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Le Photographe

LE PHOTOGRAPHE 
Réalisé par RITESH BATRA
INDE – 2019 – VOST
En faisant se croiser, dans la même ville, un photographe des rues nommé Rafi et une jeune étudiante de bonne famille, Miloni, le réalisateur Ritesh Batra poursuit son observation de la société indienne, où les fossés séparant les différentes classes semblent infranchissables. Au point qu’entre Rafi et la jolie Miloni, aucune relation n’est envisageable : parce qu’il a pris une photo d’elle, il la fait passer pour sa petite amie afin d’apaiser sa grand-mère, fermement décidée à le marier. La timide demoiselle se prête au jeu par gentillesse.

Si l’on voit venir le retournement de situation, ce moment où le faux couple affrontera le désir d’en devenir un vrai, le film ne cesse pourtant d’étonner. À travers des scènes qui tirent le meilleur du personnage de la grand-mère, la comédie s’installe, soutenue par tous les amis de Rafi, qui lui parlent de sa promise et de mariage au beau milieu des occupations quotidiennes, en l’apostrophant quand il passe. Voilà l’amour en Inde : une histoire que tout le monde suit et commente comme un feuilleton, une romance qui s’écrit avec la famille, les voisins, joyeusement ! Mais lorsque Rafi s’interroge sur ce qu’il éprouve pour Miloni, il parle avec un fantôme venu le visiter…

C’est alors le mystère que le réalisateur interroge : celui des sentiments, qui naissent dans le plus grand secret et poussent l’une vers l’autre deux personnes qui n’avaient aucune intention de s’attacher l’une à l’autre. La force véritable et irrépressible de l’amour, qui échappe à tous les romans-photos, à tous les clichés, est montrée avec une superbe délicatesse, observée avec une justesse qui va droit au cœur.

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Un divan à Tunis

UN DIVAN À TUNIS

Un film de  Manele Labidi

France/Tunisie – 1h28 –  VOST

Avec : Golshifteh Farahani, Majd Mastoura,..

La scène d’introduction – quiproquo autour du célèbre portrait photographique de Sigmund Freud portant la chéchia rouge, le couvre-chef traditionnel tunisien – dit bien d’emblée toute la fantaisie de ce film, et tout l’humour de sa pétillante héroïne, Selma, fraîchement débarquée de Paris pour installer son divan à Tunis ! Car n’en déplaise aux langues de vipères, aux oiseaux de mauvaise augure et autres sceptiques locaux qui jurent par le Saint Coran qu’il n’y a pas besoin de psy dans ce pays, Selma est bien décidée à installer son cabinet de thérapeute sur le toit terrasse de la maison de son oncle. Et y a fort à parier que les Tunisiennes et les Tunisiens, en pleine crise existentielle post-révolution, ont bien des choses à lui dire.

Car oui, dans cette Tunisie d’après Ben Ali, la parole, muselée pendant des années de dictature, se libère et le pays redevient bavard, dans un élan un peu chaotique où tout se bouscule : les angoisses du passé, la peur de l’avenir, les désirs et les rêves qui peuvent à nouveau se raconter.

Selma va imposer son art et ses manières, même s’il lui faudra aussi faire preuve d’ingéniosité et d’un sens aigu de la négociation quand il s’agira de montrer patte blanche aux autorités, pas vraiment ravies de voir une jeune Franco-tunisienne proposer à ses concitoyens de venir s’allonger sur son divan, rideaux fermés !

Sans jamais tomber dans une vision caricaturale de la psychanalyse, ni dans les clichés exotiques pour parler de la Tunisie, Un divan à Tunis est un délicieux cocktail d’intelligence, de drôlerie et d’émotion qui raconte, l’air de rien, l’état d’un pays entre l’élan de modernité et le poids des traditions, entre les vieux réflexes d’un temps révolu et le besoin de se construire un avenir meilleur. Un pays qui a besoin de parler, de panser ses blessures, de ne rien renier de son histoire mais d’aller de l’avant. Un pays que l’on découvre en pleine ébullition, avec une jeunesse dynamique, un peuple déboussolé qui se cherche pour le meilleur, ayant laissé le pire dans le rétroviseur. Bref, le patient idéal pour commencer une thérapie. Et si la thérapeute a les traits sublimes et le charisme de la belle Golshifteh Farahani, ça promet !

