficultés du spectateur à se retrouver dans les différents fils de la narration. Bonello expérimente et il y a quelque chose de jubilatoire à le voir mettre en scène son actrice face à diverses situations qui tournent toutes autour du même axe.

Il est avant tout question de peur « primale » dans La bête, le titre même représentant un point de fixation, une façon de définir ou de nommer cette inconnue qui habite les discussions et l’âme de Gabrielle. C’est un enjeu constamment en filigrane qui justifie à lui seul les multiples basculements de l’histoire. Une fois ce point de compréhension derrière nous, il est plus facile de contempler toute la splendeur du film, qui présente un lot de points de vue impressionnants par le biais des caméras, divisant l’écran en deux ou quatre plans, notamment grâce au motif de la caméra de surveillance d’une grande villa californienne. Ces idées permettent de se rendre compte ce qui anime Gabrielle de façon viscérale : elle doit faire un choix. Que faire de sa vie ? Doit-elle succomber à sa peur ? Vivre comme elle le souhaite ou se laisser aller aux injonctions d’une société qui s’est déshumanisée pour éviter les drames du passé qui ont désigné les affects, les sentiments, comme responsables de tout. C’est dans le dénouement de ces questionnements que Léa Seydoux rappelle quelle grande comédienne elle peut être, vibrante dans les cadeaux de jeu qu’elle offre. La bête est aussi un grand film en terme de direction artistique. Que ce soit l’atelier de poupées, les rues de Paris sous les eaux, ou Gabrielle au volant de sa voiture dans les collines de Los Angeles… Tout est beau et incroyablement travaillé pour donner vie à chaque séquence. La boite de nuit, changeant de nom chaque soir pour épouser celui d’une année du XXème siècle, est un modèle dans le genre, à la fois simple et épuré mais terriblement incarné pour donner l’effet souhaité à la scène, avec des musiques parfaites pour en rehausser le trait.

Si La Bête est un film difficile, c’est surtout un spectacle exigeant et virtuose qui met extraordinairement bien en valeur son duo d’acteurs. Bertrand Bonello montre admirablement à quel point il continue d’essayer de nouvelles choses à l’écran, revitalisant son cinéma avec de nouveaux défis visuels passionnants dans lesquels il ne faut pas craindre de se plonger. Cette immersion-là, si on l’accepte, offre des moments de délices cinématographiques rares qui vont bien au-delà des simples enjeux narratifs habituels.

 – Critique du BLEU DU MIROIR –     

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Programmation Février mars 24

 

Du 15/02 au 20/02

Du 15 au 20 Février

May December 

De Todd Haynes 

USA – 2023 – VOST – 1h 41 

Avec Nathalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton…. 

May December est tiré d’une histoire vraie de détournement de mineur au cours de laquelle Mary Kay Letouneau, prof de maths, a entamé une relation sexuelle illégale avec Vili Fualaau, l’un de ses élèves, âgé de seulement 12 ans. C’est là que commence une mise en abîme, puisque le film n’adapte pas seulement une histoire vraie, mais qu’il met en scène un projet d’adaptation de cette histoire déjà adaptée par le film lui-même. Bonjour les crampes de cerveau, mais c’est toujours comme ça chez Todd 

Haynes ! Présenté en mai 2023 à Cannes, ce nouveau film arrive enfin sur les écrans français. Avec N. Portman et J. Moore, ce drame grinçant se moque avec esprit du métier d’acteur et du cinéma lui-même. Le réalisateur ne perd rien de son ton unique et de son incroyable maîtrise de la mise en scène. 

http://cinecimes.fr/todd-haynes/

 

Du 22 au 27 Février

Du 22 au 27 Février

20 000 ESPÈCES D’ABEILLES 

De Estibaliz Urresola Solaguren 

Espagne – 2023 – 2h08 – VOST 

Avec Sofía Otero, Patricia López Arnaiz, Ane Gabarain 

Cocó, huit ans, a bien du mal à savoir qui elle est. Au cours d’un été passé parmi les ruches du Pays Basque, elle 

