SAUVONS LES MEUBLES

Du 28 mai au 2 Juin 26

Ecrit et réalisé par Catherine Cosme
Belgique, Suisse, France 2025/ 1H26
Avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez…

Dans Sauvons les meubles, titre à prendre littéralement…, Catherine Cosme réussit à faire de son histoire personnelle un destin universel….
Lucile, photographe parisienne reconnue et branchée, hypersollicitée et suractive, mène une vie intense qui laisse peu de place à l’amitié, l’amour, la famille. Mais la famille va la rattraper. Son frère Paul l’alerte sur l’état de santé de sa mère. La voilà qui débarque illico dans le petit village gardois de carte postale où vivent ses parents (papa est poète dilettante, maman boutiquière de vêtements). Ils mènent une existence aussi placide que possible mais à la lisière de la marginalité, dans une maison de guingois, envahie par un bric-à-brac aussi sympathique qu’inquiétant. Dans le décor retrouvé, immuable, de leur enfance, Lucile et Paul vont de surprise en surprise. D’abord en découvrant que leur mère, aux abois financièrement, a usurpé l’identité de sa fille pour enchainer les crédits à la consommation, mais aussi et surtout, que, derrière une vilaine toux, elle dissimule l’épilogue d’une « longue maladie » qui ne lui laisse que quelques semaines à vivre…
On bascule alors dans la quête du temps perdu à jamais et impossible à rattraper entre une mère et sa fille pas forcément en bons termes. Guilaine Londez et Vimala Pons sont formidables dans la dynamique d’une mère et de sa fille , tentant de se réconcilier in extremis, en dépit de toues les frustrations et les mensonges du passé qui risquent de les séparer définitivement…
La maison de famille où tout se joue semble porter elle-même ce douloureux fardeau, la marque irréversible de ce passé irrésolu. Rustique, encombrée, un peu figée, elle accueille les deux enfants avec le parfum familier et rassurant du foyer, mais dissimule, derrière les meubles bancals et les parois trop fines, le poids lointain des souvenirs que l’on a soudainement cessé de trier. Chaque pièce semble retenir un éclat de vie heureuse resté en suspens : la réalisatrice filme ces murs avec une précieuse tendresse, scrutant là les traces inattendues de ce que l’on a laissé en plan, les démarches que l’on n’a pas su accomplir à temps, les explications remises au lendemain jusqu’à ne plus savoir comment les aborder. Personnage à part entière, le décor devient ainsi le miroir de la fracture affective, sans jamais étouffer ceux qui la traversent.

Une œuvre intime qui mêle avec finesse comédie grinçante et tragédie familiale, dépassant la simple chronique pour devenir une réflexion subtile sur l’incommunicabilité, la mémoire et la possibilité de réconciliation.
D’après Utopie et Les Oeillades 2025 (Festival d’Albi).

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