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Varsovie 83

Du 30 juin au 5 juillet

VARSOVIE 83, UNE AFFAIRE d’ETAT

De Jan P. MATUSZYNSKI, Pologne, 2h39, VOST

avec Tomasz Zietek, Sandra Korzeniak, Jacek Braciak

Après le meurtre d’un lycéen par la police, le régime se démène pour cacher la vérité. Une immersion effrayante et intense dans la Pologne communiste.

A partir d’une histoire vraie à Varsovie le le 14 mai 1983, un lycéen, Grzegorz Przemyk, meurt après avoir été roué de coups dans un commissariat par la milice citoyenne. Sa mère est une opposante au régime, une poétesse connue pour sa proximité avec le syndicat Solidarnosc, encore actif malgré son interdiction dans la Pologne du général Jaruzelski, où été décrété la loi martiale.

Une tension constante traverse ce film qui montre avec une extraordinaire vérité les grandes manœuvres entreprises afin de cacher la vérité.

Un tableau de société passionnant et glacé se déploie. Chaque vie n’est qu’un pion qu’il s’agit de faire tomber ou de déplacer. Les stratégies pour y parvenir sont connues, menaces, chantage, mise sur écoute, faux témoignages arrachés de force. Mais l’attention méticuleuse portée à chaque rouage du mécanisme de l’injustice a une force inédite qui ouvre les yeux.

Chaque détail, les éléments de décoration, les comédiens savamment choisis, les portraits, font réapparaître une époque, le début des années 80, même dans la manière de filmer .

Extraits de la critique de Frédéric Strauss, Télérama

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Limbo

Du 9 au 14 juin

LIMBO

De Ben SHARROCK– Royaume-Uni, 1h44, VOST,

avec Amir El-Mastry, Vikash Bhai, Ola Oreibiyi, Kwabena Ansah.

 

 

Un syrien taiseux s’exile, avec d’autres réfugiés, sur une île écossaise et affronte une réalité absurde… Une fable réjouissante et poétique.

 

Comment le groupe de réfugiés a-t-il échoué là ? Le film ne le dit pas. Ils sont une bonne dizaine à avoir fui leur pays. Certains viennent du Ghana, du Nigéria, du Moyen-Orient, d’Asie. Parmi eux se détache Omar, un musicien syrien, mine taciturne et bras dans le plâtre, qui transporte avec lui son oud.

 

Il a fait sa demande pour bénéficier de l’asile et attend le courrier providentiel.

 

Dans un esprit burlesque et graphique, Limbo décrit le quotidien d’Omar et de ses camarades d’infortune : une suite de saynètes cocasses, parfois cruelles, où le laconique Omar se heurte à une réalité absurde.

 

Il est aussi un exilé de l’intérieur de lui-même. Omar est un personnage qui ne se réduit pas au statut de réfugié. Il est en quête de sa propre identité, et rongé par la culpabilité d’avoir laissé ses proches en pleine guerre.

 

Entre lâcheté et courage, espoir et désillusion, il oscille, incapable de jouer de son instrument. On imagine un formidable talent de soliste mais celui-ci reste inexprimé. Il faut attendre la toute fin pour être récompensé. Mais brièvement, sans étalage aucun, à l’image de ce film toujours guidé par la dignité.

Extraits de la critique de Jacques Morice, Télérama

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Karnawal

KARNAWAL, le carnaval en langue quechua.                                                             

De Juan Pablo Felix – Argentine – 1h30 – VOST.

Avec Alfredo Castro, Martin Lopez Lacci,  Diego Cremonesi, Monica Lairana…

Ce premier long appartient à cette catégorie de films où tout semble écrit d’avance avant de bifurquer ailleurs. Un jeune Argentin trouve dans la danse – en l’occurrence le malambo, danse folklorique des gauchos de la Pampa – un moyen de fuir un quotidien difficile entre un père sous les barreaux, une mère dépassée et l’amant de cette dernière incapable de bienveillance envers lui. Jusqu’au jour où son paternel, bandit de grand chemin, sort de prison et vient pour quelques jours retrouver les siens. Karnawal devient alors un film sur cette famille plus décomposée que recomposée, où les instants de bonheur retrouvé ne font que renforcer une tension sourde et où les scènes de danse – mises en images avec soin – ne constituent qu’une des pièces d’un puzzle subtilement orchestré dont le dénouement reste longtemps en suspens. 

