Les échos du passé

Du 12 au 17 Fevrier

LES ECHOS DU PASSE
Tout ou presque se passe dans un décor unique, une ferme, où d’ailleurs Macha Schilinski a écrit avec sa coscénariste tout le film avant même d’y tourner, contrainte par le temps, un budget serré, et des conditions météorologiques catastrophiques. On y suit quatre filles qui ont vécu là à quatre époques différentes. La première a sept ou huit ans, et vit avec une nombreuse famille, parmi lesquels un grand frère, que ses parents, de peur qu’il ne parte faire la Grande Guerre, poussent du haut d’une grange lui ôtant ainsi l’usage d’une de ses jambes. Cet homme qui a vieilli fascine la deuxième héroïne de l’histoire, sans doute la fille de la première, qui ne cesse d’observer son oncle, dans un mélange d’effroi et de curiosité sexuelle. La troisième, adolescente, vit là avec ses parents alors que l’Allemagne des années soixante est désormais divisée en deux, et se débat avec l’inceste que lui fait subir son oncle. La dernière enfin, une jeune fille de notre temps, vient d’emménager pour l’été avec ses parents qui retapent tout le bâtiment, et l’emmènent parfois se baigner dans la rivière attenante.
Ces temporalités ne sont pas successives, elles alternent, de même que les personnages ne sont pas fixés dans une généalogie : le système est beaucoup plus compliqué que la simple transmission d’un trauma originel, qui serait par exemple l’amputation du frère, ou ensuite le désir interdit, ou encore l’inceste.
Le film n’est pas didactique, parce qu’il multiplie les images primitives et les saisissements des unes et des autres, des images souvent violentes, mais dont la violence n’est pas la même, et qui restent très fort imprimées sur la rétine du spectateur : une goutte de sueur qui coule le long d’un torse jusque dans le nombril d’un homme endormi, un bâton d’esquimau tombé sur la paille d’une grange, la traversée précipitée d’une rivière en robes longues, et surtout une scène saisissante : une famille qui pose dans son salon toute de noir vêture avec, assise sur le divan au milieu le corps figé et apprêté pour l’occasion d’une morte, selon un rituel funéraire qui glace absolument le sang..

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