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5ème film du programme

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Give Me Liberty

26 septembre au 1° octobre

Du 26 septembre au 1er Octobre

GIVE ME LIBERTY
Un film de Kirill Mikhanovsky – Etats-Unis – 1h51 – VOST
Avec : Chris Galust, Lauren « Lolo » Spencer, Darya Ekamasova…
 
Vic (Chris Galust), jeune conducteur de véhicule utilitaire pour personnes sévèrement handicapées, veille également sur un grand-père russe qui retombe dans une enfance particulièrement agitée. Le jour où cet aïeul doit assister à des funérailles, Vic accepte de le transporter au cimetière avec d’autres seniors de la communauté, tout en menant de front ses courses du jour. Mais les requêtes de chacun, auxquelles s’ajoutent une pluie d’imprévus, compliquent considérablement son parcours. Comme cette manifestation qui bloque le quartier afro-américain et l’empêche de récupérer à temps une jeune femme noire atteinte de la maladie de Charcot, Tracy (Lauren « Lolo » Spencer), excédée par son retard. Sous pression, Vic prend également à son bord un dénommé Dima (Maxim Stoyanov), un Russe louche qui se prétend le neveu de la défunte, mais dont on perçoit mal les véritables intentions. L’attelage hétéroclite fonce aux quatre coins de la ville et manque plus d’une fois de chavirer…
Give Me Liberty, qui se déroule sur une seule journée, se signale d’emblée par son rythme trépidant, celui d’une course folle à travers la ville. Sous ses airs de comédie à l’habillage réaliste, le film vaut pour son incroyable galerie de personnages, interprétés par un casting d’acteurs non professionnels, pour certains issus de Milwaukee, qui sont aussi bien la chair que le moteur du récit. Vieillards azimutés, clandestins russophones, minorité afro-américaine, handicapés moteurs et mentaux : ceux-ci composent un attelage hétéroclite, réserve de visages hirsutes, de corps cabossés, d’accents étrangers et de mobilités incontrôlables, qui ne rencontrent pas souvent les honneurs de la fiction officielle.
La camionnette de Vic est, en quelque sorte, la métaphore du film : elle est la voiture-balai des derniers laissés-pour-compte de l’Amérique, ceux dont les corps sont dépourvus de la moindre valeur marchande.

« Dans ce mélange d’excentricités, de tendresse et de tragédie, réside sans doute un peu de ce mystère qu’est l’âme russe frotté au melting-pot américain « (Baptiste Thion).

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Portrait de la jeune fille en feu

Un film de Céline Sciamma

France 2019 – Durée 2H

Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valéria Golino 

 

Le cinéma français a une sacrée dette envers Céline Sciamma : celle de nous avoir fait découvrir le charme et le talent d’Adèle Haenel, en 2007, au moment de la sortie très remarquée de La Naissance des Pieuvres. Depuis, l’actrice a tourné avec les réalisateurs les plus en vue du pays. Dans ce film d’époque, le Portrait de la Jeune Fille en Feu imagine le rapprochement entre une peintre et son modèle, et l’inévitable tension érotique qui va naître entre elles. Or, si l’homosexualité féminine est un sujet récurrent dans la filmographie de Sciamma, c’est la première qu’elle l’aborde par le prisme historique. Toutefois, en plaçant leur rencontre en 1770, il ne s’agit pas de profiter du contexte politique houleux qui précédait la Révolution française, mais bien de rappeler qu’en ces temps pas si ancestraux, les femmes avaient une liberté des plus limitées, puisqu’elles étaient contraintes de se marier, afin de sortir du couvent.

La sobriété de la mise en scène participe pour beaucoup à l’intensité du feu érotique, qui bout sous la surface des faux-semblants. Le travail effectué par la directrice de la photographie, qui vise à donner à chaque plan l’allure d’une peinture animée, n’est certainement pas pour rien dans la beauté qui se dégage du contenu. Et la splendeur des décors confère à l’ensemble un vrai charme pictural. Mais le plus magnifique du film apparaît dès que les deux femmes s’observent l’une l’autre : le jeu des regards véritablement troublant se suffit alors à lui-même pour rendre leur attirance inavouée. 