Ce joli film argentin présente un premier intérêt, c’est la découverte de la deuxième danse importante d’Argentine avec le tango, le malambo. Les scènes de danse sont très impressionnantes, le malambo étant intrinsèquement spectaculaire, avec son jeu de claquette et une grande expressivité dans les torsions de cheville. Ce film mêle assez habilement différents genres (thriller, drame familial, road-movie) autour de l’histoire d’un jeune homme préparant un concours de malambo, alors que son père sortant de prison rentre à la maison. Autres intérêts : la prestation de l’immense acteur chilien Alfredo Castro, et les paysages magnifiques d’une région méconnue d’Argentine  Une belle découverte.                                                                                                      

Dans la province de Jujuy, au nord-ouest de l’Argentine, la Quebrada de Humahuaca est à la fois, par l’authenticité qu’elle a conservée, par la beauté riche en couleurs de ses paysages et de ses villages, une région touristique et, du fait de sa proximité avec la Bolivie, une région de contrebande et de trafics en tous genre entre un pays vraiment pauvre et un pays plus riche. Cabra, originaire de Abra Pampa, une petite ville de l’Altiplano argentin, est un adolescent qui pratique le Malambo à très haut niveau et il s’entraine avec des coéquipiers et en solo pour participer à une compétition de ce type de danse qui va avoir lieu à Jujuy dans la continuité du carnaval, une compétition ouvrant la porte à une qualification pour le championnat national. Afin de pouvoir acquérir la paire de bottes dont il rêvait pour améliorer son look en vue de cette compétition, il a accepté de faire un transport (et un seul) entre la Bolivie et l’Argentine, sans vraiment être conscient des risques et des conséquences. Pourtant, ces risques, ces conséquences, il était bien placé pour les connaître, son père, surnommé El Corto (Alfredo Castro) étant lui-même en prison depuis 7 ans. Ce père, Cabra le connait peu. On apprendra petit à petit que c’est un étranger, un chilien qui n’a guère de liens avec le folklore local et qui se moque complètement des dons de son fils pour le Malambo. En fait, Rosario, la mère de Cabra, a dorénavant pour compagnon un gendarme, Eusebio, qui est sur le point d’être muté dans le sud du pays. Pour Cabra, pour Rosario, pour Eusebio, les problèmes sont sur le point d’arriver, El Corto bénéficiant d’une permission de 3 jours et les entrainant dans un de ces coups louches dont il s’est fait une spécialité. 

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NITRAM

NITRAM

De Justin KURZEL – Australie – 2021 -1h50 – VOSTF –

 avec Caleb Landry Jones, Judy Davis, Essie Davis, Anthony LaPaglia… Scénario de Shaun GrantPrix d’interprétation masculine pour Caleb Landry Jones, Cannes 2021.

NITRAMApprocher l’inapprochable, raconter l’inracontable. Reconstituer pour tenter de comprendre l’histoire et le parcours de Martin « Nitram » Bryant, auteur au milieu des années 1990 de la plus importante tuerie de masse, traumatisant durablement l’Australie. En tirer in fine un plaidoyer glaçant et implacable contre la vente d’armes à feu dans un pays qui, plus encore que les États-Unis d’Amérique, s’est construit autour de ce droit inaliénable de chacun à conquérir et protéger son lopin de terre à la force du fusil.

