
De Berangere MacNeese
France Belgique /2025 / durée 1H34
Les Filles du Ciel » s’ouvre en caméra portée, imprimant d’emblée un sentiment d’urgence autour du personnage d’Héloïse, jeune fille qui n’a pas encore 16 ans et se retrouve à squatter avec trois jeunes femmes plus âgées, dont l’une a un bébé. Une situation que les scènes suivantes vont éclairer, entre fugue d’un foyer, liaison cachée avec un éducateur, et potentielle grossesse. Rapidement le scénario permet de se prendre d’affection pour cette petite bande, sorte de sororité installée dans un appartement (le fameux « ciel » du titre est le surnom de celui-ci, gravé dans l’ascenseur à côté du bouton du 8ème étage…) où les règles sont simples : ne pas ramener de problèmes, partager l’argent, ne jamais mentir. On se doute bien entendu que toutes seront transgressées avant la fin du film, permettant à chacune et avant tout à Héloïse, de (re)trouver sa place.
Le casting féminin constitue l’un des points d’ancrage les plus solides du film. Héloïse Volle, compose ici une protagoniste discrète, presque effacée, dont la retenue dit autant que les éclats. Son jeu intérieur, fait de silences, d’émotions rentrées et d’observations, capte avec une justesse troublante la vulnérabilité d’une adolescente contrainte de grandir trop vite. Face à elle, Shirel Nataf — remarquée dans Ma frère de Lisa Akoka et Romane Guéret — confirme une présence magnétique, incarnant Mallorie, jeune femme contrainte de renoncer à ses propres aspirations pour maintenir un équilibre collectif précaire et subvenir aux besoins de son bébé, qu’elle a eu très jeune. Yowa-Angélys Tshikaya et Mona Berard complètent ce chœur féminin avec une justesse discrète. Ensemble, elles dessinent une cartographie des rôles imposés aux femmes : soigner, protéger, se taire et encaisser.
La mise en scène, volontairement rugueuse, épouse cette logique d’usure. Corps fatigués, nuits sans repos, espaces clos… La caméra épouse la vulnérabilité sans jamais la fétichiser.
Ce parti pris de retenue, cohérent avec une écriture de l’implicite, crée une tension féconde mais aussi une frustration. En retardant trop longtemps le regard vers les structures de domination — patriarcales, sociales, institutionnelles — Les filles du ciel se concentre davantage sur les conséquences que sur les mécanismes. Cependant, il en reste un film habité par une colère sourde, attentif aux liens entre femmes comme ultime rempart face à la violence ordinaire, porté par quatre actrices remarquables dont Héloïse Volle, au centre d’un récit qui fait d’elle le cœur discret mais essentiel de cette communauté en péril.
D’après les critiques du Bleu du Miroir et de Abus de Ciné
