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Oh Lucy!

OH LUCY !

Quand une Japonaise froide et distante rencontre un américain familier et tactile, ça donne un film savoureux.

Il faut se laisser porter pour ce drôle de film pour le savourer totalement. « Oh Lucy ! » commence à Tokyo, où Setsuko mène une vie tranquille entre son ennuyeux travail de bureau et son petit appartement. Mais un jour, sa nièce Mika la convainc de racheter son abonnement à des cours d’anglais.

Là, Setsuko découvre John, un prof très particulier (Josh Hartnett, le beau gosse de « Virgin Suicides », « Sin City » ou du « Dahlia Noir »), qui lui demande de porter une perruque blonde et lui fait des câlins. Setsuko est intriguée. Quand elle s’aperçoit peu après que Mika s’est enfuie avec John en Californie, elle décide de les y rejoindre avec sa sœur…

Dans la première partie du film, on s’amuse beaucoup des différences culturelles entre cet Américain familier et tactile et cette Japonaise froide et distante. Puis, on se laisse surprendre par le fil des événements, totalement inattendus, fantaisistes. Peu à peu, le personnage de Setsuko se laisse entraîner par ses pulsions… Tout est possible au cinéma et c’est cela qui est jouissif dans « Oh Lucy ! ».

 

Dans la première partie du film, on s’amuse beaucoup des différences culturelles entre cet Américain familier et tactile et cette Japonaise froide et distante. Puis, on se laisse surprendre par le fil des événements, totalement inattendus, fantaisistes. Peu à peu, le personnage de Setsuko se laisse entraîner par ses pulsions… Tout est possible au cinéma et c’est cela qui est jouissif dans « Oh Lucy ! ».

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BELINDA

BELINDA

De Marie Dumora

Documentaire Français

Acteurs inconnus

Durée 1h47

Sacré morceau que ce brin de fille, d’une famille yéniche sédentarisée, qui se jette tête la première dans le mur de la vie pour y trouver quelque chose qui s’apparenterait, denrée plutôt rare pour elle, au bonheur.

Belinda apparaît ici à trois âges. 9, 15 et 23 ans.

A 9 ans, dans le foyer où elles sont placées, on la sépare de sa sœur. Image cristallisée des deux fillettes main dans la main, yeux dans les yeux, collées serrées, qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes face à un abandon qui n’est qu’à peine décrit mais qu’on ressent violemment.

A 15 ans, c’est une autre paire de manches. Fumette dans la cage d’escalier, corps massif et grande gueule, abordant à pas comptés le monde du travail. Une gueule, un accent, une prestance formidable. La situation familiale, qu’on pressentait compliquée, se détache avec plus de clarté. Mère et père séparés, la première au chômage, le second ex-taulard, environnés d’une famille nombreuse cultivant la débrouille et l’expression hautes en couleur.

A 23 berges, Belinda, sourire lumineux et front renfrogné, entre soleil et tempête, intense comme la braise, prend son destin en main. Elle vise le mariage avec son gars Thierry, qui voit venir sans un mot de trop, tandis qu’elle s’occupe de sa robe, navigue entre sa mère et son père, compte les sous pour la noce. Avec Thierry, elle lit le contrat de mariage, insiste sur le chapitre « respect, fidélité, amour », sans quoi ce n’est même pas la peine d’y aller, tandis que lui, grand pudique, se marre doucement.

Et puis, patatrac, l’ellipse cruelle avec un drame dedans, Frantz, le père de Belinda, qui nous apprend qu’elle « a fait une bêtise », qu’elle en a pris pour quatre mois, et son Thierry trois ans,  Il en faudrait plus pour contenir la formidable marée d’amour que Belinda porte en elle. Il en faudrait plus pour l’empêcher d’écrire des folies lumineuses, dantesques, à son Thierry. Il en faudrait plus pour ôter le goût de la vie à la petite-fille d’un couple qui s’est connu, adolescent, au camp nazi alsacien du Struthof, « comme des juifs », et qui en est sorti pour donner naissance, parmi une tripotée, à son père. D’après Le Monde.