Aux origines du « mal », un prologue suggère la fascination que les explosions et les pétards exercent sur Martin, fils unique, gamin introverti, instable, peu sociable, « différent ». Et peu enclin à discerner dans ses actes le bon du mauvais, le plaisant du répréhensible, ce qui lui vaut de passer ses années d’enfance en pension, loin du cercle familial. Celui qu’avec bien peu de bienveillance on a surnommé Nitram – improbable palindrome de Martin, qui dit assez l’in(tro)version du caractère de celui qui n’exprime jamais ses sentiments – est revenu vivre chez ses parents à l’âge presqu’adulte, ce qu’il ne sera sans doute jamais. Pas ou peu de marques d’intérêt sinon d’affection à attendre de ce côté : sa mère, accablée par la situation de son fils, s’efforce de ne pas le voir ; seul son père s’efforce maladroitement de lui témoigner un peu de compassion sinon de tendresse, en vain. Vide, atone, la silhouette d’un surfeur trop maigre, ersatz de Kurt Cobain blafard et dégingandé, Nitram promène son ennui (est-ce seulement de l’ennui ?) et sa solitude dans une bourgade pavillonnaire suburbaine, elle-même sans vie. Le salut lui vient d’une riche voisine, un peu excentrique, qui vit seule avec ses chiens et se prend d’amitié pour le garçon qui vient occasionnellement entretenir son jardin. Et dont elle pressent sous la fragilité, derrière la farouche incommunicabilité, un potentiel inattendu d’humanité. Parenthèse enchantée qui révèle le garçon à ses sentiments mais se referme tragiquement, trop vite, le laissant seul face à la nécessité de revenir, d’une façon ou d’une autre, au monde qui l’entoure, le rejette et le fait monstre.

Il n’est pas simple de se frotter au monstrueux, à l’innommable. N’excuser d’aucune façon, évidemment, le geste du tueur, mais essayer de raconter, frontalement autant que faire ce peut, un parcours individuel sans exonérer pour autant la société tout entière de sa responsabilité. Le portrait de Martin-Nitram, glaçant, est porté avec une sobriété déconcertante par Caleb Landry Jones, qui n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes. Le vide qui l’habite provoque alternativement la compassion, le rejet, l’inquiétude et l’effroi. On peine à reconnaître en lui les ferments d’humanité qui pourraient, même sporadiquement, susciter le minimum d’empathie nécessaire à un début d’identification. Le réalisateur Justin Kurzel retrouve là les accents passionnants et dérangeants d’Elephant de Gus van Sant ou de We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay – parmi les tentatives les plus abouties de raconter de l’intérieur la naissance de personnalités de tueurs de masse. Aucun suspense dans la résolution des conflits intérieurs et extérieurs du garçon. La mise en scène, sèche, précise, sans affects, laisse s’installer une tension sourde, implacable, qui monte en pression comme la colère mal contenue que le concentré de nitroglycérine qu’est Nitram finit, sans passion, par laisser exploser. Nous laissant dans une position inconfortable, avec plus de questions que de réponses. Mais la certitude chevillée au corps que, si Nitram n’est pas exclusivement le produit de la société dans laquelle il s’est construit, c’est elle et elle seule qui lui a donné la violence guerrière comme modèle ultime d’affirmation de soi – et en définitive a permis qu’il soit armé.

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EVOLUTION

EVOLUTION 

Un film de   Kornél Mundruczo 

 

Hongrie / Allemagne –  2021 – 1h37 –  VOSTF

 avec Lili Monori, Annamaria Lang, Goya Rego, Padme Hamdemir, Jule Böwe.. 

C’est un film hors normes, saisissant, époustouflant, et sa première séquence est probablement une des plus impressionnantes et perturbantes performances de mise en scène qu’il nous ait été donné de voir depuis bien longtemps. Aussi forte que celle qui ouvrait un autre film hongrois inoubliable, Le Fils de Saul, de László Nemes. On y voit trois hommes vêtus de manteaux de cuir noir, armés de grands balais et de seaux lourdement remplis d’eau, pénétrer dans une grande pièce vide, sinistre, qu’on dirait souterraine, en tout cas dépourvue de fenêtres et baignée d’une lumière jaune blafarde. L’air anxieux, tendus à l’extrême, ils se mettent à lessiver frénétiquement les sols et les murs, découvrant dans les lézardes des cheveux qui dépassent, des cheveux qui deviennent des mèches, des touffes puis d’énormes entrelacs formant des cordes inextricables. On comprend vite que cette scène dantesque, passant du réalisme le plus brut au fantastique le plus inquiétant, tournée intégralement en un seul plan séquence vertigineux, est une allégorie de la barbarie nazie. Nous sommes en 1945, au moment de la découverte par l’Armée Rouge des camps d’extermination. Et, apothéose de ce premier mouvement – le film est composé de trois parties distinctes, se déroulant à trois époques différentes –, les soldats soviétiques vont trouver dans les entrailles de la chambre à gaz, miracle au milieu de l’horreur absolue, un enfant…

