Archives : Archives films

12 Jours

 

A chacun de ses nouveaux films, la magie opère comme si c’était la première fois ; sans doute parce que Depardon aborde chaque nouveau sujet avec la modestie qui le caractérise et avec une curiosité, un intérêt pour les hommes et les femmes qu’il filme que rien ne semble altérer : ni le temps, ni le succès. C’est la marque des grands réalisateurs que de savoir se réinventer tout en demeurant fidèle à leur démarche et dans le cas de Depardon à un principe essentiel de bienveillance.

L’action se situe dans les couloirs d’un  hôpital psychiatrique, froids, impersonnels, anxiogènes, témoins muets des souffrances psychiques, des errances intérieures, du mal à vivre en paix, du mal à vivre ensemble. C’est ici que l’on mène souvent par force des personnes qui peuvent présenter un danger pour elles-mêmes, pour les autres ou provoquer des troubles à l’ordre public.
Depuis la loi du 27 septembre 2013, les patients hospitalisés dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant 12 jours  puis tous les 6 mois si nécessaire. Un juge doit donc évaluer avant la fin des douze jours d’hospitalisation et en étroite collaboration avec les experts médicaux si l’hospitalisation doit se poursuivre, s’arrêter ou s’adapter. C’est ce temps particulier dans le parcours judiciaire et médical des patients / justiciables que Depardon a choisi de filmer, cet instant bref et pourtant décisif où beaucoup de choses vont se jouer.

C’est une humanité cabossée, en situation d’extrême faiblesse que nous montre Depardon.

Filmant toujours au plus près des visages qui se crispent, qui se racontent malgré eux, qui souffrent et espèrent que le réalisateur nous raconte un domaine de la justice assez méconnu, qui pose mille questions sur cette mission délicate de la protection, mais aussi sur la prise en charge de ces êtres parmi les plus fragiles de la société.

Souvent  bouleversant, « 12 jours » est un film essentiel et précieux pour mieux vivre ensemble.

Critique UTOPIA

Présenté à Cannes hors compétition.

Prochain ciné débat : le lundi 11 décembre autour du film « La villa » après sa projection.

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur 12 Jours

Jeune femme

Le prochain film :                                                                         CINE CIMES                                                                              Semaine du 23 au 28 novembre 2017                                          Université Populaire Sallanches Passy

JEUNE FEMME

De Léonor Serraille – France – 1h37

Avec Laetitia Dosch, Léonie Simaga, Souleymane Seye Ndiaye, Grégoire Monsaingeon, …

Lauréat de la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2017, ce film va enfin mettre en lumière Laetitia Dosch, cette comédienne inclassable, dont la singularité et la puissance de jeu éblouissent.

Parisiens, attention, voilà Paula. Fraîchement débarquée du Mexique, où elle a vécu dix ans avec son amoureux photographe, la «Jeune Femme» — c’est le titre du film — redécouvre la capitale. Mais pas vraiment dans des conditions optimales : l’amoureux en question vient de la plaquer. Sans attache, meurtrie, larguée dans cette grande ville qu’elle ne connaît plus, Paula va entamer une longue errance avec le chat qu’elle a piqué à son ex pour seul bagage. Elle fait une crise en pleine rue et se blesse. Elle est conduite aux urgences où elle est examinée par un médecin compatissant. Peu de temps après, Paula, combative, est bien décidée à se faire une nouvelle vie. Son tempérament instable et l’indifférence des Parisiens lui rendent la tâche difficile… Mais pas question de se laisser abattre : Paula a la rage, et elle le fait savoir. Elle a tendance à s’incruster, d’abord chez sa belle-soeur, puis dans un hôtel miteux, ou chez une fille qui la prend pour une vieille amie disparue…

Un premier film,  surprenant et haletant, que Laetitia Dosch porte sur ses épaules. Il y a du Gena Rowlands en elle. Et du Patrick Dewaere. Tout ça ? Oui. C’est en tout cas l’avis de Léonor Serraille, auteur de JEUNE FEMME, qui recherchait une actrice capable de paraître forte,  battante, tout en dévoilant sa fragilité. C’est aussi son côté multiple qu’a aimé la réalisatrice  en la googlisant. Elle change de visage comme de chemise et saura donc passer par plein d’états différents, comme Paula. Au début, son hystérie insupporte et puis on comprend qu’elle est dans une situation de détresse et de précarité totale. On apprend à la connaître, on la voit se débattre avec panache. C’est rare les personnages qui surprennent à ce point. En livrant le portrait d’une jeunesse dans la précarité,  la réalisatrice est en phase avec son époque et son âge.