Truffaut avait filmé Léaud-Doinel dans un arc allant de l’enfance à l’âge adulte. Marie Dumora a entrepris une démarche similaire, mais en partant de la réalité brute et brutale d’une famille yéniche (une branche du grand arbre tzigane) de l’Est de la France.

Belinda conserve tout au long des années et des épreuves un inextinguible appétit de vivre, une faconde dépenaillée, des rêves d’avenir. Elle change aussi, de coiffure, de style vestimentaire, de distance de regard sur l’existence. Belinda est un très émouvant et puissant portrait de femme évolutif, sculpté dans le minerai ingrat de la condition prolétaire pour en ramener des pépites d’humanité, de courage et de désir de vivre. D’après les Inrocks.

Film Acid  Cannes 2017

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Enquête au Paradis

Extraits d’un ENTRETIEN AVEC MERZAK ALLOUACHE  (UniFrance Films)

Même si je m’inspire de la réalité, mes films sont, pour la majorité, le fruit de mon imagination. Enquête au paradis ne pouvait pas, par conséquent, être un pur documentaire car je suis attaché à la fiction. Je voulais que Nedjma – la journaliste interprétée par Salima Abada – notre guide dans ce film, ait toute sa place. Qu’elle soit beaucoup plus qu’une « machine à poser des questions ». Je voulais qu’elle partage ses émotions, ses doutes et ses réflexions avec le spectateur. Mais le film ne pouvait pas non plus être une pure fiction, car je tenais à ce que les Algériens, anonymes et personnalités intellectuelles, s’expriment sur ce sujet avec leur mots, leurs références, leur sensibilité. Et il me semble que je suis parvenu ainsi à recueillir une voix multiple, réelle et vraie.

Enquête au paradis, comme tous vos derniers films, retrace l’histoire douloureuse de l’Algérie de ces trente dernières années. Comme s’ils devaient servir de passage de témoin… Ou de remèdes à une Algérie frappée d’amnésie.

 C’est principalement à travers les séquences interprétées par les personnages de Nedjma et de sa mère que nous abordons l’amnésie, un thème qui me tient particulièrement à cœur. Je pense, par exemple, au moment du film où Nedjma et sa mère se rendent sur les lieux où l’écrivain Tahar Djaout a été assassiné par les islamistes en mai 1993. Cette séquence résonne comme un appel à ne pas oublier la période sombre du terrorisme. Ce qui fait mal au cœur, c’est de constater que la stèle, qui se trouve sur un parking, au milieu des voitures, n’a pas été mise en valeur. La tragédie de la Décennie Noire vécue par les Algériens est aussi mentionnée par certains des intervenants du film qui relient l’incroyable violence qui a frappé ce pays aux dérives de l’islamisme politique. Ces derniers temps, il y a eu des tentatives de sortir de cette amnésie qui empoisonne la vie des Algériens. Mais la société algérienne est loin d’être apaisée… Dans les milieux populaires, on a tendance à considérer que désormais les islamistes sont tranquilles, qu’ils ont des commerces. On n’a pas envie de revenir aux heures funestes, au chaos. On fait comme si notre pays était à part de ce qui se joue partout au Moyen-Orient et dans le monde. Sauf que cette menace, toujours prête à sourdre, existe. Et qu’en face, il n’y a pas de projet pour transformer et moderniser la société. La bigoterie est aujourd’hui omniprésente. Le discours des jeunes est en permanence teinté d’islam, de religiosité. Pas une de leurs phrases qui n’emprunte aux incantations. Cette emprise du religieux dans les discours fait aussi des émules en France où la population d’origine immigrée et leurs enfants sont frappés par une profonde fracture identitaire. Je crois qu’il y a une relation directe entre ce qui se passe en Algérie et les immigrés qui se trouvent en France. Il y a un va-et-vient continuel entre les deux rives de la Méditerranée. Je suis étonné de voir qu’entre Alger et Paris, quelle que soit la période de l’année, les avions sont toujours pleins. Et il faut bien l’admettre, entre les Algériens vivant en Algérie et ceux vivant, voire nés en France, il y a comme une tension qui s’est installée et aujourd’hui, je pense que c’est la mentalité du « pays d’origine » qui s’est imposée. Les jeunes Français d’origine algérienne idéalisent et subliment le pays de leurs ancêtres sans jamais y avoir vraiment vécu ou décidé d’aller y vivre. Ce qui se passe dans les quartiers populaires est le fruit du lien fort que leurs habitants entretiennent avec le « bled » par Internet, par les allers-retours incessants.