Dans la deuxième partie, nous sommes à Budapest, plusieurs décennies après la fin de la guerre. Et on découvre Eva, ancienne rescapée des camps, qui reçoit dans son petit appartement tristouille la visite de sa fille : Lena est venue pour essayer de convaincre sa mère de participer à une cérémonie qui pourrait lui permettre de percevoir les dédommagements financiers auxquels elle aurait pu prétendre depuis longtemps. Mais Eva ne veut pas se résoudre à cette démarche, elle veut qu’on la laisse tranquille, qu’on la laisse oublier… et s’ensuit un dialogue de sourdes autour de l’identité juive, de la mémoire, de la peur, de la honte, et ressortent tous les reproches d’une fille qui a le sentiment d’avoir eu son enfance gâchée par les angoisses maternelles.
La dernière partie se situe quelques années plus tard, à Berlin, où vit Lena avec son fils Jonas, un adolescent gentiment rebelle qui voudrait cesser de porter le poids de l’héritage familial. Alors même que se prépare la procession chrétienne de la Saint-Martin, à laquelle participe son lycée, sa mère lui a fabriqué une lampe traditionnelle juive… évidemment source de quolibets de la part de ses camarades…
Servi par le brio incroyable de sa mise en scène, qui se joue d’univers, de sensations, de rythmes très différents, Évolution est une passionnante et libératrice (pour reprendre le mot de Scorsese) réflexion sur la complexité du rapport à l’identité juive et à la mémoire de la Shoah, sur le besoin pour les nouvelles générations de tourner la page – une réalité incarnée par le personnage de Jonas qui noue une relation lumineuse avec une jeune musulmane –, tout en ne niant pas la recrudescence de nouvelles formes inquiétantes d’antisémitisme

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HIT THE ROAD

HIT THE ROAD

De Panah Panahi-Iran 2021- durée 1H33-VOST

Avec : Hassan Madjooni, Pantea Panahiha, Rayan Sarlak, Amin Simiar

Une voiture file de Téhéran à la frontière turque. A son bord, une famille. Le fils, taciturne, au volant. La mère à son coté. Derrière, le père, qui a une jambe plâtrée, et le petit frère de 10 ans à peine, joyeux, facétieux, bavard, excité, charmeur, drôle, … dansant et chantant! Comme un air de départ en vacances, donc…Sauf que….on s’interdit d’utiliser les téléphones portables trop repérables, on s’inquiète d’être suivis, la mère détourne parfois les yeux pour cacher sa tristesse, et 3 des 4 seulement feront le trajet au retour. 

Panah Panahi, fils de Jafar Panahi, nous attrape fermement par la main, et ne nous lâche plus pendant 90 minutes et quelques centaines de kilomètres. Film inventif, attachant, incroyablement drôle, qui suit avec beaucoup de finesse l’itinéraire d’une séparation vers le chemin de l’exil que va prendre le grand frère.

A l’approche de l’échéance se révèle une belle et lumineuse tendresse entre les membres de la famille, chacun s’efforçant de masquer au petit la gravité de la situation.

Sujet dur, sujet fort que celui du départ, qui dit en creux la situation sociale de l’Iran contemporain, mais tempéré par le regard d’un enfant comblé d’amour, qui insuffle au film une innocence euphorisante

Panah Panahi à Télérama: 

A propos de son père cinéaste: «Cela a été un grand enjeu et une grande souffrance dans ma jeune vie. Avoir une identité propre, ne pas être seulement le fils de mon père. C’est en mettant cela de côté et en me concentrant sur mes propres désirs d’expression à travers le cinéma que je suis parvenu à surmonter la plus grande difficulté de ma vie. J’ai fait ce film comme je désirais le faire, et cela a été une délivrance.»

