the world of love

Voici Joo-in, lycéenne bondissante, facétieuse, pleine de vie. Elle pratique le taekwondo, parle fort de règles douloureuses avec ses copines à la cantine. Ensemble, elles se filment au téléphone portable, exécutant des chorégraphies délirantes et osées. Comme toute adolescente, la jeune fille, encore lestée d’enfance (joues rondes, malice, agitation), est en pleine explosion hormonale. Elle peut poursuivre un camarade sur le terrain de volley, en embrasser goulûment un autre dans les couloirs avant la reprise des cours, tout en se délectant des dessins olé olé esquissés par sa meilleure amie. Mais à l’ombre des jeunes filles en fleurs sommeille parfois un lourd passé. Une pétition circule dans le lycée où Joo-in est scolarisée contre le retour d’un prédateur sexuel dans le quartier, tout juste libéré de prison après avoir purgé sa peine. Huit ans auparavant, il avait agressé une fillette de retour de l’école. La lycéenne refuse catégoriquement de signer. La tension monte alors…

Les violences sexuelles sont, au cinéma, rarement abordées dans le temps de l’après. Que deviennent les victimes, des années après les agressions subies ? Surtout, comment vont-elles ? Ces questions sont au cœur du film, nourrissant un récit particulièrement sensible. La jeune héroïne, que l’on devine concernée, alterne ainsi entre le mantra quasi dictatorial qu’elle s’est imposé à elle-même — « Je vais bien » —, et les séquelles réelles qui l’assaillent parfois.

Comme elle, le film oscille entre deux forces antagonistes. D’un côté, l’insouciance de la jeunesse portée par une mise en scène gracieuse et lumineuse, de l’autre, la gravité du secret et de la solitude. 

La force et l’intelligence de The World of Love se trouvent dans ce parti pris de ne jamais choisir entre le traumatisme total et la guérison absolue : le souvenir des violences subies surgit parfois dans le quotidien de Joo-in tel un ressac, se manifestant malgré elle. Comme son agressivité soudaine dans un dojo, ou ses réactions hostiles lorsque son petit copain tente des caresses un peu plus poussées. Même dans la noirceur pourtant, l’espoir domine grâce à différents personnages secondaires. Le petit frère, adorable magicien en herbe, protège sa sœur de la plus bouleversante des façons. Et l’entraîneur de taekwondo, bienveillant et protecteur, devine les drames passés, sans jamais forcer Joo-in aux confidences.

La cinéaste n’omet pas d’aborder la délicate question de la société et de la justice face à la parole des victimes, souvent mise en doute, parfois très violemment… (Télérama)

 «Subtil, intelligent, bouleversant, ce long-métrage délicat continue de hanter longtemps après la projection. » Le figaro

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