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Asako I et II

Un film de    Ryusuke Hamaguchi

Drame Japonais – 2019 –  1h.59 – VOST

Avec : Masahiro Higashide, Enka Karata

 

La carte du tendre d’Asako (station 1) est riche d’un premier amour passionnel dont le souvenir est très douloureux. En effet Baka, son amoureux d’alors, l’a quittée mystérieusement du jour au lendemain. Deux ans plus tard, elle rencontre et construit un projet de vie avec le sosie de celui-ci (station 2). Hasard, déterminisme amoureux ? Voilà, à priori, une intrigue un peu rebattue, à partir de laquelle, pourtant, Hamaguchi nous propose une déconstruction magnifique sur ce que c’est d’être aimé et d’aimer en retour. L’éternelle question du choix, du désir, de l’estime de soi, de la quête d’absolu aussi. Ce faisant, le réalisateur dépasse mais aussi témoigne du cadre sociologique et politique d’une société japonaise aseptisée. Asako, déterminée, ne craint pas de « perdre la face », faute difficilement pardonnable au regard des codes sociaux en vigueur au Japon.

Un film subtilement léger, émouvant, dans lequel le réalisateur réussit à ponctuer certaines scènes d’un humour réjouissant et empêche ainsi de prendre trop au sérieux son propos. L’ombre tutélaire de Rohmer, n’est pas loin.

A noter cette remarquable maîtrise des ellipses déjà soulignée dans « Senses », un premier film dont la longueur avait certes rebuté certains spectateurs mais séduit d’autres par sa maîtrise formelle. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film a été très applaudi lors de sa présentation. Venez au débat du lundi 11 en parler avec nous dans la salle  à l’issue de la projection .…

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Monsieur

Un film de    Rohena Gera

Romance Franco-Indienne. 1h.39, VOST

Avec : Tillotana Shome,Vivek Gomber

Une histoire d’amour classique sur fond de différences de classe (de castes aussi) dans l’Inde d’aujourd’hui, pays tiraillé entre modernité et tradition. On peut craindre du « bollywood » pur sucre…eh bien, non, on est plutôt dans la veine Wong Kar Wai (In the Mood for Love) et c’est assez réussi.

Synopsis : Ratna , fille de la campagne qui rêve de devenir créatrice de mode, est engagée comme domestique par un couple aisé, bientôt séparé. La relation entre Ratna et son employeur, attirés l’un par l’autre se transforme en valse-hésitation face aux préjugés de leur entourage.

La mise en scène joue sur les silences, les regards, les non-dits suggestifs, avec une pudeur , une retenue qui font sens. Le rapprochement entre ces deux êtres se fait par touches délicates, sans que cela relève d’un déterminisme social pesant. Le fil de narration pourra sembler trop linéaire à certains, le happy-end trop prévisible. Au bout du compte, on a là un « feel good movie » servi par une actrice lumineuse, au jeu d’une belle sobriété : une bonne bouffée d’optimisme.

Rohena Gera signe là son premier long métrage de fiction. Elle s’est formée à New-York. Sans être autobiographique, le film, dit la réalisatrice, doit beaucoup à ses souvenirs d’enfance : petite, elle ne comprenait pas pourquoi sa nounou devait dormir dans un recoin de la maison et n’était pas admise à la table familiale 

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L’ordre des Médecins

L’ordre des Médecins

Un film de David Roux

France – 2018-1H33

Avec Jérémie Renier, Marthe Keller

           La critique par Mathilde Blottière

Un pneumologue reconnu perd pied quand sa mère est admise pour une récidive de cancer dans l’hôpital où il exerce. Lui, d’ordinaire si maitre de ses émotions, y compris avec une jeune patiente qui meurt de mucoviscidose en regardant des séries, se retrouve en proie au besoin viscéral de tout faire pour sauver un être aimé. Quitte à violer les lois de son ordre ? Largement autobiographique, ce premier film est un coup de maitre, d’autant qu’il investit un décor déjà largement représenté par le cinéma et les séries : l’hôpital. Cette institution monstre, où tout commence et tout finit, les fictions (même les bonnes) nous la montrent en général sur un rythme trépidant, avec suspense, bips d’urgence et brancards fous.

David Roux se démarque de cette vision dramatique. Son hôpital ressemble tantôt à celui qu’il nous arrive à tous de fréquenter, lieu des temps morts et des heures d’attente, tantôt à un espace mental, entre fantasme et fantastique. Ainsi ces superbes scènes dans les sous-sols où le jeune médecin et son pote infirmier se terrent, pour oublier, avec un joint, leur impuissance.

