Sacha Wolf

sacha-wNé le 6 juin 1981 à Strasbourg

France

Réalisateur, scénariste

Le Retour, Mercenaire

Avec son sujet aussi original qu’ambitieux (le parcours d’un jeune Wallisien qui se retrouve en métropole dans une petite équipe de rugby), Sacha Wolff signe un vrai premier film, presque trop plein d’idées et de thèmes, mais surtout plein d’une belle ambition visuelle et d’un véritable amour pour ses personnages hors norme.

D’où vous est venu le sujet du film ?

Au départ, il y avait l’envie de faire un film autour du rugby, car je trouvais que c’était un sport qui n’était pas assez exploité à l’écran et qui avait un potentiel cinématographique énorme. J’ai toujours aimé les films de boxe, les films avec des enjeux physiques assez forts. Et dans le rugby il y avait en plus une dimension collective, sociale, qui m’intéressait. L’idée était assez floue au départ, jusqu’au jour où je suis tombé sur un article qui parlait du quotidien des joueurs étrangers dans les petits clubs amateurs de fédérale 3, de cinquième division, quoi. Ces gens se retrouvaient à Lons-le-Saunier, au fin fond du Jura, alors qu’ils venaient d’Afrique du Sud, des Samoa… Ils étaient payés une misère, logés dans des mobil-homes. J’ai voulu creuser ce sujet. Je suis allé dans des clubs et à Lyon, j’ai rencontré Pakhi, (Laurent Pakihivatau, qui incarne Abraham dans le film), et qui est wallisien. J’ai tout de suite retrouvé en lui des problématiques sur lesquelles je travaillais. Nous sommes partis ensemble en Nouvelle-Calédonie. Il m’a d’ailleurs beaucoup accompagné tout au long de la préparation du film. Le film s’est construit là-bas, petit à petit, tandis que je découvrais le monde wallisien.

Avez-vous tout de suite envisagé une mise en scène très près des corps, sensuelle, charnelle ?

C’est quelque chose qui est venu assez tôt, en effet : j’avais envie de filmer des corps qui sortent des normes et de pouvoir rendre charnels ces garçons qui font 130 kilos. Et ça a traversé toute la mise en scène, que ce soit au tournage ou au montage, au mixage…

Avez-vous orienté Pakhi vers quelque chose de doux, d’enfantin ?

L’idée était qu’il se transforme au fur et à mesure du film et qu’il ait ce côté très enfantin au départ, assez soumis à l’autorité de son père. C’est un peu un gamin avec un corps disproportionné. Ce qui a été incroyable, ça a été sa façon formidable de se transformer pendant le tournage, alors qu’on a filmé dans le désordre. Pour l’aider dans ce travail, on avait envisagé les séances violentes du film comme des jalons. Une fois qu’on avait tourné la scène de haka, il y avait un avant et un après.

Et si on vous dit que votre film ressemble un peu à un western ?

Oui, un peu, car la première fois que je suis allé à Wallis, j’avais l’impression d’être dans un film japonais. J’ai toujours adoré ce cinéma-là, qui a des similitudes avec le western. Des choses sont passées de l’un à l’autre genre. Donc tout cela était présent, mais en même temps, j’avais envie d’explorer un terrain qui n’existe pas vraiment, qui serait un film de genre océanien. Pour cela, il ne fallait pas hésiter à aller assez loin en termes de lyrisme, de violence, pour casser ce côté social, d’aller vers quelque chose de plus mythique.

Comment avez-vous trouvé le dosage entre une fascination pour la violence et le parcours moral de votre personnage ?

Je pense que c’est quelque chose qui était inconscient au départ. Et je me suis aperçu petit à petit que, dans mon parcours de cinéma, les films qui ont compté pour moi étaient souvent des films violents. Par ailleurs, la violence dans mon film ne passe pas forcément par un effet spécial, elle peut être juste exprimée par le visage des comédiens. J’avais envie d’aller dans des zones d’aspérité, vers quelque chose d’un peu rugueux. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai mis un certain temps pour écrire le film. J’avais l’impression qu’il fallait que je trouve cette noirceur en moi pour mettre le film en scène. Il fallait que je m’y confronte. Je n’avais pas envie de faire de Nouméa un endroit de carte postale. Je risquais le cliché du métropolitain qui va tourner sous les cocotiers. C’est la même chose avec le rugby. C’est un sport qu’on idéalise en permanence : on parle énormément des héros et très peu des traîtres. Pour un type qui réussit, il y en a 150 qui restent sur le carreau. L’apologie du sport, ça ne m’intéresse pas vraiment. Après, j’ai essayé de faire contraster ça avec des moments de comédie. Chez Kurosawa, les moments tragiques alternent avec les moments de bouffonnerie, par exemple. Je voulais aller vers ça.

Était-ce un film facile à financer ?

On a fait le film avec un budget assez limité. Mais on a fait le film que je voulais faire. Je savais que je ne pouvais pas le financer sur son casting, quand bien même les acteurs sont incroyables. Mais ils ne sont pas connus, tout comme moi. La seule solution, c’était d’avoir un bon scénario. Je ne sais pas s’il est bon ou pas, d’ailleurs, mais je savais que je devais être capable de le défendre par tous les bouts.

Le format Scope s’est-il imposé tout de suite ?

En fait, c’est venu pendant la préparation avec le chef-opérateur. Le Scope est venu de l’idée qu’il fallait placer leurs corps dans un cadre. Ils sont au moins aussi larges que grands et le Scope était une façon idéale de cadrer. Et puis, c’est un format qui m’a toujours fasciné en tant que spectateur. C’était aussi une façon de mettre du mythe, de la beauté, de la fierté dans cette histoire : mes comédiens m’ont tellement donné. Il ne fallait pas que je sois timoré dans ma façon de raconter cette histoire.
François-Xavier Taboni
Journaliste

 

 

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