éveille sa singularité au sein des femmes de sa famille, elles-mêmes en proie au doute. Dans un monde où il existe 20 000 espèces d’abeilles différentes, il existe forcément une identité qui corresponde à Cocó… 

(Ours d’argent au festival international du film de Berlin) 

http://cinecimes.fr/estibaliz-urresola-solaguren-20-000-especes-dabeilles/

 

Du 29 Février au 5 Mars

Du 29 Février au 5 Mars

LA BETE 

De Bertrand Bonello – France/Canada – 2023 – 2h26 

Avec Léa Seydoux, George MacKay, Guslagie Malanda, Dasha Nekrasova 

Avec ce film, libre adaptation du roman de Henry James « La Bête dans la Jungle », Bonello signe un flamboyant mélodrame aux airs futuristes où une grande histoire 

d’amour contrariée se déploie sur trois temporalités. En l’an 2044, alors que l’intelligence artificielle domine le monde et supprime les émotions humaines, une certaine Gabrielle doit replonger dans ses vies antérieures pour se débarrasser de ses affects. Elle se trouve alors confrontée à un amour qui traverse les âges et entre en interaction avec un soupirant nommé Louis, à la fois dans le Paris érudit de 1910 et dans le Los Angeles paranoïaque de 2014. Bonello parvient à dépeindre trois époques aux atmosphères et aux tonalités très différentes, tout en gardant un fil rouge émotionnel mêlant la peur d’aimer et la certitude qu’une catastrophe va arriver. Cette cohérence sentimentale est rendue possible par la sidérante performance de Léa Seydoux, dont le visage offre une 

brûlante palette d’émois et d’angoisses face à un George MacKay fascinant de retenue froide. 

http://cinecimes.fr/bertrand-bonello-la-bete/

 

Du 7 au 12 Mars

Du 7 au 12 Mars

LA GRÂCE 

De Ilya Povolotsky-Russie-2023-drame-1h59-VOST 

Avec Maria Lukyanova, Gela Chitava, Aleksandr Cherednik… 

Du soleil d’hiver caucasien aux rivages arctiques de la mer de Barents, dans un road-movie désenchanté, un père et sa fille adolescente sillonnent les steppes et les montagnes désertiques de la Russie profonde dans leur vieux van rongé de rouille, cinéma itinérant apportant aux villages reculés quelque lumière culturelle dans ces immensités 

âpres et désolées. Les anonymes tableaux panoramiques contemplatifs traduisent la lassitude et le spleen de ces deux marginaux, dans une langueur ponctuée de brèves rencontres fortuites. Ou comment, avec ces deux solitudes endeuillées, parler du manque… 

http://cinecimes.fr/ilya-povolotsky-la-grace/

 

Du 14 au 19 Mars

Du 14 au 19 Mars

LES LUEURS D’ADEN 

De Amr Gamal- Arabie Saoudite-Soudan-Yemen 

1h31-VOST 

Avec Khaled Amdan, Abeer Mohammed, Salah Alamrani.. 

Asra’a vit avec son mari Ahmed et leurs trois 

enfants sur le vieux port d’Aden. Leur vie quotidienne est rythmée par la guerre civile. Ahmed, qui travaillait pour la télévision, a dû quitter son poste pour devenir chauffeur à la suite de nombreux salaires impayés. Ils sont contraints de déménager. Lorsqu’Asra’a découvre qu’elle est à nouveau enceinte, le couple, en proie à de grandes difficultés, ne voit comme seule solution que l’avortement, tabou dans le pays. Commence alors un parcours 

difficile, au sein d’une société en pleine déliquescence, subissant notamment le poids de la religion. Le film laisse entrevoir les rouages du système D, la corruption, mais aussi la solidarité. Le réalisateur pose un regard lucide sur les vertus et les limites des idéaux dans tout engagement, qu’il soit religieux, professionnel, politique. 