Dans la reconstitution du quotidien d’une équipe médicale comme dans la transmission d’émotions intimes, la mise en scène est d’une impressionnante justesse. De sorte qu’on passe avec fluidité, sans même s’en rendre compte, d’un film hospitalier à une histoire de famille. Entouré de seconds rôles forts, de la sœur (Maud Wyler) à l’interne (Zita Hanrot), en passant par la mère (Marthe Keller), Jérémie Renier trouve là l’un de ses plus beaux rôles. Ni héros ni salaud : juste un fils.

 

Critique de Mathilde Blottières

Télérama

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Les Estivants

LES ESTIVANTS

Un film de Valeria Bruni Tedeschi

France – 2018 – 2H08

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi, Yolande Moreau, Noémie Lvosky

La réalisatrice franco-italienne malaxe une matière très autobiographique pour créer un cinéma hybride, où l’imaginaire s’infiltre petit à petit et finit par s’imposer. Libre adaptation d’une pièce de Gorki, Les Estivants réunit une vingtaine de personnages dans une grande villa méditerranéenne, quelques jours au milieu de l’été

Anna, qui est venue retrouver sa fille, terminer son scénario et digérer une rupture, essaie de trouver sa place dans ce phalanstère. Chacun y joue sa partition : les bourgeois dans le jardin, le petit personnel dans la remise. Les rapports de pouvoir se mettent en place.Dans ce ballet cacophonique extrêmement bien chorégraphié, personne ne se voit, ni ne s’écoute. Les scènes de repas sont alors des moments de catharsis, où les langues se délient et les vieux démons familiaux refont surface.Dans ce brouillard artificiel, la vraie vie s’estompe, l’illusion triomphe. D’après Télérama

Beaucoup d’éléments dans Les Estivants renvoient directement à la vie de l’actrice-réalisatrice, et pourtant le film n’est pas une véritable autobiographie. Disons plutôt que Les Estivants est une sorte de thérapie fictionnelle, à travers laquelle Valeria Bruni-Tedeschi projette certaines choses tout en espérant qu’elles parleront aux spectateurs et qu’ils y trouveront potentiellement des liens universels disséminés tout au long de la balade. Car même si une pointe de bobo-nombrilisme végète autour de ces Estivants, le film parle en creux de la famille, de ces retrouvailles où chacun essaie de montrer un autre visage en cachant les fêlures et les soucis qui rongent dans l’obscurité.

Chronique familiale foisonnante où le rire épouse l’amertume et où l’amusement côtoie le deuil, la création ou la séparation, Les Estivants suit un chemin qui lui est propre avec une liberté assez séduisante et décalée. D’après  Mondociné

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L’Homme fidèle

De Louis Garrel

Avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Lily Rose Depp

Abel et Marianne s’aiment et vivent ensemble depuis plus de trois ans. Mais, un matin, elle lui annonce une nouvelle à triple détente : elle est enceinte. Lui s’en réjouit. Sauf, ajoute-elle, que ce n’est pas lui le père, mais Paul, son meilleur ami, avec lequel elle a une liaison. Une catastrophe n’arrivant jamais seule, elle complète en annonçant qu’elle va se marier, c’est imminent, avec Paul. La séquence, vive, cocasse, est formidable, car elle déjoue totalement notre attente, tant à travers le ton exquis de Marianne, tout en candeur perverse, que dans l’acceptation et la docilité d’Abel, hébété, qui quitte sans rien dire l’appartement, chutant dans les escaliers. La suite sera dans le même esprit burlesque, mais mâtiné d’un autre genre, a priori incompatible : le film à suspense, façon Hitchcock. 

Dix ans ont passé. Abel retrouve Marianne à l’enterrement de Paul. Peu après, l’ex-homme trompé cherche à reconquérir la veuve, comme dans une comédie du remariage. Mais il y a maintenant entre eux Joseph, le fils, 10 ans. Celui-ci voit d’un mauvais œil l’arrivée d’Abel et le lui fait bien comprendre, tout en lui glissant un secret lourd de conséquence : « Papa, c’est maman qui l’a tué. » Une invention d’enfant ? 