D’après Julien Dugois . AvoirAlire

Céline Sciama : Dès que j’ai commencé à rêver au  film, le grand enjeu de reconstitution était plutôt du côté de l’intime, de la restitution du cœur. Si ces femmes se savaient condamnées à des vies toutes tracées, elles étaient traversées pour autant d’autre chose. Elles étaient curieuses, intelligentes, avaient envie d’aimer. Leurs désirs ont beau s’inscrire dans un monde qui ne les autorise pas, ils n’en sont pas moins là. Le rôle est sentimental et intellectuel, et Adèle parce qu’elle travaille au vivant sans jamais cesser d’y réfléchir, a la puissance pour incarner les désirs et la pensée des désirs. Nous avons travaillé avec une très grande précision sur le plateau, notamment sur sa voix. D’après « tournages de Bretagne «

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303

303

De Hans WEINGARTNER–Allemagne-2h. Avec Anton Spieker, Mala Emde, Arndt Schwering-Sohnrey. VOST

Ils ont vingt-quatre ans. Elle vient d’échouer à un examen, elle est enceinte mais n’est pas sûre des intentions de son copain. Il vient d’être recalé pour une bourse d’études. Il veut aller voir son père (qu’il n’a jamais connu) en Espagne, elle rejoint son copain (qu’elle connaît mal) au Portugal. De là naît une rencontre impromptue à l’occasion d’un covoiturage dans un vieux van Mercedes 303. Un débat surgit (le premier d’une longue série, ils ne sont d’accord sur rien) : sur le suicide et la mort ce qui occasionne un faux départ ; elle le débarque.

Mala Emde et Anton Spieker incarnent bien la jeunesse attachante. Ils se retrouvent par hasard. Très vite, ils quittent les chemins tout tracés pour prendre la tangente.

À travers les petites routes et les paysages bucoliques, les kilomètres défilent, la destination se rapproche et eux aussi. Ils se perdent dans leurs émotions, se dévoilent petit à petit, partagent des douleurs, font leur thérapie en cheminant. Les souvenirs de l’un font écho au vécu de l’autre. Ils se bousculent, se font réfléchir, évoluer l’un l’autre.

On se laisse complètement emporter et charmer. La bande originale participe efficacement à l’atmosphère et puis, avec le recul, on voit les « défauts ».

C’est souvent trop manichéen. Pour lui, la vie entière est une compétition. Elle prône la coopération. Les sujets s’enchaînent : politique, histoire, biologie, affaires de cœur. Ce sont surtout des conversations typiques d’adulescents. La sincérité, l’authenticité et le charme incontestable de ce road movie en font un film très agréable. Le réalisateur, Hans Weingartner, sait parfaitement mettre en scène la délicatesse, un réel romantisme et la naissance des sentiments.

 

Extrait de la critique de Benjamin Oppert, aVoir-aLire.com

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Une grande fille

UNE GRANDE FILLE

De Kantemir BALAGOV–Russie 2h17 avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov. VOST

Le jeune prodige du cinéma russe, 28 ans, est à l’image de ses films : un mélange d’énergie et de tendresse. La première dynamise sa réalisation virtuose, la seconde nourrit ses héroïnes puissantes. « Une grande fille » (prix de la mise en scène à Un certain regard lors du dernier festival de Cannes) chronique l’amitié tourmentée, dans le Leningrad en ruines de 1945, de deux anciennes militaires traumatisées par la guerre. « Les femmes sont les héroïnes de notre temps, assure Kantemir Balagov. Un homme qui se rebelle finit toujours par revenir à une certaine forme de tradition. Les femmes, elles, font vraiment exploser les cadres. »

Une grande fille est l’adaptation très libre de La guerre n’a pas un visage de femme, le bouleversant recueil de témoignages de Svletana Alexievitch sur la Seconde Guerre Mondiale en Union Soviétique. Mais le jeune réalisateur explique avoir trouvé son inspiration dans les nouvelles de Tchekhov. Cependant, « Le cinéma est un art des sensations, analyse-t-il.  Je ne m’intéresse pas à ce que pense un personnage, mais à ce qu’il ressent. » Il a conçu le scénario puis le montage d’Une grande fille pour provoquer « une cascade d’émotions », avec une scène « particulièrement secouante dans le premier quart d’heure pour accrocher les spectateurs ». Il aime désarçonner le public en amenant ses personnages vers des comportements amoraux, et « parvenir à les justifier »

Ces portraits de femmes blessées ne seraient pas aussi admirables sans les personnages secondaires que le réalisateur parvient à faire exister en quelques scènes inoubliables.

