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La Femme des Steppes, le Flic et l’Oeuf

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’OEUF

De Quanan Wang – Mongolie – 1h40 – VOST

Avec Dulamjav EnkhtaivanAorigeletuNorovsambuu Batmunk

Une bergère se révèle en aidant la police à surveiller un corps trouvé dans la steppe. Dans la Mongolie sauvage, un portrait marquant de femme libre.

Tout commence par la découverte, brutale et incongrue, d’une femme nue dans les hautes herbes de la steppe mongole. Elle est morte, c’est la nuit, rideau. Le lendemain, la police inspecte les lieux, bien embêtée : le téléphone ne passe pas, il va falloir retourner en ville chercher l’équipe scientifique — c’est un meurtre — et laisser un flic monter la garde auprès du corps, pour lui éviter de finir dévoré par un loup. La mission de surveillance échoit à un bleu, à qui l’on adjoint une bergère armée d’un fusil…

Ce point de départ, dont l’étrangeté et l’humour ne déplairaient pas aux frères Coen, n’annonce aucun programme. Polar ? Romance ? Allez savoir. Imprévisible, le scénario laisse les portes grandes ouvertes, à l’instar des plans extra larges décidés par le réalisateur : dans la première partie du film, les personnages, parfaitement audibles, sont réduits à d’infimes silhouettes découpées sur l’infini du panorama. Impossible de distinguer un visage ! On les approchera petit à petit, à commencer par la bergère, puisque c’est elle notre héroïne.

Quel âge a-t-elle ? Une trentaine d’années ? La femme des steppes a néanmoins l’impression d’être un « dinosaure », à vivre seule dans sa yourte sans électricité, au milieu de nulle part, avec ses moutons, ses vaches, son chameau et son flingue. Quand son ex-amoureux, fendant la bise sur sa moto, passe lui donner un coup de main, la cow-girl ne perd jamais une occasion de doucher ses ardeurs : « Je te dirai quand j’aurai besoin d’un mec ! » Entre eux, il y a de l’amour encore, mais, surtout, le regret de n’avoir pas d’enfant. On n’en dira pas plus, si ce n’est que le titre original de ce septième long métrage, Öndög, signifie justement « œuf ».

En 2007, le Chinois Wang Quanan racontait déjà une histoire de bergère moderne dans Le Mariage de Tuya, Ours d’or à Berlin. À la Mongolie Intérieure, il a cette fois préféré l’Extérieure, état indépendant échappant à la censure, et plutôt qu’une actrice professionnelle il a engagé une vraie bergère. 

Enkhtaivan Dulamjav imprègne le film de sa liberté tranquille, regardée avec empathie par un cinéaste qui, s’il excelle à mettre en scène de petits corps humains dans la nature immense, ne se comporte jamais en entomologiste. On suit ainsi la vie de cette « femme des steppes », dans un environnement certes rustre, mais magnifié par le directeur de la photographie français Aymerick Pilarski, les  images passant directement de l’écran à la mémoire…(critique de Marie Sauvion, Télérama).

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