Vif, savoureux mais aussi légèrement angoissant, tel est donc ce second long métrage de Louis Garrel. Après Les Deux Amis (2015), qui sondait la complexité de l’amitié, l’acteur-réalisateur s’essaie à autre chose, de moins littéraire.  Après le triangle amoureux, un quatuor, composé de deux femmes et de deux hommes, dont Paul, décédé, qu’on ne voit jamais mais qui vient toujours s’interposer d’une façon ou d’une autre dans les discussions. L’autre femme, c’est Eve (Lily-Rose Depp), la sœur de Paul, folle amoureuse d’Abel depuis l’adolescence et au charme ravageur.

Dans ce film d’hiver, où Paris semble déserté, où tout est feutré, on se love avec plaisir comme dans un cocon.

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Leto

                LETO (L’ETE)

Leningrad, 1980 (ce n’est qu’en 1991 que la ville reprendra le nom de Saint Petersbourg). Nous sommes sous le règne du marmoréen Brejnev, à cette époque où le pouvoir tient encore d’une main de fer toute opposition et toute velléité d’occidentalisation, autant dans les mœurs que dans l’économie.

Et pourtant la première séquence de ce remarquable Leto contraste avec ce cliché terne et grisailleux de l’Union soviétique des années 80. On y voit des jeunes filles escaladant une échelle à l’arrière d’un groupe d’immeubles pour se glisser par un fenestron dans ce qui s’avère être un des rares clubs de rock tolérés. Sur scène, pseudos Ray Ban et dégaine cuir, se déchaîne l’idole des jeunes filles Mike Naumenko. Mais attention : dans la salle, pas question d’exprimer trop ostensiblement sa passion pour le rock, point de slam ni même de gesticulations diverses, des émissaires stipendiés du régime étant là pour contrôler toute effusion excessive. Plus tard tout le monde se retrouve au bord du lac, c’est l’été (« leto », le titre du film), on chante encore, on flirte, les filles sont belles et les garçons pas mal non plus. Parmi eux le timide et étrange Viktor, au visage eurasien, qui lui aussi veut percer sur la scène rock. Il a un vrai talent et fascine Natasha, la compagne de l’inconstant Mike qui va néanmoins le prendre sous son aile, ami et rival à la foi. Ainsi se noue un étonnant trio à la « Jules et Jim », à la fois amoureux et artistique.  Le film est directement inspiré du destin des deux leaders de la scène rock du Leningrad des années 80, Mike Naumenko et Viktor Tsoi.

Toute cette liberté qui exulte par chacun des plans et des musiques du film est d’autant plus paradoxale qu’il a été réalisé par un Kirill Serebrinnikov assigné à résidence dans son appartement, pour une obscure affaire de détournement de subventions. Imaginer que ce film si lumineux, si énergique a été finalisé à distance par un gars enfermé dans quelques dizaines de mètres carrés est particulièrement savoureux. L’ironie du sort étant que cette ode à la liberté qui évoque la Russie brejnevienne étouffante trouve un parfait écho dans celle d’aujourd’hui, encore plus cadenassée par le joug poutinien. Les punkettes moscovites persécutées de Pussy Riot feront peut-être dans 30 ans l’objet d’un film aussi réussi…

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Les Héritières

Collectionnant les prix dans les festivals internationaux, ce premier long métrage d’un natif du Paraguay séduit par son mélange de classicisme intemporel et de réalisme très actuel. Dans une maison d’Asunción, la vieille Chela (Ana Brun, Prix d’interprétation à la Berlinale) voit disparaître les souvenirs d’un passé glorieux et protecteur. Meubles, argenterie, tableaux, tout est à vendre, c’est la ruine. Même Chiquita, la femme avec laquelle Chela a passé sa vie, doit partir, accusée de fraude et envoyée en prison.

Histoire d’une dépossession, Les Héritières met en lumière la beauté fanée d’une vie aristocratique devenue fantomatique. Cette atmosphère rappelle la douceur tragique des romans de Stefan Zweig, souvent adaptés au cinéma (Lettre d’une inconnue, Vingt-Quatre Heures de la vie d’une femme). Comme les héroïnes de l’écri vain, Chela se tient à l’écart de la vraie vie, et son destin finit par lui glisser entre les mains…

Dans cet univers délicat et rétro, le réalisateur fait surgir la cocasserie du chaos d’aujourd’hui, où Chela est bien obligée de se risquer en se rendant à la prison, puis en s’improvisant chauffeur de taxi pour ses amies, grandes bourgeoises stylées d’un kitsch réjouissant. Prendre le volant, c’est, bien sûr, avancer sur le chemin de l’autonomie, de l’indépendance. Mais dans ce portrait d’une femme qui s’affirme, le réalisateur maintient le doute. Car le cœur de Chela se met à battre pour une de ses passagères, d’une manière insensée. Est-elle en train de continuer à tout perdre, jusqu’à la raison, ou de retrouver une raison de vivre ? Un frisson traverse tout ce film émouvant, à la fois mélancolique et passionné.

