
Film de Ilker Çatak – Allemagne – 2h08 – Vost
Avec Özgü Namal, Tansu Biçer, Leyla Smyrna Cabas…
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Né à Berlin en 1984 dans une famille d’immigrés turcs, Ilker Çatak a passé son adolescence à Istambul avant de retourner vivre en Allemagne à l’âge adulte. Ses quatre premiers longs métrages sont marqués par sa double culture, et si le cinéaste a su ausculter avec brio les maux de la société allemande (sa meilleure réalisation à ce jour: La Salle des profs), il ne reste pas insensible à la situation politique du pays d’origine de ses parents.
Yellow Letters, Ours d’Or à Berlin, fait ainsi référence à la fameuse « lettre jaune » de révocation reçue, en Turquie, par des milliers de fonctionnaires qui avaient osé critiquer l’autoritaire président Recep Tayyip Erdogan. La sanction frappe Aziz, dramaturge et professeur à l’université d’Ankara, et son épouse Derya, la comédienne vedette du théâtre national. Le couple, privé de revenus du jour au lendemain, est contraint de partir à Istambul avec sa fille adolescente pour trouver refuge chez la mère de l’enseignant. Alors que leur précarité s’accroît Aziz et Derya se retrouvent face à un dilemme : rester fidèles à leurs idées ou rentrer dans le rang pour retrouver une vie normale.
Ilker Çatak n’a pas tourné son histoire sur les lieux mêmes de l’action, mais à Berlin et Hambourg. Un choix au vu et au su des spectateurs, puisque les deux villes sont créditées au générique « dans les rôles » respectifs d’Ankara et d’Istambul ! Passé les surprises de reconnaître l’emblématique Unter den Linden sous les traits d’une pseudo-avenue de la capitale turque, ou de découvrir l’estuaire de l’Elbe métamorphosé en Bosphore, ce tour de passe-passe géographique se révèle une belle trouvaille. Il donne une dimension universelle au sort tragique d’Aziz et Derya, dont la déchéance sociale est partagée par nombre de citoyens attachés aux libertés publiques dans tous les régimes despotiques, ou en voie de l’être, du monde entier – Etats-Unis de Donald Trump inclus.
Pour le reste, Yellow Letters déroule son scénario programmatique avec une efficacité indéniable, mais sur des rails trop banalisés et étirés – on est loin de la tension permanente que parvenait à créer la mise en scène à suspense dans La Salle des profs. Mais Ilker Çatak sait toujours tirer le meilleur de son casting. Özgu Namal (Derya) et Tansu Biçer (Aziz), deux figures majeures du théâtre turc, sont formidables, tout comme leur fille de cinéma, Leyla Smyrna Cabas, une jeune pousse prometteuse aux faux airs de Natalie Portman.