A propos du contenu du film: « Il est évident que mon film, par son esprit, son parfum, même sans enjeux politiques frontaux, ne peut pas plaire aux autorités. »

Ce film a été choisi pour  le prochain débat, 

le Mardi 6 juin, dans la salle après la projection.

On vous y attend nombreux!

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Et J’AIME A LA FUREUR

De André Bonzel

Petit bijou de délicatesse et d’émotion, le long-métrage d’André Bonzel raconte la propre histoire du cinéaste à partir de films tournés par des autres.  Bonzel utilise des films de famille dont – nous explique-t-il dans l’avant-propos de ce film qu’il va narrer en voix off – il fait collection depuis toujours. Sur des images de dizaines d’amateurs inconnus, offrant de la famille les tableaux gravés dans le celluloïd d’un bonheur bon enfant que rien ne saurait corrompre, se dessine ainsi une histoire personnelle plus sombre, plus éclatée, plus mystérieuse, dont on comprend assez rapidement qu’elle aura justifié ce dernier recours au bonheur filmé d’autrui pour s’écrire. : Un père sans chaleur et sans amour, une mère confite en dévotion : l’enfance de René Bonzel ne ressemble pas à l’image d’Epinal des films de famille. Un paternel biologiste conservant chez lui les bocaux de merde à examiner, péteur à table, entretenant plus de considération pour ses chiens que pour son fils. René n’y va pas avec le dos de la cuillère. Et la suite est à l’avenant. Père et mari qui construit un mur dans sa propre maison pour ne plus voir sa femme. Père absent au mariage de son fils, qui ne trouvera que trop rarement les ressources d’un mot, d’un geste d’amour ou de complicité. C’est, a contrario, le père d’un ami qui, en projetant à la petite bande d’enfants que fréquentait son fils des bobines de burlesque, lui insuffle non seulement la preuve que la bienveillance existe mais, plus encore, l’amour du cinéma. Du coup, René, fuyant rapidement le cercle atone de la famille nucléaire, se met à élargir le champ de sa caméra.

Sur des images d’amateurs inconnus, se dessine une histoire personnelle plus sombre, plus mystérieuse

Du côté de la famille élargie, où il trouve quelques traces répétées et incontestables d’un gène cinématographique chez quelques notables ancêtres (dont un, très timide, qui filmait les filles en douce, et qui en est mort après s’être encastré au volant de sa voiture alors qu’il filmait une jolie cycliste). Mais aussi bien du côté de ses amoureuses, qu’il filme frénétiquement. Ses propres films se mêlent ainsi aux autres, la voix et les paroles de l’auteur servant de liant romanesque au défilé d’images hétérogènes et hasardeuses qui défilent sur l’écran. J’aime à la fureur ne se réduit pourtant pas à l’illustration filmée d’une vie vécue par procuration cinématographique. Ce serait bien trop triste.

 Le film, c’est sa suprême générosité, emporte avec lui, tous ces vidéastes amateurs, qui ont filmés, les reconduit vers le regard de nouveaux spectateurs qui s’en émeuvent, et c’est ici, pour fugace qu’elle soit, une éclatante résurrection qui a lieu, un lever d’entre les morts de ces figures vers les vivants que nous sommes, qui leur donnons abri provisoire en nos cœurs. 

 D’après la Critique de Jacques Mandelbaum  du 26 avril 2022

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ET I Y EUT UN MATIN

Film français et israélien d’Eran Kolirin. Avec Alex Bachri, Juna Suleiman, Salim Daw, Eihab Salame (1 h 41).

Le titre du nouveau film d’Eran Kolirin Et il y eut un matin sonne comme la première phrase d’un conte.  Et de la libre adaptation d’un roman éponyme de Sayed Kashua (Editions de l’Olivier, 2006) d le cinéaste tire un très beau film.

Celui-ci nous mène dans un village arabe d’Israël construit sur une colline, au milieu d’une zone désertique. Le village où Sami (Alex Bachri) est né et a grandi, avant de partir pour Jérusalem, laissant derrière lui sa famille et ses amis. Depuis, il ne leur a guère rendu visite. Mais, cette fois, il y a été contraint par le mariage de son frère cadet. Sami est revenu avec sa femme, Mira (Juna Suleiman), et son fils, Adam, le temps d’un week-end.