Critique par Frederic Strauss

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Amanda

Un film de Mikhaël Hers

France

Drame 1h47

Avec : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin…

                

Paris de nos jours. David, 24 ans vit au présent, il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Pour lui le cours tranquille des choses vole en éclat quand sa sœur aînée meurt brutalement dans les attentats du13 novembre 2015. Il se retrouve alors en charge de sa nièce âgée de 7ans, Amanda. Ce trou béant laissé par le manque, empêche la vie de reprendre son cours normal. Des lors, le vide se remplit d’émotions diverses, parfois contradictoires qui submergent les protagonistes. David doit faire face à son propre deuil et assumer cette paternité accidentelle. 

Après « Mémory Lane (2010) » et « Ce sentiment de l’été (2015) » pour son troisième long métrage,  Mickhaël Hers, fidèle à son habitude, laisse ses personnages dénouer leur douleur et leurs conflits  à l’air libre et en mouvement, ici  en leur faisant arpenter l’Est parisien. Par une succession de scènes de la vie quotidienne d’une douce banalité où les paroles échangées comptent moins que les sensations revenues, ils vont réapprendre à s’aimer et à surmonter ce deuil. Le réalisateur reconstitue les différents processus de deuil que traversent les personnages au cours du film. Il décortique les phases de leur reconstruction à travers un récit dont les mutations émotionnelles sont le principal enjeu.

Le cinéma de Mickhael Hers traite souvent le thème du deuil. Dans cet opus, le cinéaste réussit parfaitement à installer dans ce drame familial une élégance, une délicatesse qui ne peut que séduire. Le mérite en revient à une mise en scène parfaitement maîtrisée qui évite au film de s’enliser dans un pathos que le climat de violence et de fragilité pourrait amener : l’art de se servir de l’ellipse pour en dire plus tout en en montrant moins et rester à la juste distance de ses personnages.

Vincent Lacoste (David) nous livre ici une performance époustouflante toute de douceur et de retenue. Certainement un de ses plus beaux rôles : il est juste parfait. Quant à Isaure Multrier, elle est d’un naturel confondant, exceptionnel pour une si jeune enfant.

D’après les critiques de Télérama, sens critique, le blog du cinéma.

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Mon cher enfant

Un film de Mohamed Ben Attia

Tunisie –  2018 – 2018 – VOST

Avec : Mohamed Dhrif

                   Mouna Mejri

             Zakaria Ben Ayyed

Ils sont les plus dévoués des parents. Et c’est d’un amour inquiet que Riadh et Nazli entourent leur fils unique, Sami. Ses maux de tête ne s’expliquent peut-être pas seulement par le stress de la préparation du bac. Les médecins ont beau se montrer rassurants, Riadh ne relâche pas sa vigilance. Ce cher enfant, il ne le quitte pas et le protège, lui, le père, comme une mère. Nous faire partager le quotidien de cette famille de Tunis, saisir les petites choses de la vie, c’est toute la force et la délicatesse du cinéma de Mohamed Ben Attia. Qui confirme, après Hedi, un vent de liberté (2016), sa belle ambition sociale et humaniste, dans la lignée des frères Dardenne, coproducteurs de ses films.

En montrant comment les gens vivent et comment le monde, autour d’eux, s’immisce dans leur existence, le réalisateur s’interrogeait, dans son film précédent, sur l’envie d’exil qui pousse de jeunes Tunisiens à partir, coûte que coûte, en Europe. Cette fois, il affronte une rupture plus radicale : le départ pour la Syrie, l’enrôlement dans les filières djihadistes. Un sujet de société auquel il parvient à donner une dimension intime, admirablement sensible. Du monde qui gronde, Riadh et Nazli se croyaient bien à l’écart, ne fréquentant personne — comme leur fils, croyaient-ils. Ils se sont trompés. Ils n’ont pas compris que Sami était en train de les quitter. Un retrait presque imperceptible : un refus de partager une orange avec son père, d’aller au restaurant avec lui, un repli sur soi à cause de maux de tête soulevant toutes les hypothèses sauf une, celle du mensonge. Il ne s’agit pas, pour le cinéaste, de pointer les symptômes de la radicalisation mais de suggérer que la vie de tous les jours, si simple, n’avait pourtant rien de limpide. Comme si une nuit était tombée sur les personnages, filmés, à plusieurs reprises, dans l’obscurité de l’appartement. Une nuit qui a rendu les parents aveugles et leur fils invisible.