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SIBEL

C’est un petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante qui s’agrippe aux pentes des montagnes abruptes.  Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant comme les rochers qui les surplombent.  Ici chacun parle et comprend la langue sifflée qui s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés.  Pas d’autre choix que ce langage ­volatile,  pour la si belle Sibel, puisqu’elle est muette. La fière aînée du maire, rejetée en raison de son handicap, cherche à s’intégrer en tuant un loup, qui hante les villageois. Mais, un jour, c’est un homme traqué, blessé, qu’elle rencontre, sauve et cache. Car Sibel ne craint pas non plus ce « loup »-là…

Venu du documentaire, le couple franco-turc Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti a su impliquer la population dans un conte forestier qui prend, de plus en plus violemment, les contours d’un suspense politique sur le courage obstiné d’une jeune femme, et son émancipation — sociale, sexuelle — dans une société patriarcale. Le mouvement du film est constant , qui suit Sibel dans la forêt, dans les rues du village , où tous chuchotent sur son passage et dans la maison familiale où elle remplit les tâches domestiques pour son père veuf, une belle figure masculine.

Dans le rôle, Damla  Sönmez, déjà star en son pays, et qui a mis six mois à apprendre la langue sifflée, est renversante : la plus belle des héroïnes pour faire entendre, très loin, le mot « liberté ».

 

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La Flor 1 2 3 4

LA FLOR, 1,2,3,4

 De Mariano LLINÁS  – Argentine-13h34 en 4 parties de 3h20 environ (qu’on peut voir séparément) comprenant 6 épisodes.  Avec Elisa Carricajo, Valerie Correa, Piliar Gamboa, Laura Paredes. VOST

Voilà une récréation picaresque où se mêlent fantastique, espionnage, mélodrame musical et qui regorge d’humour et de lyrisme. On rencontre des personnages extravagants dans des histoires abracadabrantes. La psyché et le désir féminins irriguent  le récit : un quatuor d’actrices revient dans chaque épisode (le 5ème excepté) avec de nouveaux rôles chaque fois, où elles incarnent une femme libre, indépendante, conquérante et savante, guerrière, voire meurtrière, dans un monde patriarcal et machiste. L’amour s’y manifeste, follement platonique lorsque il est contraint d’être réprimé, orgiaque, dans un asile psychiatrique où un amnésique affole la libido des soignantes, passionnel, dans un mélodrame fiévreux où un couple livre une bataille homérique. La musique et une voix off accompagnent ce voyage dans un imaginaire infini.

 

Dans La Flor 1, cela commence par un épisode fantastique où une momie source de ravages est au centre d’une bien étrange histoire, située dans un laboratoire d’analyse archéologique, en lisière d’un désert… puis viendra le mélodrame musical.

 

Dans La Flor 2, (3h10) voilà le temps de l’espionnage. Quatre agentes secrètes doivent récupérer un scientifique kidnappé. Il y a du guet, du grabuge, de l’absurde surréaliste. Puis le film retrace le passé héroïque de deux espionnes. Follement picaresque, l’ensemble est un régal, combinant humour et souffle poétique.

 

La Flor 3 (3h24) est la partie la plus riche et la plus intense, avec la 1. Défile maintenant le passé des deux autres espionnes. Le tout se termine par les tribulations d’une équipe de cinéma, surréalistes au possible.

 

Dans La Flor 4 (3h24), on suit une enquête farfelue sur une disparition, etc. On contemple l’errance d’Anglaises revenue du désert des indiens. Epique, surréaliste, revigorant

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Comme si de rien n’était

DÉBAT sur le film

«Comme si de rien n’était»

 

lundi 6 mai 2019

à Ciné-Mont-Blanc, Sallanches

dans la salle, après la séance du soir

organisé par Cinécimes

 

 

Un film de Eva Trobisch

Avec Aenne SchwarzAndreas DöhlerHans Löw…1h30  Allemagne, VOST, sortie le 6 mars 2019

 

Jeanne tient à contrôler sa vie. Elle est forte, indépendante, moderne, cynique et réclame le droit d’être qui elle veut. Elle porte sa féminité fièrement. Mais, ce qui n’arrive qu’aux autres vient de lui arriver. C’était un soir de fête. Ils étaient sans leurs conjoints, ils avaient trop bu, elle s’est laissée embrasser. Elle a dit non mais il avait envie. Pas de menaces, juste quelques minutes minables de jouissance arrachée. « On ne va pas en faire tout une histoire » dit-elle au grand dadais, pathétique, qui l’a violée sans en avoir l’air. Ce n’est pas possible, elle ne veut pas devenir une victime. Que s’est-il donc passé ? Que faire ?