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Fortunata de Sergio Castellito

Fortunata a une vie tourmentée, une fille de huit ans et un mariage raté derrière elle. Elle est coiffeuse à domicile, vit en banlieue, traverse la ville, entre dans les appartements bourgeois et colore les cheveux des femmes.Fortunata se bat tous les jours avec une détermination farouche pour réaliser son rêve : ouvrir un salon de coiffure et prendre en main son destin, conquérir son indépendance et son droit au bonheur. Fortunata sait que pour aller au bout de ses rêves, il faut de la persévérance : elle a pensé à tout, elle est prête à tout, mais elle n’a pas pris en compte la variable de l’amour, la seule force perturbatrice capable de faire vaciller toutes ses certitudes. Aussi parce que, pour la première fois peut-être, quelqu’un la regarde telle qu’elle est et l’aime vraiment…

Son prénom signifie « chanceuse ». Pourtant, Fortunata n’a pas une vie facile : coiffeuse à domicile dans la banlieue romaine, cette beauté populaire court partout, avec sa minijupe et ses talons hauts, pour accumuler l’argent nécessaire à l’achat du salon de ses rêves, laissant sa fille de huit ans grandir comme une herbe folle. Elle résiste tant bien que mal au père de la gamine, qui refuse le divorce avec violence. Elle tient aussi à bout de bras un ami, un frère, tatoueur et égratigné par la vie. Un jour, Fortunata rencontre un homme bien (Stefano Accorsi). Aura-t-elle droit à son miracle à Rome ?

Le comédien Sergio Castellitto, ­passé depuis des années à la réalisation, réussit son plus beau film : un ­mélo solaire qui oscille entre comédie et drame à l’italienne avec des motifs de tragédie antique (Hanna Schygulla en vieille actrice divaguant). Dans une Rome périphérique devenue étonnamment chinoise, il ose des moments ­baroques, inspirés par le petit peuple italien. Surtout, sa mise en scène épouse l’énergie farouche de son héroïne, sensuelle « mamma Roma » aux cheveux blonds décolorés. Et si le rimmel de Fortunata coule toujours un peu, ce n’est (presque) jamais à cause des larmes, mais à cause de la sueur du labeur, de la ténacité à s’émanciper. Dans le rôle, Jasmine Trinca est renversante, évoquant à la fois la Sophia Loren des films de Mauro Bolognini et Ettore Scola et la Gena Rowlands d’Une femme sous influence, de Cassavetes. A travers elle, Castellitto rend au mot « fortune » un sens fort : cette chance qu’il faut ­arracher avec les dents si au grand ­loto de la vie le destin vous a oublié.

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MAKALA

MAKALA

Emmanuel GRAS – France – 2017 – 1h36   

Documentaire avec Kabwita KASONGO

Un Congolais part vendre son précieux charbon. Y parviendra-t-il ? Un documentaire qui bascule vers la fiction. Propos de l’auteur recueillis par Cédric Lépine :