Ce film si plein de tendresse parle d’un vide. Celui, criant, que laisse Sami en disparaissant. Mais aussi celui, sournois, qui existait déjà avant sa fuite en Syrie, dans cet appartement familial où, en réalité, chacun se dérobe. La mère part donner des cours dans une autre ville, lassée d’un mariage auquel elle ne croit plus. Le père confie ses inquiétudes à une autre femme, sur son lieu de travail. Et Sami, lui, a trouvé ailleurs des projets secrets. Au cœur du film, il y a donc l’échec de l’amour, aussi incompréhensible, en apparence, que la radicalisation d’un lycéen de 19 ans prêt à passer son bac et à s’engager dans des études. Qui oserait penser qu’avec des parents si attentionnés l’amour peut manquer ? Sans accuser, sans désigner de coupables, Mohamed Ben Attia nous invite à douter. Douter du plus bel amour paternel pour comprendre, peut-être, l’isolement d’un fils qui s’est forgé des certitudes extrêmes, mortelles. Avec une justesse que les comédiens relaient brillamment, on entre dans la complexité de cette réalité nouvelle, sans jamais perdre le lien avec des parents qu’elle dépasse. Un tour de force pudique, émouvant, éclairant.

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Wildflife

 

Wildlife, une saison ardente
De Paul Dano et Zoe Kazan

USA 2018 . 1H45. VOST
Avec  Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould, Bill Camp

“Wildlife” est le premier essai de l’acteur Paul Dano en tant que réalisateur. Un film adapté du roman de Richard Ford, “Une saison ardente”, qu’il a co-écrit avec sa compagne Zoe Kazan

Un film au goût de cendres et d’amour amer, au cœur de l’intimité d’une cellule familiale en passe de se déliter. Dans l’Amérique du Midwest dans les années 60, un père (Jake Gyllenhall) et une mère (Carey Mulligan), ne s’entendent plus. Leur fils unique, Joe, assiste au désastre, et tente de maintenir ce qu’il reste du passé. Un film impressionniste, à la mise en scène rigoureuse.

Joe  assiste, impuissant, à la lente désagrégation de la cellule familiale, un petit paradis dont il était jusque-là le centre. Entre ses parents, Jeanette (Carey Mulligan) et Jerry (Jake Gyllenhaal), ça ne va plus fort. Le père, prof de golf, a été viré. Il peine à retrouver du boulot, s’enfonce dans une déprime larvée et décide d’un coup de partir plusieurs mois pour une mission dangereuse. Il rejoint, pour un salaire de misère, cette cohorte d’apprentis pompiers qu’on recrute dans la région, pour éteindre les incendies ravageurs, malédiction de cet été 1960 .Tandis que son épouse est tentée par une aventure extraconjugale avec un riche concessionnaire automobile.

Le regard passe par Joe (Ed Oxenbould, attachant d’intelligence discrète, découvert dans The Visit de M. Night Shyamalan), adolescent éveillé, un peu renfermé peut-être, qui semble souvent bien plus mûr que ses parents. 

C’est un fils « exposé », au malaise : ses parents l’aiment mais pas si bien, règlent leur compte devant lui, le mettent trop facilement dans la confidence.. 

 Wildlife évite l’hystérie ou la mièvrerie des nombreuses œuvres sur le divorce. Paul Dano opte pour l’épure et la mise à distance, bien aidé par les plans-séquences et cadrages de son chef opérateur.

« Je souhaitais faire un film qui soit sobre et honnête. Je désirais que la réalisation soit guidée par l’image et les plans. Je voulais ne bouger la caméra que lorsque c’était absolument nécessaire. Je tenais à rester fidèle au sujet et à moi-même »

Paul Dano a la bonne idée de choisir un cadre serré qui met le spectateur à hauteur du jeune héros, renforce l’impression d’intimité mais aussi le sentiment d’étouffement des personnages.

D’après Télérama et Avoiràlire

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