Depuis la présentation du film à Cannes en mai, l’heure de la reconnaissance a enfin                                                                                         sonné pour Laetitia Dosch qui, déjà en 2013,  excellait dans La Bataille de Solférino.  Son jeu est physique. Elle s’exprime avec son corps. « J’aime surtout quand le corps contredit ce que les mots racontent, précise-t-elle ». Surprendre, aller là où personne ne l’attend, voilà son moteur. On a beau la comparer aux plus grand(e)s, c’est avant tout sa singularité que cultive Laetitia. Libre, insaisissable, elle ne ressemble à personne d’autre qu’à elle-même. Et il n’y a aucune raison que cela change.                                                                                  – Critique de STUDIO CINE LIVE –

Cinédébat le lundi 11 décembre à la fin de la projection

A propos du Film « LaVilla » de Robert Guédiguian

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur Jeune femme

La villa

Dans un paysage splendide de théâtre  marin, surplombant par un viaduc ferroviaire, qui donne au récit l’aspect d’une tragédie antique, deux frères et une sœur sont réunis autour de leur père gravement malade. Au fond d’une calanque  splendide, la maison familiale et le petit  restaurant ouvrier, cuisine généreuse et pas chère, gérée par le père et l’un des frères, pourront – ils encore résister à  la spéculation immobilière ? Dans ce huis clos à ciel ouvert, vont alors s’exprimer les rancœurs et les reproches rentrés depuis des décennies mais aussi, à  l’inverse, se reconstruire des liens distendus par les années, l’Eloignement et les parcours si différents.

Dans ce film lumineux, Robert Guédiguian aborde des thèmes universels : le temps qui passe, le choix assumé pour une fin de vie, les choix de vie que l’on regrette ou pas, le respect ou le renoncement à  ses idéaux, les illusions perdues, l’importance des liens familiaux ou amicaux, la capacité à  entamer sur le tard une nouvelle vie en fonction des événements qui peuvent faire dévier des parcours tout tracés. Ici un événement va bouleverser la vie de cette fratrie : la découverte de trois jeunes migrants cachés dans la calanque.

Robert Guédiguian ne pouvait pas faire un film aujourd’hui sans parler des réfugiés. Le réalisateur confie à  ce sujet : « On vit dans un pays ou des gens se noient en mer tous les jours. Et je choisis exprès le mot « réfugiés ». Je me moque que ce soit pour des raisons climatiques, économiques, ou à  cause d’une guerre, ils viennent chercher un refuge, un foyer. Avec ces trois petits qui arrivent, peut-être la calanque va-t-elle revivre ? Angèle, Joseph et Armand vont rester là  avec ces trois enfants à  élever, et ils vont essayer de faire tenir le restaurant, la colline et leurs idées du monde… Et maintenir des liens entre quelques personnes… donc de la paix. »

 Ce film a reçu de nombreux prix : Lion d’or, Grand prix du jury et prix du scénario à  la Mostra de Venise, prix Marcello Mastroianni.

 

Texte d’après les critiques : Utopia, Télérama, Allociné

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur La villa

Carre 35

 

Carré 35

Carré  35 est une histoire insensée, renfermant des morts cachés, comme dans une série noire.  Il y ressemble, d’ailleurs. Le privé, ce pourrait être Eric Caravaca, enquêtant sur sa propre famille et sur lui-même. A quand remonte le jour ou il a appris l’ existence de sa sœur ainée, morte à 3 ans, avant la naissance de son frère et la sienne ? C’était sans doute chez ses oncles et tantes espagnols, mais il ne saurait le dire avec exactitude, on parlait d’ elle trop vaguement. Aucune photo de cette fillette n’ existe, comme si on avait voulu tout effacer. Pourquoi ? Mais Christine est enterrée au Carré 35, la partie française du cimetière de Casablanca. L’ acteur-réalisateur se met à  enquêter. Il se rend sur place, au Maroc, recherche dans les films de famille, les pièces d’état civil, pour savoir si ce qu’on lui dit est vrai. Il interroge ses proches en tête à  tête. Son frère, puis son père. Enfin, sa mère. Une femme altière, ayant gardé une part de cette beauté qui Éclate dans les images aux couleurs pastel du super-8, au temps béni des jours heureux, lors de son mariage ou sur une plage. C’est elle qu’on entend le plus. Mais elle esquive, escamote. Son fils insiste, elle contrôle. C’est elle qui le tient. On a rarement vu  à l’écran le déni aussi bien saisi, capté dans la continuité.