Et puis la voilà confrontée à son agresseur sur son lieu de travail, un agresseur que tout le monde semble trouver, soit inoffensif, soit appréciable. Mal-être. Et son attitude pleine de sollicitude et de remords la torture. Il n’est pas détestable. Ce n’est pas un homme violent, abusif, dominateur, et pourtant il l’a fait.

Mais que s’est-il donc passé ?

Plus Jeanne fait comme si de rien n’était, plus son retour à la vie normale est comme un mirage. Tel un poison lent qui s’insinue, ce qui est arrivé ronge sa vie et celle de ses proches. Les stéréotypes de notre culture sur des victimes pures et des bourreaux barbares sont remis en question. La réalisatrice multiplie les plans de dos et de profil des personnages, dans la mêlée de leurs tourments.

 

Mais qu’a voulu faire Eva Trobisch ? : « L’idée n’a jamais été de faire un film sur le viol. (…) J’ai développé le personnage pour en faire une femme moderne, éduquée, rationnelle, cynique, une femme qui réclame le droit d’être qui elle veut, de ne pas être contrainte par quoi que ce soi ou qui que ce soit. Je voulais me poser la question à la fois de la force et des limites de cette auto-détermination, qu’elles soient sociales, physiques ou émotionnelles. (…)  Dans la vie, on n’a jamais une vue d’ensemble, on saisit juste des morceaux. Je préférais donc suivre mes personnages de dos ou de profil sans jamais en savoir plus qu’eux ni être dans une pièce avant qu’ils n’y entrent. Mes personnages ont leur existence propre, je les suis, je ne les explique pas. […] Je soulève des questions, j’invite les gens à réfléchir avec moi, mais je n’ai pas la solution. Je ne veux et ne peux rien promettre. »

 

Une autre lecture s’ouvre donc, où il est question des limites de la personne libre et individualiste. Jusqu’où est-il possible de vivre hors des contraintes de la vie en société lorsque ladite société est de plus en plus atomisée ? Et jusqu’où est-il possible de vivre hors de son propre corps même si le virtuel (dont le cinéma) tend à nous le faire croire ? Comment prendre soin de soi et de l’autre ?

 

Les préceptes sur le souci de soi des philosophes de l’Antiquité grecque et romaine sont-ils encore adaptés à notre époque ?

Et jusqu’à quel point peut-on rester indépendant intellectuellement et moralement ? Et est-ce toujours une force ? La faiblesse n’est-elle pas parfois une force ? L’erreur qui nous apprend et l’expérience de la souffrance, ne nous éveillent-ils pas au souci de soi et de l’autre ?

 

Née à Berlin en 1983, Eva Trobisch a commencé sa carrière en tant qu’assistante d’abord au théâtre, puis au cinéma.

En 2009, elle étudie au HFF (Hochschule für Film und Fernsehen) de Munich pour y apprendre la réalisation de films, se rend à la New York University’s Tisch School of the Arts en tant qu’étudiante invitée, et s’inscrit en 2015 dans un master d’écriture de scénario à la London Film School. Comme si de rien n’était (Alles ist gut) est son film de fin d’études.

 

En roc se découvrant soudain friable, l’actrice Aenne Schwarz est impressionnante.

 

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C’est ca l’amour

C est ca l’amour de Claire Burger- France 2018- 1h 38

Avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg

Avec ce titre peu prometteur, le second long métrage, de Claire Burger, (après Party Girl, caméra d’or au festival de Cannes en 2014) raconte une histoire ordinaire : un couple de quinquagénaire est en crise : Armelle, la mère quitte la maison, le père Mario reste, seul avec ses 2 filles, Nikki et Frida.

Librement inspiré de l’histoire de la réalisatrice, ce deuxième long métrage est, comme le précédent, tourné à Forbach, avec un casting en partie non professionnel. A l’énergie brute du naturalisme, se mêlent des visions mélancoliques et burlesques.

Tout tient d’abord dans le portrait de ce père joué par Bouli Lanners : petit homme dépassé et débonnaire, amoureux de sa femme comme de ses enfants, avec l’air perpétuellement perdu, se révélant bouleversant, juste, toujours a sa place.

