SILENT FRIEND

Du 30 Avril au 5 Mai 26

Film allemand, hongrois, français et chinois de Ildiko Enyedi.
Avec Tony Leung Chiu-Wai, Léa Seydoux, Luna Wedler (2 h 27).

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Tony Leung Chiu-Wai et Léa Seydoux éclipsés par un ginkgo biloba. ! Un arbre vieux de près de deux cent ans situés dans le jardin botanique de l’université de Marbourg, au centre de l’Allemagne, vole la vedette au casting pourtant impeccable de Silent Friend.
La caméra cadre l’imposante base de son collet, les rondeurs texturées de son fût, s’attarde dans ses branchages tortueux, fouillis, touffus. On le découvre de jour comme de nuit à différentes saisons, recouvert d’un fin voile de neige, son écorce simplement à nu, son feuillage d’un jaune lumineux ou d’un vert pimpant. Les personnages l’observent attentivement, s’y reposent, tentent de sonder ses mystères. Lui, les regarde, en retour, en contre-plongée, impassible. Tel un ami silencieux.
Ce ginkgo biloba traverse les trois temporalités enchevêtrées qui forment la trame du film.
-Le film s’ouvre peu avant la pandémie du Covid-19, en 2020, quand le chercheur en neurosciences Tony Wong (Tony Leung Chiu-Wai) vient donner des cours à l’université de Marbourg. Mais très vite le voilà confiné avec un gardien dans l’établissement. La poursuite de ses travaux le mène à échanger à distance avec la botaniste Alice Sauvage (Léa Seydoux) afin d’étudier les végétaux à l’aide de capteurs ultramodernes.

On suit, ensuite, les aventures de Hannes (Enzo Brumm), un étudiant à Marbourg venu de la campagne qui sympathise avec Gundula (Marlene Burow), une jeune femme à l’esprit libre. Depuis sa maison, celle-ci mène des recherches pour capter les réactions d’un géranium à son environnement à l’aide des électrodes d’un détecteur de mensonges.
-Enfin, dans un beau noir et blanc filmé en 35 mm, Grete (Luna Wedler), en 1908, est la première femme à intégrer le département des sciences de l’université. Là, cette apprentie botaniste se retrouve confrontée au machisme cruel d’un milieu et d’une époque trouvant quelque réconfort dans la fréquentation du parc de la faculté.
Chacune des trois histoires est ancrée dans les problématiques de son époque. Au début du XXe siècle, on accompagne l’émergence de la photographie et des droits des femmes. Les années 1970 font écho à la contestation de la jeunesse et à l’essor des amours libres. Notre époque est marquée par le multiculturalisme, les échanges à grandes échelles, la pandémie.
Si le film enregistre un monde mouvant, traversé par de grandes mutations sociales et technologiques, l’humain, lui, est habité de bout en bout par la même curiosité, la même ingéniosité, le même poids de l’isolement. Ne collant pas au standard d’une narration classique, le film semble sans cesse inventer son propre langage, passant d’une époque à une autre, de l’humain au végétal, pris dans différents jeux d’échelle. Le travail sur le son, l’approche presque musicale d’une construction qui cherche à s’émanciper du seul langage verbal participent de cette quête. Le film est d’une grande sensualité et beauté dans sa représentation du vivant, par le recours notamment à l’imagerie scientifique.

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