La vérité, Eric Caravaca la traque ailleurs, en mettant au jour d’autres fardeaux, ou la petite histoire croise la grande. Il est question de la colonisation, du Maroc, de la guerre d’Algérie : épisodes honteux, enfouis eux aussi, liés aux crimes des soldats français, que des images d’archives viennent rappeler. C’est la force de Carré 35 que de mettre en parallèle des événements très personnels et la mémoire collective. De voyager à travers le temps et les pays, pour rejoindre certains lieux magnétiques, comme cette maison dite de « l’Oasis » à  Casablanca, qui semble receler une part du secret familial.

Carré 35 est un film habité. Hanté, même. Qui ose la transgression  lorsque le cinéaste filme la dépouille de son père, mort durant le tournage. Mais ou dominent, malgré© tout, douceur, rigueur, élégance. Chaque mot est pesé, chaque note de musique (de Florent Marchet), pensée. Rien en trop. Pas de déballage de linge sale : Eric Caravaca ne règle pas ses comptes. Il ne veut pas la guerre, mais plutôt une forme de paix. De recueillement. Celui-là  même qu’il instaure en érigeant une sorte de tombeau à  sa grande petite sœur. Sans se cantonner à  l’obscurité. Au contraire, il tend vers la lumière et atteint, un jour de plein soleil ou réconciliation et réparation ne font plus qu’un.

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur Carre 35

La belle et la meute

LA BELLE ET LA MEUTE

 Mariam semble à  peine sortie de l’enfance. Elle a un visage rond, de grands yeux rieurs. Ses amis et elle choisissent soigneusement leurs tenues pour à l fête ou elles doivent retrouver des filles et des garçons de leur âge. Quelques plans plus tard, on retrouve Mariam en larmes, hagarde dans la rue, les vêtements déchirés, sans chaussures ni sac. Elle vient d’être violée, elle est désemparée. Ce brusque changement d’ambiance crée immédiatement un trouble destiné à  faire partager au spectateur le sort de cette jeune femme qui non seulement doit surmonter le traumatisme de son agression mais aussi se justifier auprès de policiers peu enclin à l’écouter quand ils ne sont pas carrément menaçants. Elle a la chance de retrouver Youssef, un garçon qu’elle a croisé à la fête et qui se propose de l’ aider  pour faire valoir ses droits

D’hôpitaux en commissariats, de mépris en intimidations, on suit sans en perdre une miette le parcours de cette jeune femme qui découvre l’envers d’une réalité   qu’elle imaginait toute autre et  ce jeune journaliste militant bien décidé à  se battre face à  un ordre social qui dénie  le respect des droits élémentaires des citoyens. L’espoir du soutien de quelques bonnes volontés, elles-mêmes révoltées par tant de violence, ne fait pas long feu. Ni le vieux policier compréhensif et paternel qui tente de se démarquer de ses collègues arrogants et brutaux, ni l’infirmière au regard compatissant, ni la femme-flic prête à  écouter les doléances de cette sœur de combat n’ont assez de pouvoir pour épauler celle qui de victime de viol se transforme peu à  peu en citoyenne agissante. Mariam « la belle » se retrouve isolée face à« la meute » et elle est contrainte de s’en sortir seule. Confrontée à des circonstances inhumaines, elle se révèle¨à  elle-même et fait dés lors basculer une impunité que tout le monde connaît et accepte. S’il reste cruel et Âpre, ce film n’en demeure pas moins un bel espoir pour la jeune république tunisienne, car il est bien évident qu’il n’aurait pu exister avant 2011. Bien qu’il ne fasse pas un portrait tendre des garants de l’ordre dans le pays, il a été soutenu par les autorités culturelles, symbole d’ un réel changement de mentalité dans un pays encore en proie à un régime autoritaire il y a peu.