Emmanuel Gras : L’aspect politique des choses dans ce film reste vrai en dehors de la réalité spécifique même du Congo. Je cherchais plus à montrer une condition de vie qu’une réalité sociale au Congo. Je pense que j’aurais pu faire le même film dans d’autres pays d’Afrique, parce que la question du bois, de l’énergie est présente partout. La dimension politique du film consistait à demander, à travers le parcours d’un homme, ce que signifie travailler pour vivre. Ainsi, tout le projet du film au départ était beaucoup plus matérialiste que le résultat final. Je souhaitais montrer tout l’effort et ensuite le résultat de cet effort. C’est pourquoi apparaissent toutes ces discussions sur les prix pour comprendre le prix des choses. La dimension politique du film est précisément là. Au cours du tournage, j’ai découvert qu’en suivant la réalité d’un homme on découvrait progressivement la réalité d’un pays : on voit ainsi, par exemple, la corruption plus ou moins officielle du pays. Mon but consistait à faire un film de cinéma où l’on suit une histoire et non pas de faire une étude journalistique sur les réalités d’un pays d’Afrique. (…)

 J’avais la volonté de suivre quelqu’un non pas pour montrer un individu seul, mais parce que je trouvais que c’était la meilleure manière de raconter une histoire en suivant l’effort d’une personne. Je voulais que l’on s’attache physiquement à lui en mettant en scène différentes sensations en dehors de toute considération du rapport de l’individu au collectif. En ce qui concerne la manière d’intégrer ce personnage au village, il ne s’agit pas d’une volonté absolue de le montrer seul. J’avais filmé d’autres scènes où on le voit en lien avec le reste du village, buvant des coups avec ses amis, lors de réunions avec le chef du village… Comme ma ligne directrice consistait à montrer le travail, j’ai peu à peu resserré le cadre sur lui et sa famille. (…) Il n’y a aucune structure venant de l’État auquel se rattacher. C’était pour moi évident que ce contexte apparaisse dans le film. (…) Kabwita a fait plus qu’être un sujet de film : il est devenu acteur du film au sens où il a été totalement participatif des scènes. Il a été créateur d’un événement. Je pense aussi que le film était pour lui l’occasion de se mettre en scène de la manière dont il voulait se montrer. J’aime beaucoup cette idée selon laquelle le documentaire consiste à filmer des acteurs qui jouent eux-mêmes leur vie. J’ai filmé un héros et je voulais qu’il apparaisse ainsi au générique.

Prochain Ciné débat : le lundi 29 janvier dans la salle après la séance de 19h30 ou 20h, sur le film INTRUSA

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les gardiennes

Les Gardiennes

Sorti le 6 décembre 17. 2h14

De Xavier Beauvois

Avec Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry

Des femmes sans hommes, sept ans après Des Hommes et des dieux, du même Xavier Beauvois. Des femmes dans une ferme, il y a un siècle, pendant la Première Guerre mondiale. Voir Les Gardiennes,c’est s’embarquer, à tous égards, pour un voyage dans le passé. L’auteur du roman adapté (1) , ErnestPérochon (prix Goncourt en 1920 pour un autre livre, Nêne), a sombré dans l’oubli. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé. La correspondance est donc complète entre le travail de la terre échu aux héroïnes, si concret, si lent, et la patience de Xavier Beauvois construisant son film comme un mur de pierres sèches : l’ampleur, l’intensité ne se donnent pas d’emblée. Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps, pendant des saisons, des années. Ces vies suspendues à une éventuelle mauvaise nouvelle, et où tout est reporté à un hypothétique « après la guerre », prononcé comme une formule magique.Xavier Beauvois et son opératrice Caroline Champetier filment magnifiquement les visages : Laura Smet (la fille aînée), Cyril Descours (le fils cadet) n’ont jamais paru aussi vulnérables et vrais. Mais la meilleure part tient à un événement dont le cinéaste a indiqué qu’il était en partie survenu durant le tournage. Dans le rôle de l’orpheline, recrutée par les fermières pour pallier l’absence des hommes, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient, irrésistiblement, la véritable héroïne des Gardiennes. C’est une affaire d’aura, puis de présence effective à l’écran. D’où l’impression rare d’assister à la réécriture de l’histoire, à la réinvention du film en cours de route.D’après Télérama