Quand débute le film, la fête bat son plein. On danse, on chante, la famille manifeste son bonheur d’être enfin réunie, fière et heureuse de revoir Sami, le fils aîné qui, loin d’ici, s’est fait une belle situation. Lequel se tient à l’écart, impatient de repartir, de retrouver sa vie, son milieu, la femme dont il est tombé amoureux et pour qui il est à deux doigts de tout quitter. En attendant, il traîne son ennui, constatant avec une forme de supériorité à quel point ses proches sont devenus des étrangers. Qu’importe, demain il sera chez lui Chez Kolirin surgit toujours un événement imprévu qui crée la bascule ,qui dévie la trajectoire de l’orchestre (La Visite de la fanfare), un court-circuit qui se produit dans l’esprit du héros (The Exchange, 2011) et le récit déraille. Ici, ce sera l’intervention de l’armée israélienne qui, durant la nuit, a encerclé le village. Au lever du soleil, un mur a été édifié, des soldats postés, qui interdisent aux habitants le moindre déplacement, les privent de toute communication avec l’extérieur.

Le village s’apparente désormais à une scène de théâtre sur laquelle se joue une tragi-comédie. Les personnages, assignés à résidence, y tournent en rond, occupent leur temps comme ils peuvent, s’interrogent, certains esprits s’échauffent. Le caïd du village profite du désordre pour asseoir son pouvoir. Abed (Eihab Salame), le chauffeur de taxi, continue de rouler (à vide), passant et repassant sous les fenêtres de sa femme qui l’a quitté, dans l’espoir que son nouveau véhicule rutilant, une Mercedes dernier cri, pourra séduire et faire revenir la belle. Nabil (Doraid Liddawi), le beau-frère de Sami qui siège au conseil municipal, s’acharne, quant à lui, à poursuivre les Palestiniens sans papiers, responsables selon lui de la situation. Au fur et à mesure que les jours passent, les certitudes trébuchent, les sentiments s’exacerbent, les consciences s’éveillent. Sami renoue des liens avec d’anciens copains. La vie continue, mais, pour beaucoup, opère une mue et change de trajectoire.

Observateur attentif et tendre de tous ses personnages, Eran Kolirin s’attache à saisir, au sein de ce huis clos chaotique, la moindre lueur. Tous ces instants déchirent l’obscurité, apportent leur part de poésie et de drôlerie. Comme si, au fond, le cinéaste s’évertuait à maintenir la flamme qui permettra d’éclairer le plus longtemps possible cette poignée d’hommes et de femmes qu’une situation absurde a rendus prisonniers et invisibles.

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SOUS L’AILE DES ANGES

SOUS L’AILE DES ANGES                                                                de A.J. Edwards – Etats-Unis – 1h34 – VOST – 2022                                                                               Genres : biopic, drame, historique.                                                                                                            Avec Diane Kruger, Jason Clarke, Brit  Marling, Wes Bentley, Braydon Denney …

Huit ans après sa présentation à Sundance débarque cette expérience sensorielle proposée par A.J. Edwards : raconter l’enfance d’Abraham LINCOLN par des sensations plus que par des mots et deviner comment elle a fondé l’homme et la figure politique historique qu’il est devenu. L’ombre de Malick (dont Edwards fut le monteur) plane sur ce premier long dans cette manière de donner à voir et écouter la nature, humaine comme terrestre, avec des yeux et des oreilles différents. Comme si on réapprenait à entendre un rire d’enfant, le torrent d’une rivière ou un arbre fracassé à coup de hache. Pour raconter cette jeunesse marquée par la violence, Edwards a choisi un noir et blanc rugueux et crée le contraste avec les prestations lumineuses et douces de Brit Marling et Diane Kruger dans les rôles des mère et belle-mère aimantes. Flirtant parfois avec l’exercice de style, le résultat n’en est pas moins captivant. Très belle illustration musicale. «Sous l’aile des Anges » a été diffusé au  Festival du Film de Sundance,  ainsi qu’à la Berlinale. Il a aussi été présenté en compétition au  Festival du Cinéma Américain  de Deauville.