 

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur La belle et la meute

L’ atelier de Laurent Cantet

L’ATELIER de Laurent Cantet  film Français 1H53/vo

Avec Marina Fois, Mathieu Lucci

En compétition au festival de Cannes 2017 dans la catégorie « un certain regard

 

 

 

La CIOTAT,été 2016, Antoine (Mathieu LUCCI débutant fulgurant)  a accepté de suivre un atelier d écriture ou quelques jeunes en réinsertion, doivent Écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue (Marina FOIS à  son meilleur). Le travail d’Écriture va faire ressurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à  Olivia que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire.

 

Laurent Cantet 56 ans, fils d’instituteur, se passionne depuis ses premiers films (« Entre les murs », palme d’™or en 2008) pour les classes sociales, dans lesquelles sont enfermées les individus : avec ce film il invente un cinéma qui échappe à tout message, à  toute thèse : il ne se laisse attraper par aucun filet idéologique ou psychologique : c’est un cinéma joyeusement politique.

 

Voilà  ce qu’il dit :

Des origines du projet : Â«  tout est parti d’un reportage en 1999 (de R. Campillo coscénariste du film) ou l’on voyait une romancière anglaise animer un atelier d’écriture à  La Ciotat encore sous le choc de la fermeture du chantier naval. Le projet a été laissé en plan, j’y suis revenu 17 ans plus tard avec l’intuition que cette histoire ouvrière était de la préhistoire pour les jeunes d’aujourd’hui : ce dont le film témoigne c’est de la mutation radicale de cette société devenue violente, déchirée par des enjeux politiques et sociaux inquiétants : terrorisme, précarité, montée de l’extrême droite. Et les jeunes de l’Atelier  nous le disent : ils cherchent leur place dans un monde qui ne les prend pas en compte, ils ont l’impression qu’ils n’ont aucune prise sur le déroulement des choses et leur propre vie ».

-Du travail avec les jeunes comédiens : « quand une première version du scénario a été achevée, nous avons fait un casting dit « sauvage» : j’ai choisi les acteurs, parmi une centaine de jeunes de la région et j’ai mené avec eux un atelier de 2 semaines à  plein temps, ils n »ont jamais appris leur rôle, ils l’ont intégré«

-De l’atelier d’écriture : Â«  ce que je voulais montrer, avec cet atelier, c’est moins un acheminement vers l’écriture qu’un effort difficile et hésitant pour penser, parler ensemble et se mettre d’accord : si on pense que les jeunes ne savent plus parler, c’est parce qu’on ne leur donne plus l’occasion de le faire : j’ai été stupéfait par la densité de nos échanges, par la façon dont ils trouvaient les mots pour défendre leurs idées ».

-Du roman au film noir : «  j’ai eu envie de donner une coloration « thriller »c’est à  la fois une façon de brouiller les pistes et de susciter des Emotions violentes : je voulais qu’on ait peur à  la fois pour lui et pour elle »

Opération réussie ; voici un film juste, inattendu, haletant : à voir

 

 

PROCHAIN CINE DEBAT autour de CE FILM le 30 octobre, à la suite de la projection de 19H30 

 

 

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur L’ atelier de Laurent Cantet

Une Famille Syrienne

 

Tourné à Beyrouth , « Une famille syrienne », entend évoquer la guerre en Syrie à travers un huis-clos où une famille cloîtrée s’attend au pire. Montrer le quotidien des civils syriens, otages du conflit, telle est l’ambition de Philippe Van Leeuw. « Je voulais mettre des images sur ces personnes qui subissent la guerre au jour le jour», explique le réalisateur de » Le jour où Dieu est parti en voyage » sur le génocide rwandais (2009). Choqué par l’immobilisme de la communauté internationale en Syrie face à Bachar Al Assad, il a choisi de se situer « en dehors des polémiques partisanes » et d’« être au cœur de l’humain ».

Beau et terrible, ce film sur une journée d’une famille syrienne enfermée dans son appartement a reçu les prix de la mise en scène et du public au festival d’Angoulême.   

         Penchons-nous un instant sur le titre. D’abord, la notion de « famille » est trompeuse puisque tous les personnages à l’abri dans cet appartement ne sont pas du même sang, certains étant des voisins et l’une d’elles étant même une domestique. De quoi interroger sur la notion d’appartenance à une famille, au-delà de la seule généalogie et de la classe sociale. Ensuite, la précision comme quoi cette prétendue famille est syrienne est le seul et unique indice (hormis la langue arabe bien sûr) qui nous permette de situer le conflit. L’abstraction géographique, autant que politique, fait de ce long-métrage une œuvre universelle, et donc bien plus puissante qu’une banale dénonciation du régime en place.