Xavier Beauvois s’attache ici à la communauté de ces femmes soudées par la nécessité de survivre, loin des champs de bataille qui leur confisquent leurs hommes. Comme toujours Beauvois a su choisir des actrices magnifiques, emmenées par Nathalie Baye (qu’il avait déjà dirigée dans Le Petit lieutenant, avec un César à la clé) et Laura Smet, qui incarnent à la perfection ces deux femmes ambivalentes, pas faciles, pas forcément sympathiques mais d’une force, d’une détermination incroyables. Et bien sûr, à travers le destin des femmes se démenant comme elles peuvent à l’arrière, le film évoque la cruauté du sort réservé à tous les hommes broyés par cette absurde tragédie que fut la « grande Guerre », traumatisme majeur du vingtième siècle. D’Après Utopia

La précision de la direction d’acteurs nous permet de nous attacher à une Nathalie Baye (Hortense), à peine reconnaissable et impressionnante sous les traits de cette femme d’un autre temps, à la fois forte et déboussolée face à la génération suivante qui entend bien tirer profit de cette situation imposée pour gagner quelque liberté tant sociale que sexuelle. Outre la finesse de jeu de Laura Smet, on reste subjugué par le naturel de la novice Iris Bry. Bien qu’il s’agisse de son premier passage devant la caméra, elle finit par s’octroyer le premier rôle et par devenir imperceptiblement l’âme du film. D’après Avoir Alire

 

 

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L’Intrusa

 

Semaine du 25 au 30 Janvier

Un film de  Leonardo Di Costanzo

Italie –  2017 – 1h35 – VOST

Avec : Raffaella Giordano

           Valentina Vannino

           Martina Abbate

             

  L’INTRUSA

Ciné Débat le 29 Janvier après le film

Quelque chose d’un peu coupant, brouillon, colle aux premières séquences du film de Leonardo Di Costanzo, Agitée dès l’orée, cette fiction – du cinéaste italien coutumier du genre documentaire – en une âme aux contours cabossés, semble quêter refuge pour reprendre son souffle. On se demande bien où l’on arrive. Dans un quartier populaire de la banlieue de Naples, des tours de béton jaune soleil aux multiples fenêtres encerclent de plus petits et modestes immeubles d’un centre d’accueil pour enfants. Giovanna, éducatrice bénévole, en est la gardienne à la chevelure acier et au regard vif tel un ciel dégagé et secret.

La police s’introduit dans ce lieu de solidarité pour arrêter un homme lié à la Camorra, responsable du meurtre d’un individu pris pour cible par erreur. Le coupable laisse une femme, Maria, sa jeune fille et son bébé derrière lui, dans ce centre où beaucoup vont vouloir qu’ils partent au plus vite, effrayés par les circonstances et les possibles retombées. Giovanna lutte pour qu’il en soit autrement. Outre la gestion des enfants et des querelles, des ateliers créatifs que l’éducatrice mène avec d’autres intervenants pour créer de grandes fresques murales et autres façonnages artistiques (comme ce pédalo géant et homme ferraille nommé Mr. Jones), elle se tient en figure phare antimanichéenne, visage de nuances et d’acceptations. Selon elle, chacun doit apprendre et changer pour l’autre. Les enfants, bruts et à la fois innocents, y arrivent même mieux que les plus grands.

Le portrait naturaliste que Di Costanzo fait de cette situation est humble, sans enjolivures. Il se pose près des colères et des gestes de soutien puis donne sa confiance à toutes les respirations présentes car aucune n’est forcée, stylisée, appuyée pour faire monter le drame. Le refuge pour les défavorisés forme ce terrain où les émotions se diffusent sans grand problème. Au bord de la route, Giovanna refuse poliment qu’on la dépose chez elle. Le cours du film se trouve là, dans cette déambulation qui n’a pas besoin d’être emmenée au plus vite. Cette femme compte sur le temps pour que la tolérance se fasse, que les maux guérissent. Verra-t-elle juste ? La réponse à cette question n’est pas de notre ressort, semble-t-il presque pas de celui du cinéaste non plus. Le récit est une fiction bel et bien ficelée, écrite et poétique tout en frôlant l’aspect d’un flux documentaire où chaque réponse semble authentiquement décidée par les âmes qui le traversent.