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La Fille au Bracelet

Un film De Stéphane DEMOUSTIER

France – 1h36

Avec Mélissa Guers, AnaÏs Demoustier,

Stéphane Demoustier raconte la troublante histoire de Lise Bataille, une adolescente de 18 ans accusée du meurtre de sa meilleure amie Flora, survenu 2 ans auparavant.

Construit en quasi huis-clos, ce drame judiciaire sobre et maîtrisé soulève les questions épineuses de la culpabilité et du terrible fossé entre les générations.Le film suit le procès de Lise portant un bracelet électronique; le cinéaste met en scène une haletante confrontation entre les différents personnages ,ne cesse de semer le trouble quand à l’innocence présumée de Lise.En effet à mesure que la vie intime de Lise est dévoilée, la carapace se referme et la vérité devient de plus en plus difficile à discerner.Immergé dans cette brumeuse et sinistre affaire, le spectateur se fait le témoin de l’atroce homicide qui se constitue, pièce par pièce, devant lui.L’arme du crime a disparu, les preuves manquent: l’enquête ne peut aboutir. Regard franc, posture droite, Mélissa Guers est époustouflante dans le rôle de cette adolescente mystérieuse enfermée dans une cage de verre, dont le visage impassible ne révèlera rien, et ce jusqu’au dénouement.Face à elle, Roschdy Zem et Chiara Mastroianni incarnent les parents en détresse, résignés et submergés par le doute et la suspicion.

La caméra du réalisateur s’attache à entretenir la distance entre les personnages prisonniers de leur mutisme .Il parvient à capter l’atmosphère oppressante qui se dégage du tribunal austère dans le quel s’affrontent à tour de rôle 2 femmes de caractère: l’avocate de Lise ,interprétée avec brio par Anne Mercier dont la voix envoûtante et le charisme collent parfaitement à ce personnage de doyenne aguerrie,

la jeune procureure qui n’en démord pas ,campée par une intraitable Anaïs Demoustier

Connait-on ses enfants: leur vie, leurs amitiés ,leurs codes, leur sexualité, leurs rapports aux réseaux sociaux? Doit-on les juger, où la confiance s’arrête?Et cette question qui reste entière: la fille au bracelet est-elle la meurtrière?

Stéphane Demoustier donne un film à voir ce qu’un juré est supposé savoir, nous donne à vivre un procès plus qu’il ne nous le fait voir, nous livre un film fort s’appliquant plus à poser des questions qu’à y répondre évoquant par la même l’idée d’intime conviction.

 

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Séjour dans les monts Fuchun

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

 

 GU XIAOGANG, Chine, 2h30, VOST avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Sun Zhangjian

Film-fleuve résolument ambitieux, tenant autant de la peinture chinoise traditionnelle que de la chronique familiale.

“On a vécu ici pendant trente ans et ils ont mis trois jours à le démolir”. La phrase lâchée par un couple de pêcheurs, au début du récit, résume assez bien la démarche artistique du néo-réalisateur Gu Xiaogang : confronter l’intériorité avec le collectif, l’instantané avec l’éternel, l’histoire moderne des hommes avec celle d’un pays fort de ses traditions séculaires. Le film repose ainsi sur une mise en relief constante, mettant en perspective l’évolution de l’individu avec celle de sa famille et du tissu social dans lequel il évolue. Pour ce faire, il s’inspire de la méthode traditionnelle du Shanshui, forme picturale dédiée à l’harmonie physique et spirituelle des montagnes et de l’eau (le titre, d’ailleurs, évoque une œuvre de Huang Gongwang, datant du XIVe siècle). Des œuvres qui ont la particularité d’être peintes sur plusieurs rouleaux que l’on déploie progressivement, faisant ainsi surgir la représentation du monde et donc de la vie. Une technique dont les similitudes avec le cinéma vont être parfaitement exploitées par Gu Xiaogang, le jeune cinéaste s’essayant à l’art délicat de la “caméra pinceau” et du déploiement de plans-séquence…

S’il marche clairement sur les pas de Jia Zhangke, dont les films reflètent les différentes transformations de la société chinoise (Still Life, Au-delà des Montagnes, Les Eternels), Gu Xiaogang n’hésite pas à affirmer ses propres considérations artistiques. On s’en rend compte notamment dans sa manière d’entrelacer les différentes intrigues, délaissant certaines avant d’y revenir au mouvement suivant, jouant astucieusement avec le montage parallèle et les ellipses pour donner une vraie profondeur à son histoire. La mise en scène, le travail sonore, ou encore le soin apporté à la narration, tout est là pour faire de ce “séjour” un moment inoubliable.  C’est la première partie d’une trilogie.

