Archives pour décembre 2022

Juste une nuit

JUSTE UNE NUIT

de Ali ASGARI,

IRAN (1h26)

Une étudiante se heurte au mur d’une société cadenassée par un patriarcat omnipotent et cruel. Tourné en 2021, ce film résonne avec l’actualité iranienne qui est arrivée à un point de rupture.

C’est le récit d’une fiction ancrée dans la réalité, celle d’une journée infernale à Téhérant pour une fille-mère : ses parents annoncent leur visite alors qu’elle leur a caché l’existence de son bébé. Elle doit alors trouver un endroit où son bébé pourra passer la nuit. Sont contactés une voisine de palier, puis un ami du quartier, puis une femme habitant plus loin dans la ville : au fil des refus, le film explore la société iranienne.

Dans un style proche du cinéma simple et percutant des frères Dardenne, le réalisateur suit son héroïne dans une quête sans issue qui la ramène continuellement à sa condition de femme condamnable, parce que mère mais pas mariée, qu’il serait dangereux d’aider. Derrière chaque personne sollicitée, un pouvoir répressif est à l’affût. Derrière chaque femme sensible à la situation de l’enfant trimbalé partout, une autorité masculine impose sa loi. Feresthteh en fait directement l’expérience dans une clinique où, après avoir eu affaire à une infirmière compréhensive, elle doit affronter le chef de service, de la pire façon…

Eclairant et courageux, le film trouve dans le récit de cette journée matière à une fable politique.

D’après Frédéric Strauss, Télérama

[Des] inventions scénaristiques subtiles, [des] petits contrepoints comiques bienvenus, et une fine analyse d’une société patriarcale liberticide qui impose sa loi aux femmes […]. Positif

Pendant que des femmes et des hommes se font massacrer par les autorités iraniennes, Ali Asgari offre un petit miracle de cinéma, empreint de combativité et de dignité.  a-Voir- aLire.com

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PACIFICTION-TOURMENT SUR LES ILES

PACIFICTION – TOURMENT SUR LES ILES.
De : Albert Serra – Espagne – 2022 – 2h45.

   Avec Benoit Magimel, Pahoa Mahagafanau, Marc Susini, Montse Triola                                                      

Après la comédie d’aventures « Jack Mimoun et les secrets de Val Verde », Benoit Magimel, sous le sunlight des tropiques, entre dans le cinéma poétique d’Albert Serra. Deux films aux antipodes. Le comédien brille aussi dans l’envoûtant et étrange « Pacifiction – Tourment sur les îles», tourné à TAHITI. L’un des plus grands films du dernier Festival de Cannes.

Les films de l’Espagnol Albert Serra s’inscrivent dans des moments d’entre-deux : qu’il s’agisse de crépuscule ou d’aurore, le temps d’apparence suspendu est compté. D’où cette sensation de flottement permanent, d’incertitude. Tenter de fixer quelque chose qui, par essence, s’apprête à disparaître, c’est refuser la mort  Pour exister, la mise en scène se cherche tout de même un point d’appui sur lequel personnifier les « tourments » du récit. Ce long métrage, présenté en compétition au Festival de Cannes, avance dans une atmosphère mouvante et étrange à la lisière des genres : thriller politique, conte fantastique, comédie dramatique, sans s’y arrêter tout à fait. A chaque fois, Magimel y est omniprésent et omniscient.  L’acteur a embarqué dans un voyage dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas fourni avec une carte routière pour se guider. Un voyage où il était l’un des seuls comédiens professionnels. S’il fallait trouver une lignée à son personnage de Pacifiction, on évoquerait les héros de Conrad, Melville ou Stevenson. Hommes échoués au milieu du tumulte, en équilibre instable sur un fil perdu. 

Voici revenu le temps des colonies. Ou à peu près. Avec un charisme impérial, Magimel, costard blanc de dandy exilé, chemise colorée, verres fumés de star inquiète, joue avec roublardise un haut-commissaire de la République basé à TAHITI. Il flatte l’autochtone d’un paternalisme anachronique. Il cherche la bonne mesure et, surtout, la bonne figure à adopter pour rassurer une population qui soupçonne une reprise possible des essais nucléaires dans la région. Tantôt hâbleur, tantôt mutique, l’homme s’adapte, divague. Minaude aussi. Magimel marche ici sur des flots d’intranquillité. L’incertitude vient du dehors. Que sait au juste notre haut-commissaire ? Sûrement pas grand-chose, mais son égo, même entamé, l’oblige à entretenir un certain mystère. Albert Serra observe cet homme et ce monde, en suspens. En fait d’observation, le cinéaste pénètre littéralement son âme et contamine les sens du spectateur. C’est de la poésie pure, du romantisme noir et baroudeur, où le grotesque qui affleure désamorce toute pesanteur. Du cinéma moderne qui déjoue les figures imposées des scénarios illustrés. Immense comme son acteur principal. L’électricité que Magimel  met dans chaque rôle porte à une certaine incandescence.