Les petits bâtiments qui forment ce foyer imitent les plus grands environnants. Des trompe-l’œil d’immeubles sont peints sur les murs, s’affublent de fenêtres allumées et promettent plus de vies encore, plus d’habitants. Derrière tout cela se trouve l’Intrusa et le vœu d’un monde moins étriqué, plus vaste. Et à Di Costanzo de nous emmener au cœur d’un abri pourtant si délimité, monde miniature de cohabitation et théâtre des sentiments, qui n’a besoin ni de tout ni de trop pour dessiner le lieu du vivant.

                                                                                                                          

Horaires sur les sites cinecimes.fr

ou cinemontblanc.fr

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Un Homme Intègre

 

 

 

UN HOMME INTEGRE

Un film de Mohamed Rasoulof

Iran 2017.1h57.vost

Avec Reza Akhlaghilrad, Soudabeh Beizaee, Nazim Adabi

Disons le tout de suite, ce long métrage de Mohamed Rasoulof dont on avait apprécié le précédent opus  AU REVOIR, est une œuvre majeure du cinéma iranien.

L’argument est simple et très « western ». Reza avec femme et enfant a pris ses distances avec les jeux de pouvoir et d’argent, la corruption généralisée qui gangrènent son pays. Il a monté à la campagne une entreprise de pisciculture en eau douce. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où une compagnie privée décide d’acquérir son terrain par tous les moyens.

Reza n’est pas du genre à se laisser faire, il est sûr de son bon droit et utilise des armes conformes  à ses valeurs morales. Pot de terre contre pot de fer, la lutte apparait vite inégale. Reste une solution : utiliser les mêmes armes que l’adversaire. Mais a-t-on le  droit de piétiner ses convictions, de prendre le risque de perdre sa dignité pour défendre son bonheur ? En a-t-on le droit ou le devoir ?

La dénonciation du système mafieux qui met en réseau police, justice, banques au service d’intérêts privés est implacable; la démonstration kafkaïenne.

Le film est noir mais le montage fait alterner des séquences démonstratives toutes de violence contenue avec de beaux moments de respiration, de silence. Récurrence de la source, de l’eau qui purifie.

Le film est fort, la mise en scène irréprochable, les acteurs ont un charisme ravageur et le tout entre en résonnance avec l’actualité de la situation en Iran.

Au passage saluons la détermination et le courage du réalisateur qui est sous la menace d’une peine de prison pour cette dénonciation sans concession.

Prix « Un Certain Regard » Cannes 2017

 

 

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In The Fade

 

Sélectionné au Festival de Cannes 2017 et récompensé par le prix d’interprétation féminine attribué à Diane Kruger impressionnante dans son rôle, « In The Fade » est un film qui dérange et fait réagir.

Fatih Akin secoue et émeut avec ce film efficace découpé en trois parties, un mélodrame inspiré du mélo allemand, très contrasté avec des cadrages amples, puis un film de procès à la Costa–Gavras, très écrit et enfin un film de vengeance mais plus poétique et plus doux car on reste collé à cette héroïne, précise le réalisateur. Le chagrin de cette femme qui a perdu son fils et son mari dans un attentat, est vite devenu pour lui l’objet essentiel du film. « Le film est une ode à cette mère. On ne sait jamais rien sur les familles des victimes, je voulais leur donner un visage. C’est aussi ça, la responsabilité du cinéma. »

Il n’y a que des coups à prendre en se lançant dans un tel projet au cœur de notre monde occidental dominé par les attentats à répétition et d’autant plus en choisissant de parler non d’un acte perpétré par Daech mais par des militants fascistes allemands. « Un cinéaste d’origine turque qui fait un film où une blonde allemande pourchasse des nazis… Je pense en effet que cela dérange certaines personnes » dit –il.