 Extrait de la Critique de Kalopani sur SensCritique.

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Swallow

SWALLOW

 

Carlo Mirabella-Davis–USA-1h35 avec Haley Bennett, Austin Stowell, Elisabeth Marvel. VOST

Swallow nous plonge dans le quotidien d’une jeune et belle ménagère, trophée d’un mari riche et autoritaire, et sous l’emprise d’une belle-famille horrifique. Les images sont luxuriantes, le son est un délice auditif, l’histoire est fantasque, et la performance centrale d’Haley Bennett est époustouflante. Le premier long métrage de ce réalisateur newyorkais, est un véritable exploit. À la première lecture du pitch, Swallow a tout du film d’horreur. Cependant, l’exécution et le contenu narratif bouleverse cette réalité pour le transformer en une histoire qui s’apparente davantage au drame relationnel et conjugal. Le film va plus loin – beaucoup, beaucoup plus loin – en examinant sans peur comment cette jeune femme profondément troublée peut changer sa vie. Car si Mirabella-Davis peint subtilement un portrait sensible et convaincant d’une personne vivant avec le Pica, comportement qui consiste à avaler des objets non comestibles, c’est davantage le rapport d’Hunter à sa famille et sa situation psychologique dans ce cadre de vie, qui attire toute notre attention. Si elle a vécu beaucoup de choses difficiles dans sa jeune vie (sans dévoiler plus qu’il n’en faut), cette femme s’est toujours protégée des confrontations. Elle s’est donc naturellement laissée emprisonner jusqu’à suffoquer dans cette condition de femme-objet. Alors, ce trouble qui s’immisce en elle, et qui a à voir précisément avec les objets (en même temps d’ailleurs qu’un autre corps étranger imposé se développe dans son utérus) s’apparente à la seule chose dans sa vie qu’elle semble pouvoir « contrôler ». Et ce faisant, à travers son trouble, Hunter acquière peut-être les compétences nécessaires pour s’en sortir, telle une libération cathartique que le Pica lui apporterait ; elle ne contrôle pas tout à fait sa compulsion mais, au moins, personne d’autre ne le fait non plus pour elle. Prix spécial du jury au festival de Deauville.                 Extraits de la critique de Gadreau Jean-Luc, SensCritique.

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La Sainte Famille

Quelques critiques de presse de La Sainte Famille

Closer  par La Rédaction  Drôle et assez décapant.

Bande à part  par Benoit Basirico  La jubilation que provoque ce film tient aux instants de comédie derrière lesquels se cache une grande mélancolie.

Le Figaro  par Eric Neuhoff  Une comédie originale qui ne manque pas de charme.

Marianne  par Olivier de Bruyn  Incarné par des comédiens irréprochables, La Sainte famille se distingue par sa douce extravagance et son examen subtil du vacillement existentiel.

Télérama  par Guillemette Odicino  Loin, donc, d’un énième film embourgeoisé sur les petits tracas existentiels des gens bien nés, cette comédie dramatique à particule jette une lumière singulière sur les mystères et les origines de toutes nos névroses…

Femme Actuelle  par La rédaction  Il y a de bonnes idées dans cette chronique douce-amère sur l’ironie du sort, les secrets enfouis et les surprises de la vie.

Le Dauphiné Libéré  par Jean Serroy  Une comédie qui ne manque ni de finesse d’observation ni d’ironie cruelle, même si le scénario, pour répondre au sujet développé, accumule les difficultés familiales avec une certaine complaisance.

La Voix du Nord  par Christophe Caron  Pas de crises hystériques comme chez Cédric Khan (« Fête de famille », récemment) mais une ironie désabusée qui situe le film dans un entre-deux malheureusement terne et distant, même si pas dénué d’intérêt.

Le Monde  par Mathieu Macheret  Sans grand discours généralisant ni appétence pour les crises de nerfs, son film creuse un sillon détaché, presque stoïcien, où les rouages et névroses familiales sont ressaisis dans une dialectique de l’archaïsme et de la modernité.

 

 

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La Vie Invisible de Euridice Gusmao

LA VIE INVISIBLE D’EURÍDICE GUSMÃO

 

Au Brésil des années 50, le destin de deux sœurs très unies, séparées par la vie.