Abraham Lincoln est un des présidents les plus célèbres de l’histoire américaine. A la tête des Etats-Unis                                     de 1861 à 1865, il fut assassiné à Washington le 14 avril 1865, quelques mois après sa réélection.  Ce 16ème président de l’histoire du pays est pleinement impliqué dans la guerre de Sécession grâce à son opposition à l’esclavage (aboli en1863). C’est d’ailleurs un Sudiste qui l’a tué.                                                                                                                                            

Indiana, 1817. Une nation américaine,  à peine âgée de 40 ans,  qui se relève difficilement de sa seconde guerre d’indépendance. Des hommes et des femmes qui, pour survivre, mènent une lutte sans merci contre la nature et les maladies.  Tel est le monde que découvre Abraham Lincoln à sa naissance en 1809. Ses parents sont fermiers. Sur une période de trois ans  le film retrace  son enfance, sa famille, les difficultés qu’il a traversées et qui l’ont construit, la tragédie qui l’a marqué à jamais et les deux femmes qui l’aideront à accomplir son destin. En effet, la curiosité d’en savoir plus sur Lincoln et la façon dont il s’est construit est nécessaire.  Le film va avoir un  rythme assez lent en première partie.   Ayant grandi dans les forêts de l’Indiana,  le cadre va donc être des plus calmes.  On va observer son comportement  jusqu’au  décès de  sa mère en 1818.   La seconde partie  va  en revanche  être plus entretenue. L’arrivée de sa belle-mère va lui permettre de s’exprimer (elle se pousse à s’instruire ; il deviendra avocat en 1836). Nous commençons  à apercevoir sa personnalité, qui fera de lui un homme majeur du 19ème siècle.  Certains passages vont porter une certaine émotion. On sent que ce jeune homme aurait mérité qu’on se penche plus longtemps sur lui afin de le voir vraiment se développer.   

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EMPLOYE /PATRON

    

Un film de    Manuel Nieto Zas

UY-AR-FR-1h46- VOST

AvecNahuel Perez Biscayart, Christian Borges, Justina Bustos

Le titre du film ne prépare pas à ce film organique qui a l’ampleur d’un western, qui sent la terre, le foin fauché, la sueur, les effluves animales mêlées au délicat parfum du luxe, l’odeur du bon et du mauvais alcool.

Au tout début de l’histoire, nos deux hommes, le patron (interprété par l’excellent Nahuel Pérez Biscayart qui ne cesse de nous époustoufler) et l’employé ( Christian Borges, impressionnant de force rentrée ), ne se connaissent pas. On connaît juste les affres du premier qui s’inquiète pour la santé de son nourrisson, pour ses terres, pour ses récoltes. Ce sont ces dernières qui vont le pousser à rechercher une nouvelle main d’œuvre. Suite à plusieurs abandons de poste sur son exploitation agricole (au prétexte d’un travail trop dur, trop mal payé ?), le voilà dans l’urgence de recruter un nouveau conducteur de tracteur. Que Carlos, âgé de seulement 18 ans, n’ait pas de permis, pas d’expérience, soit un jeune père qui va être obligé de s’éloigner de sa famille pour aller bosser ? Qui s’y intéresse ? Docilement Carlos obtempère avec une seule doléance : pouvoir disputer la course de chevaux pour laquelle il s’est entraîné, désir adolescent dans un corps d’homme bien bâti. C’est ainsi qu’il part, la main de son patron sur l’épaule, geste d’amitié ou d’appartenance. Relations ambiguës entre deux classes quotidiennement liées mais au sort opposé. L’une ayant les moyens de se sortir des mauvaises passes, l’autre ne pouvant que se contenter d’un « ce sont des choses qui arrivent » sans jamais se rebeller, espérant qu’une bonne étoile accepte de s’en mêler. Mais c’est un événement douloureux, un malheureux accident, qui va devenir le nœud de la trame à partir duquel tout va se densifier. 

  

                

 

                                                                                                                          

   

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