Du 21 au 26 Mars

Du 21 au 26 Mars

GREEN BORDER 

D’Agnieszka Holland – Pologne – 2h27 – VOST 

Avec Jalal Altawil, Maja Ostaszewska, Tomasz Włosok 

Ayant fui la guerre, une famille syrienne entreprend un éprouvant périple pour rejoindre la Suède. A la frontière entre le Bélarus et la Pologne, synonyme d’entrée dans l’Europe, ils se retrouvent embourbés avec des dizaines d’autres familles, dans une zone marécageuse, à la merci de militaires aux méthodes violentes. Ils réalisent peu à peu qu’ils sont les otages malgré eux d’une situation qui les dépasse, où chacun – garde-frontières, activistes humanitaires, population locale – tente de jouer sa partition. 

La terreur de ce récit trouve un écho non moins abominable dans la propre vie de la réalisatrice, menacée de mort dans son pays pour avoir réalisé ce film. 

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Dream Scenario

Un film de Kristofer BorgliUSA 2023 1h41

Avec Nîcolas Cage, Michael Cera Juliana Nlcholson,

Dream Scénario a pour protagoniste Paul (Nicolas Cage), un professeur d’univer- sité apprécié, heureux mari. père comblé, qui mène un confortable train de vie.

Seulement il est insatisfait de son sort ; ll voudrait être publié, célèbre, bref reconnu.
Il le sera, reconnu, car un double de Paul se met à surgir dans les rêves de millions d’inconnus.

Devenu un phénomène viral, l’homme se transfonne en une sorte dînfluenceur malgré lui ; son image est gérée par une société de relations publiques.
Paul, ravi de l’attention initiale. n’a aucun contrôle sur cette image.

ll déchante quand on le tient pour responsable de mauvaises actions réelles ou imaginaires, de son double.
Après son heure de gloire, ce Monsieur tout le monde passe d’icône à paria.

Voyage fascinant et parfois déconcertant, ce film mêle subtilement réalisme et sa- tire poignante de la société médiatique contemporaine, assujettie au marketing et aux réseaux sociaux. qui n’ont de cesse d’ériger la vacuité et le paraître en va- leurs dominantes.

Au départ joyeuse farce inolîensive et agréablement rafraîchissant, l’oeuvre se pare ensuite d’un discours mordant sur l’identité et la célébrité.

Le réalisateur réussit à maintenir un équilibre délicat entre l’absurde et le poi- gnant offrant, avec ce film audacieux et original qiu transcende les genres, une expérience riche en émotions.

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FREMONT

Semaine du premier  au 6 février : FREMONT

De BABAK JALALI 2023 -USA- 1H28- VOST

Avec Anahita Wali Zada…. Jeremy Allen White, Gregg Turkington, Hilda Schmelling, Avis See-

Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville

Dessiné dans les rondeurs de l’enfance, le visage que l’on voit occupant toute l’image et qui sera de quasi tous les plans délivre une douceur pleine de détermination. Cela tient, sans doute, au regard, direct et franc, qui l’illumine. Donya (Anaita Wali Zada), réfugiée afghane de 21 ans, ancienne traductrice pour l’armée américaine et expatriée au retour au pouvoir des talibans, vit désormais à Fremont, ville de la baie de San Francisco, en Californie. Elle y a trouvé un nouveau travail dans une petite fabrique familiale de fortune cookies (« biscuits à message ») tenue par un couple d’immigrés chinois. Le soir, elle dîne seule dans un petit restaurant de quartier, toujours le même, avant de retrouver son studio, où elle peine à s’endormir.

C’est ainsi que s’esquisse le portrait auquel le cinéaste Babak Jalali consacre son quatrième long-métrage, Fremont, petite merveille en noir et blanc, épurée du superflu et d’effets, au profit d’une grâce un brin mélancolique et d’une rare beauté.