Les spectateurs vont voir le prochain Magimel comme, à l’époque, ils allaient voir un Ventura…Trente-quatre ans de métier. Variation des plaisirs. Avec lui, tout le temps, ça pose quelqu’un. On ne va pas s’étonner de le voir là, aujourd’hui, enchainer les compositions sans jamais répéter la même note : mélo, drame, burlesque, aventure, thriller… Le grand écart le maintien en équilibre.  Et voilà l’acteur habillé en monument du cinéma français avec ses multiples décorations en bandoulière (prix d’interprétation cannois, deux César, des titres de chevalier et d‘officier de l’ordre des Arts et des Lettres…).  

D’après les critiques de PREMIERE 

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STELLA EST AMOUREUSE

En 2008, Sylvie Verheyde réalisait son troisième long-métrage, Stella, beau portrait autobiographique d’une collégienne qui traîne son enfance dans le bistrot de ses parents, en banlieue parisienne. Stella a grandi, est en Terminale, on est en 1985. La jeune fille confie ses nuits aux Bains Douches, une boîte de nuit parisienne, où elle rencontre un garçon qui lui fait tourner la tête. De quoi oublier ce qu’il se passe à la maison : son père (Benjamin Biolay) parti avec une jeunette, le désespoir nicotiné de la mère (Marina Foïs), obligée de revendre le bistrot et, bientôt, la différence de classe qui creuse l’incompréhension entre copines.

 Avec beaucoup d’intelligence, la cinéaste évite tous les poncifs du film sur la fête (addiction à l’alcool et aux drogues) pour ne garder que la vitalité du sentiment de son héroïne et l’irrésistible ivresse que procure la vie nocturne. Et si le film parle d’amour, c’est pour mieux raconter l’émancipation de Stella qui, bien qu’amoureuse, n’en perd pas totalement sa lucidité ni son indépendance.

De cette trajectoire surgit une ambition pas si commune au cinéma, et encore moins lorsqu’il est raconté du point de vue d’une femme : montrer le désir comme une force libératrice et non comme une cage autodestructrice vivant aux dépens du regard masculin.

Magnifiquement interprétée par Flavie Delangle, gamine le jour et femme fatale la nuit, Stella a le redoutable âge des possibles, celui des choix et des désirs multiples, des découvertes et des déceptions, celui des premières fois, surtout… 

Le film sera cette attente, cette patience de vivre, à l’école, chez elle, par contraste avec l’intensité répétitive des nuits en boîte, au contact des mondes étanches qu’elle seule traverse, transfuge social, avec sa quête égarée de jeune fille : se sentir vivante, en se sentant amoureuse, accéder à l’anonymat d’une danse où tout devient possible.

Stella n’a pas accès à la parole, «donnée culturelle». Ce qu’elle ignore, elle préfère le taire. Cela explique et justifie l’emploi de sa voix intérieure, cette parole off qui est aussi celle de l’écriture, du récit de soi, qui lui ouvre la voie à l’expression de ce qu’elle ne dit pas, ne sait dire, en se laissant porter.

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Hirokazu Kore-eda

Hirokazu-Kore-eda
Réalisateur japonais né le 06 juin1962 à Tokyo

Japon

Réalisateur, scénariste

1995 : Maborosi, 1998 : After Life, 2001 : Distance, 2004 : Nobody Knows, 2006 : Hana, 2008 : Still Walking, 2009 : Air Doll, 2011 : I wish, 2013 : Tel père, tel fils, 2015: Notre Petite Soeur, 2017: Après la Tempête, 2018: Une Affaire de Famille (Palme d’Or), 2022: Les Bonnes Etoiles.

Rencontre avec Hirokazu Kore-eda

Hirokazu Kore-eda se penche sur la question complexe de l’abandon avec Les Bonnes étoiles et remet à nouveau la définition de famille en question. Pour la sortie du film, le cinéaste japonais évoque la naissance de ses personnages bouleversants, l’envie de tourner en Corée du Sud et la manière dont le road movie s’est imposé naturellement.

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Iciar Bollain (Les Repentis)

Porter sur grand écran l’histoire vraie de Maixabel Lasa, dont le mari a été assassiné dans les années 2000 par l’ETA, n’était pas chose aisée…  La réalisatrice madrilène évoque la genèse ainsi que le tournage de « Les Repentis », ce bouleversant long-métrage qui a récemment remporté trois Goya et s’est vu plébiscité tant par le public que par la critique.

Comment est née l’idée de réaliser Les Repentis ?

Ce sont les producteurs du film qui m’ont proposé de raconter l’histoire de Maixabel Lasa. Dix ans plus tôt, j’avais lu dans le journal El País des interviews de victimes qui avaient participé aux rencontres avec les terroristes. Maixabel en faisait partie. À l’époque, ça m’a beaucoup touchée. J’ai trouvé sa démarche ainsi que celle des autres victimes bouleversantes.

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