Ce faisant,  ce film se révèle éprouvant, tout particulièrement quand la violence extérieure pénètre ce fragile refuge, violence que le cinéaste filme sans complaisance. Dense, « Une famille syrienne » allie la théâtralité d’un huis clos étouffant dans la tradition de l’unité de temps, de lieu et d’action à une réalisation efficace où une caméra fluide suit tous les mouvements des protagonistes.

La violence extérieure n’est pas montrée mais n’en reste pas moins omniprésente, grâce à un formidable travail sur le son. Le bruit des hélicoptères, bombardiers et explosions ponctue ainsi la vie de la dizaine de Syriens qui se terrent dans leur abri de fortune. Chaque bruit à l’extérieur devient une source de terreur, que le rythme de la mise en scène ne fait qu’amplifier.

Pour que cette violence s’incarne, il fallait de beaux personnages, déchirés entre la nécessité de fuir et le besoin de rester. Dans son personnage fort et charismatique au cœur du récit, Hiam ­Abbass  (la mère) bouleverse, aux côtés des non moins émouvantes Juliette Navis et ­Diamand Bou Abboud. Séquestré avec la famille captive, le spectateur n’est immergé qu’une heure et demie dans ce moment de guerre. La parenthèse est pourtant plus éloquente et instructive que bien des reportages et récits dont la barbarie inlassable a fini par nous anesthésier. Ce film devrait aider à modifier le regard sur les réfugiés.

D’après les critiques de :

Julien Dugois (avoir-alire.com), Corinne Renou-Nativel ( La Croix), J.F Juliard ( le Canard Enchaîné).

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur Une Famille Syrienne

Faute d’amour

Après « Elena « puis « Leviathan « prix du scénario à Cannes 2014, le réalisateur nous revient avec « Faute d’amour », histoire de disparition soudaine dans un pays menacé par le chaos.

Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Lui est en couple avec une jeune femme enceinte ; quant à elle, elle fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser.

Ce film traite de l’enfance malheureuse avec un regard extrêmement délicat. Il nous parle aussi d’un couple, Boris et Genia, capable de se déchirer, voir même de se déchiqueter, de manière totalement égoïste sans penser un seul instant aux dégâts provoqués autour d’eux.

C’est aussi un film sur le couple en général, cette association parfois composé de deux individus incapables de réfléchir à l’avenir, car aveuglés par le bonheur présent. En effet, on ne peut s’empêcher de penser que tout va recommencer. Dans le même lieu, avec ce couple qui vient visiter l’appartement. Dans d’autres lieux, avec ces deux nouveaux couples formés par Boris et sa nouvelle compagne, par Génia et son nouveau compagnon.

Mais c’est également un film sur la Russie actuelle ; si « Leviathan » dénonçait un pays rongé par la corruption, « Faute d ‘amour » montre un pays miné par l’individualisme, la relation que Génia entretient avec son portable étant particulièrement révélatrice et un état qui n’assure pas à ses citoyens le minimum qu’ils sont en droit d’attendre. Seul éclair dans ce tableau noir, la mobilisation réelle d’une association de citoyens bénévoles palliant les carences de la police.

(critique UTOPIA)

« Faute d’amour » a obtenu le prix du jury lors du dernier festival de Cannes

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur Faute d’amour

Happy End

« Happy End » de Michael Haneke, film franco-autrichien (1h48), nominé au festival de Cannes 2017

Avec Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Isabelle Huppert, Fantine Harduin…

Dans Happy End, Haneke revisite ses grands thèmes, la violence, l’enfermement et la mort à travers une comédie noire. Un puzzle humain parfois glaçant et pourtant ludique, un jeu de piste dans la grande demeure de grands bourgeois à Calais. Isabelle Huppert joue la chef, femme de tête qui veut aller de l’avant. A quoi bon ? Tout fout le camp. Son père vient de rater sa tentative de suicide et prépare la suivante. Son fils boit et, au lieu de se préoccuper de l’entreprise familiale, la néglige. Son frère est très occupé par sa maîtresse musicienne, avec laquelle il explore des fantasmes d’avilissement, et par sa fille, une gamine quelque peu soupçonnée d’avoir tué sa mère à coups de tranquillisants…