Fremont, nous parle d’exil (géographique, social, mental), de ces vies en marge et de la solitude qui en résulte : il a  reçu, en septembre, le Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville

A cet exil, source de nombreuses souffrances, le cinéaste ajoute néanmoins une puissance dont il se fait un devoir. Celui d’accorder force et volonté aux personnages de ses films, à l’inverse du caractère victimaire dont on affuble le plus souvent les déracinés. Donya porte ce flambeau, qui, malgré sa modestie, refuse de se laisser faire et sait ce qu’elle veut. Le film agit de même : la tristesse diffuse sans cesse contrariée par des situations absurdes, une drôlerie pince-sans-rire pour le moins irrésistible. Bien que routinière, la vie de Donya croise une galerie de personnages plus ou moins loufoques, sujets aux névroses, un vague à l’âme dont il est préférable de rire plutôt que de pleurer : La politesse de Babak Jalali…. Donya trace, doucement son chemin. Promue au sein de la petite entreprise où elle travaille, elle rédige désormais les messages incorporés aux biscuits qu’elle se contentait il y a peu d’emballer. Ces courts messages destinés à offrir en quelques mots un peu d’espoir à ceux qui les découvrent nous livrent désormais les humeurs et les désirs de la jeune femme. Notamment celui de vivre une histoire sentimentale qui l’aiderait à rompre avec sa solitude. Décidée à forcer le hasard, Donya glissera son numéro de téléphone sur l’une de ces petites langues de papier. On taira évidemment l’issue, surprenante et admirable, à laquelle conduira cette initiative. On dira seulement qu’elle est à l’image de Fremont, film profond et émouvant.

D’après la critique du  Monde de Véronique Caubaopé

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PROGRAMMATION JANVIER FEVRIER 24

 Du 4 au 9 Janvier 24

DEMENAGEMENT 

De Shinji Sômai-Japon-1993-2h04-VOST 

Avec Tomoko Tabat, Kiichi Nakai, Junko Sakurada… 

Dixième long métrage de ce cinéaste injustement confidentiel, Déménagement est le récit d’un divorce vu à travers les yeux d’une enfant de onze ans, soudain ballottée entre deux foyers. À Kyoto, la petite Renko, parfaitement consciente du drame intime vécu par ses parents désaccordés, revendique toutefois sa place au sein du chaos. Par plans-séquences, la mise en scène parvient à restituer la tension à la fois psychologique et physique. Sorti en 1993 sans distribution en France, ce film essentiel ressort trente ans après, dans une reconnaissance tardive soutenue par la fine fleur du cinéma japonais actuel, Kore-Eda, Kurosawa et Hamaguchi en tête, qui reconnaissent en Shinji Sômai un de leurs maîtres. 

Du 11 au 16 Janvier 24

Du 11 au 16 Janvier 24 L’INNOCENCE 

De Hirokazu Kore-Eda- Japon- 2023-2H06- VOST 

Avec Sakuro ando, Eita Nagayama... 

Le comportement du jeune Minato est de plus en plus préoccupant. Sa mère, qui l’élève seule depuis la mort de son époux, décide de rencontrer l’équipe éducative de l’école de son fils. Tout semble désigner le professeur de Minato comme responsable des problèmes rencontrés par le jeune garçon. Dans ce film, les mêmes scènes sont vues 3 fois , avec la vision de la mère, puis du professeur, et enfin de Minato lui-même. Les pièces du puzzle s’assemblent peu à peu et la vérité sera bien plus complexe et nuancée que ce qui avait été anticipé au départ. Hirokazu Kore Eda a reçu en 2018 la palme d’or à cannes Une Histoire de famille 

Prix du scénario à Cannes 2023 

Du 18 au 23 Janvier 24

Du 18 au 23 Janvier 24

PAUVRES CREATURES 

De YORGOS LANTHIMOS – americano – britannico – irlandais – VOST – 2h21 

Avec EMMA STONE, MARK RUFFALO… 

Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le professeur Baxter, une sommité dans le domaine des greffes organiques. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s’enfuit avec un avocat habile et débauché et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents. 