 

En Espagne, les femmes ont Pedro Almodóvar, un réalisateur qui a montré, à de multiples reprises, qu’il était prêt à se servir de son art pour les représenter. Au Brésil, c’est sur le cinéaste Karim Aïnouz qu’elles peuvent compter. En débutant sa carrière par un documentaire qui évoquait la vie de sa grand-mère et de ses quatre sœurs, l’artiste brésilien a souhaité dénoncer la société misogyne dans laquelle il a grandi, lui qui est le fils d’une mère célibataire, sans cesse montrée du doigt dans le nord-est du Brésil conservateur des années 60.

Inspiré du roman éponyme de Martha Batalha paru en 2015, La Vie Invisible d’Eurídice Gusmão est ainsi une critique sociale des années 50. En suivant le parcours de deux sœurs séparées par la vie et qui vont suivre des voies différentes, le réalisateur se fait la voix des mères célibataires, mais également des femmes coincées dans un mariage, qui les prive de la liberté de s’épanouir autrement qu’en tant qu’épouses et mères.

 

L’actrice Carol Duarte, qui a fait ses armes au théâtre, livre une performance stupéfiante, dévoilant un travail très intéressant sur son corps. (…)C’est toute la force de ce film, qui dépeint l’intimité sans rien édulcorer, mais au contraire en montrant crûment la réalité, aussi bien de la vie des femmes que des couples. Rarement le cinéma aura été aussi tactile, entre la moiteur des corps, le mascara qui coule, la nudité vue d’en face… Le réalisateur pose clairement des questions que personne ne semble s’être posées sur le quotidien des femmes durant les années 50 : comment une jeune fille vivait-elle sa nuit de noces ? Pouvait-elle connaître une sexualité épanouie avant l’arrivée des méthodes contraceptives ?

 

Le fond est palpitant, grâce à un scénario passionnant, aux multiples rebondissements ; mais la forme vaut également le coup d’œil et justifie la récompense cannoise. La photographie, volontairement granuleuse, rend palpable l’humidité et l’atmosphère tropicale du Brésil. La mise en scène cherche à transposer cette histoire n’importe où, tout en révélant les magnifiques couleurs des paysages brésiliens. Et avec une bande originale qui s’appuie sur les plus grands classiques du fado, chantés par Amália Rodrigues, difficile de ne pas être totalement dépaysés.

Extraits de la critique du Club Avoir Alire

Récompensé par le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019.

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it must be heaven

De Elia Suleiman

Avec Ali Suleiman, Elia Suleiman, Holden Wong

Sorti le 04/12 2019 France Allemagne Canada

Mention spéciale du jury au Festival de Cannes 2019

Fuir des voisins intrusifs à Nazareth… pour un Occident paranoïaque. Un conte où la mécanique poétique du cinéaste palestinien fait merveille. 

Il arrive que certains films soient comme des lieux de villégiature où l’on aime séjourner, où l’on prend le temps de contempler. It Must Be Heaven en fait partie. C’est un paradoxe de s’y sentir bien, car il évoque davantage les tensions que la paix. Mais avec une élégance burlesque et poétique à même de les adoucir. Panama sur la tête, toujours bien mis, Elia Suleiman, dans son propre rôle, continue d’être ce pierrot lunaire qui regarde le monde alentour en restant muet. De sa terrasse, chez lui, à Nazareth, il suit ainsi l’étrange manège, dans son propre jardin, d’un homme qui se prétend son voisin et qui revient souvent lui voler des citrons mais aussi tailler ses arbres, agissant comme s’il était chez lui.

Le chez-soi, ce sujet qui touche à l’identité et à la reconnaissance d’un territoire, Suleiman l’a déjà exploré. Mais le cinéaste palestinien le déplace cette fois hors d’Israël. À Nazareth, entre l’omniprésence de la police et les clients patibulaires d’un restaurant, le quotidien a tendance à ressembler à un western de Sergio Leone. Elia s’envole donc ailleurs, histoire de mieux respirer. Sauf qu’à Paris il découvre une ville déserte, morte ou muséifiée, obsédée par la sécurité, où passent même des chars ! C’est l’idée forte de ce conte : le monde ressemble désormais à la Palestine, comme si le conflit s’était engouffré dans la valise de l’exilé.

Soit il est trop palestinien, soit il ne l’est « pas assez », comme lui dit le producteur de films. À qui il vient proposer son projet de scénario.  Sa mise en scène ne cesse de jouer avec la délimitation d’un cadre, avec ce qui en fait partie et ce qui en est écarté, avec l’intérieur et l’extérieur. De sa fenêtre, dans une position permanente d’observateur, le personnage est un éternel décalé, sans sol.