Et c’est ensuite dans l’intimité de cette maison, dont on connaît bientôt les moindres recoins, et le désordre de sa vie personnelle, où se déploient des relations devenues explosives avec ses filles, Nikki et Frida (extraordinaires non-professionnelles, Justine Lacroix et Sarah Henochsberg), que le film s’incarne. L’attention portée à leurs échanges, leurs éclats, leurs accès de tendresse, et à la manière dont leurs corps se partagent l’espace (les portes ouvertes qui devraient rester fermées, la fenêtre de la chambre comme seule échappatoire), donne au tableau la richesse du vécu.

La bonne idée du film est de diffracter le désarroi sentimental de Mario sur ses filles, un flirt de l ainée et les premières expériences homosexuelles de la plus jeune, comme si le départ de la mère avait libéré des énergies amoureuses déclinées sur un large spectre.

L’ensemble a une tendresse comique, indéniablement touchante, ne tombant jamais dans le sentimentalisme. : C’est un film d’une grande émotion.

 

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FUNAN

FUNAN                                                                                                                                                                   De  Denis Dos – France/Belgique/Luxembourg/Cambodge  – 2018 – 1h22                                                                Avec les voix de Bérénice Bejo, Louis Garrel.                                                                                                  

Une famille cambodgienne dans la tourmente de l’histoire à l’arrivée des Khmers rouges. Un premier film et un sommet du cinéma d’animation, justement plébiscité  et couronné lors du dernier festival d’Annecy.

En 1975, les Khmers rouges décident de vider Phnom Penh et de déporter ses habitants vers des camps de travaux forcés. Quiconque se révolte est tué. Une famille comme les autres prend le chemin des camps de travail. Dans cette longue file : des hommes et des femmes, des jeunes et des vieillards, qui avancent tête baissée dans l’angoisse de ce que l’avenir leur réserve. Soudain, un gamin de 4 ans lâche la main de sa mère. Les parents hurlent son nom. La grand-mère file à sa poursuite. Trop tard ! Les armes bloquent désormais le passage. Sovanh et ses parents sont séparés. De camp en camp, ils n’auront de cesse de chercher leur fils, de savoir s’il est en vie, de se rapprocher de lui. Au fil du temps, les conditions de détention vont se faire de plus en plus dures. La nourriture de plus en plus rare.
                                                                                                                                                                   HORS CHAMP.  Funan  nous fait vivre le drame cambodgien à travers l’odyssée de                 cette famille. La principale qualité de Denis Do tient dans sa simplicité. Son récit se                 déplie harmonieusement ; la narration linéaire nous fait ressentir le temps qui passe.                  C’est par la suggestion que le cinéaste impose les images les plus fortes. Celle des                 mets abandonnés dans le logis au début du film symbolise la rapidité de la rafle opérée               par les Khmers rouges. La vision de la ville déserte fait monter l’angoisse d’un cran.                Et on imagine plus qu’on ne voit les atrocités commises par les autorités du camp.                C’est hors champ que les hommes sont tués, que les femmes meurent de faim. Il s’autorise une seule exception dans ce très subtil traitement de la violence : celle d’un prisonnier contre son ancien bourreau. Pour ne pas passer sous silence que le désir de vengeance existe.

DÉLICATESSE
Denis Do travaille ainsi sur l’émotion du spectateur sans jamais forcer le pathos. Il tisse un suspense qui nous fait espérer les retrouvailles entre la mère et son fils. Et en maniant l’ellipse avec intelligence, le cinéaste nous fait ressentir tout au long de son récit ces quatre années de camp de façon très intime. Il s’en dégage une poésie, une délicatesse sans égales. Sans doute parce que dans ce film qui parle du désespoir des hommes, le réalisateur accorde une grande place à la nature. On voit les femmes qui travaillent à la rizière, l’immensité des champs, le foisonnement de la forêt tout autour. On est témoin par flashs de la vie de Sovanh – petite silhouette menue et songeuse, à cinq kilomètres du camp des parents… ou peut-être à cent – sans jamais savoir s’il s’agit de la réalité ou des rêves de la mère. Son graphisme, influencé par l’animation japonaise, et notamment le travail des Studios Ghibli, est très réaliste mais garde une candeur enfantine. Le jury du Festival d’Annecy ne s’y est pas trompé en le récompensant lors de son édition 2018 d’un Cristal, la récompense suprême. Denis Do a tout d’un grand.                                                                                                                                        

D’après les critiques de PREMIERE – Sophie Benamon.

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