Fatih Akin n’a jamais aimé la demi-mesure équivoque. Pour le réalisateur « d’ Head on » (Ours d’or au Festival de Berlin 2004), le cinéma est un combat social et politique lui permettant de faire passer ses convictions et ses engagements sans caresser le spectateur dans le sens du poil et avec un côté bulldozer qui n’évite pas, parfois, certaines sorties de route. Fallait-il nuancer les comportements extrêmes des terroristes au risque de paraître les excuser ? Ou montrer leur inhumanité au risque de paraître caricatural ? La réponse d’Akin est claire. Il prend parti et pousse le spectateur à faire de même. A être emporté ou agacé par ce qu’il voit. Que faire lorsqu’un verdict judiciaire vous semble d’une injustice insoutenable ? Akin ne dit pas que la décision de son héroïne est la bonne mais il accompagne au plus près la logique de ce personnage. Voilà pourquoi le film a divisé les critiques à Cannes.

Fatih Akin leur répond « J’ai l’impression que les critiques veulent le mode d’emploi des films. Je ne vais certainement pas leur expliquer de quoi parle mon film. C’est un film généreux, comportant différents niveaux de lecture. Chaque spectateur peut choisir le thème qui lui parle le plus »

Ses admirateurs retrouveront d’ailleurs des constantes de son cinéma, de son attachement à la communauté turque à l’utilisation de la mer comme symbole de mort. De plus, il utilise avec bonheur les mélodies composées pour le film par Josh Homme, le leader des Queens of Stone Age.

D’après l’interview de Fatih Akin dans Première et les critiques d’avoir à lire, d ’express.fr et télérama.fr

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12 Jours

 

A chacun de ses nouveaux films, la magie opère comme si c’était la première fois ; sans doute parce que Depardon aborde chaque nouveau sujet avec la modestie qui le caractérise et avec une curiosité, un intérêt pour les hommes et les femmes qu’il filme que rien ne semble altérer : ni le temps, ni le succès. C’est la marque des grands réalisateurs que de savoir se réinventer tout en demeurant fidèle à leur démarche et dans le cas de Depardon à un principe essentiel de bienveillance.

L’action se situe dans les couloirs d’un  hôpital psychiatrique, froids, impersonnels, anxiogènes, témoins muets des souffrances psychiques, des errances intérieures, du mal à vivre en paix, du mal à vivre ensemble. C’est ici que l’on mène souvent par force des personnes qui peuvent présenter un danger pour elles-mêmes, pour les autres ou provoquer des troubles à l’ordre public.
Depuis la loi du 27 septembre 2013, les patients hospitalisés dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant 12 jours  puis tous les 6 mois si nécessaire. Un juge doit donc évaluer avant la fin des douze jours d’hospitalisation et en étroite collaboration avec les experts médicaux si l’hospitalisation doit se poursuivre, s’arrêter ou s’adapter. C’est ce temps particulier dans le parcours judiciaire et médical des patients / justiciables que Depardon a choisi de filmer, cet instant bref et pourtant décisif où beaucoup de choses vont se jouer.

C’est une humanité cabossée, en situation d’extrême faiblesse que nous montre Depardon.

Filmant toujours au plus près des visages qui se crispent, qui se racontent malgré eux, qui souffrent et espèrent que le réalisateur nous raconte un domaine de la justice assez méconnu, qui pose mille questions sur cette mission délicate de la protection, mais aussi sur la prise en charge de ces êtres parmi les plus fragiles de la société.

Souvent  bouleversant, « 12 jours » est un film essentiel et précieux pour mieux vivre ensemble.

Critique UTOPIA

Présenté à Cannes hors compétition.

Prochain ciné débat : le lundi 11 décembre autour du film « La villa » après sa projection.

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