Vient néanmoins le moment où l’espace vide autour de lui commence à se remplir. Revenu à Nazareth, Elia Suleiman constate qu’il n’est plus tout seul. Dans le bar où il siège, face à lui, se tient maintenant une jeunesse ardente, libre, qui danse. Et qui porte avec elle la promesse d’une Palestine bien réelle. JMorice Telerama

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Debout sur la montagne

                                                              

DEBOUT SUR LA MONTAGNE

De Sébastien Betbeder-France-1h48. Avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon, Jérémie Elkaïm, Guillaume Labbé, Estéban et Laetitia Spigarelli.

Une comédie originale avec un soupçon de fantastique sur des retrouvailles d’amitiés d’enfance :

Sébastien Betbeder est le réalisateur de « l’homme de 2 automnes 3 hivers » et de « Marie et les naufragés ». Son cinéma repose sur une constance : des personnages qui donnent ton et rythme à un récit. Il tisse ainsi un lien fort avec les spectateurs.

« Debout sur la montagne » met en scène les retrouvailles de 3 amis d’enfance qui ont grandi ensemble dans un village de montagne. Puis ils se sont éloignés en partant dans des directions différentes. À l’occasion de l’enterrement du frère d’un des 3 amis, ils se retrouvent. Ils vont alors refaire plus ou moins leur ancien trio d’enfance entre mélange de souvenirs forts et de leur vie adulte, avec ses impasses. Que retrouve-t-on finalement de l’enfance et qu’apporte-t-elle encore aux adultes, malgré les aléas, les épreuves, les errements ?

Betbeder emmène assurément chacun avec maitrise dans ce questionnement délicat, avec finesse, entre rires et larmes, épicé par un soupçon de fantastique…un peu comme un conte !

Le trio d’acteurs est très attachant et il est l’essence de ce film.

« Bastien Bouillon, fait de la gêne un joli philtre d’amour.

William Lebghil confirme qu’il peut émouvoir par son seul air éberlué.

Entre eux deux s’impose Izïa Higelin, avec son corps volcanique et sa voix de roc friable.

Mais comme tous les autres personnages du film, elle trouvera une place pour ne plus avoir peur du vide. » (Extrait de la critique de Guillemette Odicino, Télérama)

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J’ai perdu mon corps

               J’AI PERDU MON CORPS 

Grand prix de la Semaine de la critique, Cannes 2019 – Grand Prix et Prix du Public, Festival du film d’animation d’Annecy 2019. Pour tous mais pas avant 12 ans.

Deux récits, deux univers vont se déployer en parallèle et nous envoûter… D’abord celui de Naoufel… Livreur de pizza effacé, comme si son existence avait perdu tout relief, toute espérance. Il n’attend plus le déclic… qui pourtant surviendra au détour d’un jour triste et pluvieux, au bas d’un immeuble parisien impersonnel, devant une porte désespérante où on se casse le nez quand on n’en a pas le code… Le jeune homme sonne, livraison en main, désolé de son retard, prêt à s’excuser platement, à se faire rabrouer, comme souvent. Du haut du trente cinquième étage, lui parvient de l’interphone la magie d’une voix inaccessible. Elle appartient à Gabrielle, c’est ce que dit le nom à côté de la sonnette. Écoutant à peine ses propos taquins, il ne perçoit que sa jeunesse, sa douceur camouflée.

La seconde histoire, sans parole, impressionnante, est celle d’un membre « fantôme », comme on qualifie cette faculté qu’ont les mutilés de continuer à ressentir des sensations pour une partie de leur corps qu’ils ont perdue. On assiste ici à une surréaliste inversion des rôles : ce n’est plus l’humain qui part en quête du membre qui lui manque, mais une main désespérée qui tente d’échapper à son sort, s’évade d’un laboratoire et part à la recherche de son propriétaire…. Cette main va devenir très rapidement un personnage véritable. Pour elle on va trembler, quand elle se retrouvera aux prises avec des prédateurs plus grands qu’elle, aux prises avec nos pires cauchemars enfantins, la peur du noir, de la solitude, de l’abandon… On espérera pour elle, avec elle on sera émus, par la mélancolie de la pluie, la nostalgie de ce qu’elle fut, la douceur d’une menotte de nourrisson à la peau fine…
Il y aurait tant à dire encore sur ce J’ai perdu mon corps d’une richesse incroyable, qui donne autant à penser qu’à ressentir. Chacun y trouvera forcément son bonheur…

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