Women and Child

De Saeed Roustaeee 2025 2h 1& VOSTF

Avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi…

Drame

Certains le disent moins puissant que La Loi de Téhéran ou Leila et ses frères. Peut-être, mais Woman and Child reste une véritable claque. Un film qui serre la gorge et ne la relâche plus. Présenté à Cannes, il aurait largement mérité un prix du scénario tant le récit est haletant. Chaque scène semble enclencher la suivante avec une précision implacable. On entre dans une mécanique sociale et familiale dont il devient impossible de s’extraire. Le film avance comme un engrenage qui broie lentement. Roustaee n’a pas son pareil pour ausculter le patriarcat et les rapports de force qui structurent la société iranienne. Son regard, toujours aussi frontal, ne se contente pas de dénoncer le régime : il Woman and Childen montre les effets concrets, intimes, dans la vie quotidienne. Et ce qui frappe ici, c’est la manière dont certaines femmes participent elles aussi à cette mécanique d’oppression, volontairement ou par nécessité. Le constat n’en est que plus glaçant.
Au centre, un portrait de femme d’une force rare. L’actrice principale, en état de grâce, porte le film avec une intensité bouleversante. Sa colère, sa fatigue et sa dignité crèvent l’écran. La mise en scène est d’une précision chirurgicale et est impressionnante de maîtrise et d’intensité, notamment lors de la scène qui constitue le climax du film (même si elle intervient assez tôt), un modèle de réalisation qui hante longtemps. Roustaee, fidèle à son esthétique, enferme ses personnages dans des cadres oppressants – travellings en intérieur, jeux de barreaux, reflets, frontières physiques – soulignant la solitude grandissante de Mahnaz, progressivement dépossédée de tout : ses biens, ses souvenirs, et jusqu’à son droit à être mère Une réussite esthétique bourrée d’idées et de signifiance, et d’autant plus impressionnante au sein de décors pas franchement séduisants à première vue (bureaux, usines, hôpitaux, etc.). Mention spéciale à ces plans larges débordant de figurants, véritable signature du cinéaste .
L’on pourra reprocher au film une certaine surenchère dramatique, une tentation d’aller de manière. trop prononcée vers le mélo. Mais cette intensité fait aussi sa puissance et rappelle les meilleures heures du cinéma d’un autre cinéaste iranien, Asghar Farhadi (Une Séparation ou Le Client), et cette même sensation d’être pris aux tripes, enfermé avec les personnages dans un engrenage que l’on ne parvient plus à arrêter. L’on ressort éprouvé, mais surtout admiratif. Woman and Child confirme, s’il le fallait encore, la vitalité et la force du cinéma iranien contemporain : un cinéma courageux, politique et particulièrement intense.

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