Ces personnages sont ceux d’une farce sombre et débridée. Mais la maîtrise est partout. D’abord chez les comédiens qui évitent les écueils de la dérision. Mathieu Kassovitz qui interprète le frère, se fait le reflet d’un monde lisse, où tout n’est que neutralité apparente et mensonge. Jean-Louis Trintignant, en patriarche déterminé à mourir, dans la dignité ou dans l’indignité, embrasse un néant qu’il n’essaie pas de faire passer pour une sagesse philosophique. Même la jeune Fantine Harduin sait tenir, sans le simplifier, son personnage de petite fille qui joue avec la vie et les tranquillisants.

Haneke, lui aussi, garde la mesure. S’il réaffirme sa vision d’une société occidentale mortifère, il n’en appelle pas à la condamnation de ses bourgeois. Il en fait des aveugles, buttant sur une vie qu’ils ne savent plus voir et dont même la dureté leur échappe. C’est l’effondrement général, mais on prépare un mariage. Où des migrants qui errent dans la ville finiront par trouver une place saugrenue, invités à s’assoir à une table. Tout se mêle, le décorum d’une classe sociale qui n’est plus dans le vrai et la brutalité de la réalité. L’inconscience joyeuse et la tragédie.

Critique de Frédéric Strauss, « Télérama »

Publié dans Archives films, Uncategorized | Commentaires fermés sur Happy End

ETE 93

Le premier long-métrage de la Catalane Carla Simon peut se présenter comme la chronique estivale d’une petite fille de 6 ans dont les parents sont morts. Ce serait pourtant passer  à côté du film que de le réduire à un sujet aussi écrasant. La beauté de ce coup d’essai tient à ce que  l’on ne sait, de prime abord,  de quoi il retourne. Son véritable sujet, beaucoup plus secret, se situe dans les interstices du film, et ne se précise que dans la durée.

.Le parti pris de Carla Simon se présente avec l’ évidence et la force de sa simplicité : filmer à  hauteur d’enfant. La caméra s’arrime donc à Frida, sans nous expliquer le bouleversement que l’on perçoit autour d’elle. Les grands s’affairent, on range tout comme en vue d’un déménagement, on échange des messes basses. Voilà  Frida subitement transbahutée de la ville à  une grande maison de campagne, auprès d’une nouvelle famille, constituée de son oncle Esteve, de sa tante Marga, et de leur petite fille de 3 ans, Anna. En se rangeant du côté de l’enfant, la mise en scène adopte son point de vue parcellaire et incomplet sur les événements. Nous ne devinons que par bribes qu’elle a perdu ses parents. Les carences du récit ­renvoient Evidemment au non-dit que les adultes font peser sur l’enfant, à ce qu’ils lui taisent en pensant l’Épargner.

Le récit se cale ensuite sur l’écoulement ordinaire des vacances d’ été. Le temps passe à  jouer dehors, les baignades, les repas en famille, les fêtes de village et les bals populaires. Le film se vit à  la fois comme une célébration du moment présent et des impressions qu’il délivre ( la chaleur du soleil, les saveurs, la musique), mais aussi comme le flottement d’une douleur suspendue qui tarde à s’affirmer.

En effet, Frida ne parait pas franchement affectée par la mort de sa mère . Cette mort ne cesse de se rappeler incidemment  elle, dans la prévenance ostensible des adultes ou dans le suivi médical dont elle fait l’objet. La violence d’une telle disparition rejaillit par bouffés soudaines dans le comportement de la petite fille, plein de brusqueries et de gestes inconsidérés notamment envers Anna, sa cadette, qu’elle met en danger plus d’une fois

Le film décrit surtout l’apprivoisement mutuel entre les membres d’un foyer recomposé par la force des choses. La mise en scène prête attention aux ajustements affectifs de chacun, toujours susceptibles de se renverser. La résolution du film passe par la conquête d’un espace de confidence entre l’enfant et l’adulte, comme par la possibilité© de nommer enfin les douleurs enfouies.

A terme, Eté 93 s’avère un beau film sur les puissances du refoulement. Le travail imperceptible qui s opère dans la psychè de Frida n’est autre que le lent et tortueux cheminement d’une Emotion contenue qui finit par Eclater au grand jour.

 

Publié dans Archives films | Commentaires fermés sur ETE 93