Après La favorite, le réalisateur retrouve Emma Stone pour une oeuvre aussi fantastique que politique, aussi géniale que loufoque, aussi drôle que cynique. 

Lion d’or au festival de Venise 

http://cinecimes.fr/6083-2/

 

Du 25 au 30 Janvier 24

Du 25 au 30 Janvier 24

PAST LIVES, NOS VIES D’AVANT 

De Celine Song – Etats-Unis – 2023 – 1h46- VOST 

Avec Greta Lee, John Magaro, Teo Yoo… 

Miroir d’un moment intime de la vie de Celine Song, le récit gravite autour de la relation inachevée de Nora et Hae Sung. D’abord la pureté: l’amour doit il nécessairement être vécu pour avoir de la valeur? Ensuite l’affliction. La réalisatrice submerge son film de fatalité, confronte ses personnages aux déchirants »et si?». Dépouillé de tout artifice, ce drame sublimé par une mise en scène intimiste fascine par son utilisation du vide, celui des mots non prononcés, des sentiments non éprouvés. Le regret partout, la mélancolie omniprésente mais la finesse du scénario demeure dans l’écriture de ses personnages superbement incarnés par ce trio. 

http://cinecimes.fr/celine-song-past-lives/

Du 1 au 6 Février 24

Du 1° au 6  Février 24

FREMONT 

De Babak Jalali – USA– 1h 28 – VOSTF – Noir et Blanc 

Avec Anaita Wali Zada, Gregg Turkington, Jeremy Allen White… 

Prix du jury du festival du cinéma américain de Deauville 2023 

Fremont, du nom d’une bourgade de la Silicone Valley qui a pour particularité de concentrer le plus grand nombre de réfugiés afghans. Donya, jeune afghane de 20 ans a fui son pays à l’arrivée des Talibans après avoir travaillé comme interprète pour l’armée américaine. Pour l’heure, elle est employée dans une usine de « fortune cookies », petits gâteaux dans lesquels sont insérés des messages de bonne fortune, servis dans les restaurants asiatiques. Vie monotone dans un environnement pesant, rythmée par ses insomnies. Son existence va basculer quand, après la mort brutale de la vieille dame chargée de la rédaction des messages divinatoires, cette tâche essentielle va lui être confiée… 

Du 8 au 13 Février 24

Du 8 au 13 Février 24

Dream Scenario 

De Kristoffer Borgli – USA – 2023 – VOST – 1h 41 

Avec Nicolas Cage, Julianne Nicholson, Michael Cera…. 

Calvitie, bedaine et pantalon beige, ce terne professeur de biologie et père de famille américaine sans histoire voit sa vie bouleversée quand sa fille, puis une ex, puis ses étudiants, puis la moitié de la planète rêvent de lui. Le type le plus banal devient le plus désiré, donc le plus désirable. Dans notre société du spectacle permanent, sens dessus dessous, le vrai est un moment de faux et il est possible de devenir célèbre (« viral ») sans rien faire…. Mais quand les rêves des uns et des autres se transforment en cauchemars, Paul, fantasmé en bourreau des cerveaux, devient paria… Une fable qui interroge notre rapport aux images désormais malmené par l’intelligence artificielle et le « deep fake ». 

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Shinji Sômai (Déménagement)

« Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à Sômai Shinji. Chaque jour, je récite une prière pour lui. Oui, je peux le dire, je crois bien que je suis atteint par une ‘sômaïte aiguë ».

C’est en ces termes que l’acteur Asano Tadanobu expliquait son attachement au cinéaste dans un entretien publié en 2011 à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition. (suite…)

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