
De Manuela Martelli- film chilien, américain et mexicain et espagnol 2026-1h46-Vost
Déjà passée par le Festival de Cannes pour son premier long métrage, « Chili 1976 », Manuela Martelli revient sur la Croisette avec un drame élégant, nappé dans un doux manteau enneigé où les secrets remontent parfois à la surface lorsque les températures réchauffent les paysages. La cinéaste a, cette fois, décidé de déplacer son intrigue en 1992, la dictature chilienne se conjugue désormais au passé.
Dans le sud du pays, un hôtel familial semble incarner le symbole de cette ère démocratique, où l’on accueille dorénavant les touristes en vacances et les sportifs émérites cherchant à se confronter à la poudreuse locale. Parmi les employés et les convives, Inès déambule dans les couloirs, aide à la réception écoute les histoires de ses grands-parents qui tiennent l’établissement. Pourtant, elle n’a pas l’air heureuse : l’omniprésence des autres ne compense pas le manque de ses parents, toujours en déplacement. Alors lorsqu’elle se lie d’amitié avec une skieuse allemande tout juste sortie de l’adolescence, elle y voit la sœur qu’elle n’a jamais eu, une amie avec qui s’amuser. La subite disparation de celle-ci sera brutale. Et peu importe ce que disent les autorités, la gamine compte bien la retrouver.
Troublant drame à la lisière du thriller, « Dégel » est une œuvre qui subjugue par sa délicatesse et son aisance à capturer l’insaisissable. À hauteur d’enfant, on découvre les mensonges des adultes, les maux toujours pas guéris, les fantômes de la dictature qui hantent les protagonistes. L’enjeu n’est pas tant de résoudre l’enquête qui anime les personnages, mais il se trouve dans l’esquisse bouleversante d’une personnalité juvénile à qui l’on a trop souvent demandé de se débrouiller seule. Elle a l’insouciance de ses années, pas la naïveté, et son portrait en devient plus touchant. Le film s’affirme comme une grande chronique sur l’incapacité à se résoudre à l’évidence lorsque celle-ci est tragique, sur les compromis auxquels nous sommes prêts pour fermer les yeux lorsque cela est plus simple. C’est beau, c’est déchirant, c’est un grand moment de cinéma
D’après la critique d’Abus de Ciné
