Le Gateau du président

Du 5 au 10 Février

L’Irak de 1990, avec son culte insensé et obligatoire à Sadam Hussein, a tout d’un pays qui pourrait se nommer l’Absurdistan. Pour son premier long métrage, Hasan Hadi a choisi pour personnage principal une petite écolière, accompagnée de son coq apprivoisé, en quête d’ingrédients pour confectionner un gâteau à l’occasion de l’anniversaire du dictateur. Une chronique à hauteur d’enfant qui va du delta du Tigre et de l’Euphrate à la grande ville de Bassora et qui permet de dresser un portrait à la fois effrayant et pittoresque d’un régime en sursis, où les fastes qui entourent le chef de l’’État contrastent avec le manque des biens élémentaires de sa population. Le film s’inscrit dans les pas de Kiarostami et un peu du néo-réalisme italien pour ce conte illuminé par le beau visage d’une fillette qui a appris à se battre et à éviter les dangers qui l’entourent. Mais Le Gâteau du Président montre aussi un sens de l’image évident dans sa réalisation et une certaine maîtrise pour ne pas tomber dans l’émotion facile, la caricature ou la naïveté. S’il y règne une paradoxale douceur, due à sa protagoniste principale et à l’élégance du trait dans la mise en scène, les scènes les plus marquantes sont celles de l’embrigadement forcené des foules et, notamment, des enfants. La mise en scène de Hasan Hadi immerge le spectateur dans l’Irak des années 90 sans jamais céder au spectaculaire. Tourné sur place avec des acteurs non professionnels, le film adopte une approche quasi documentaire qui renforce puissamment son réalisme. Certains plans, d’une grande sobriété, s’impriment durablement en mémoire. Le récit est d’une authenticité rare, d’autant plus forte que le point de vue adopté est celui d’une enfant. À hauteur de Lamia, Le Gâteau du Président prend les allures d’une fable politique, où l’absurde devient un outil de dénonciation redoutablement efficace. La dictature n’est jamais montrée frontalement : elle se fait sentir par une pression diffuse, omniprésente, presque invisible. Le spectateur, comme la fillette, ne comprend pas toujours les règles, mais en ressent pleinement les effets. Ce regard enfantin constitue la grande force du film, rendant l’oppression d’autant plus troublante qu’elle est vécue comme normale. Sans juger ses personnages, Hasan Hadi dépeint une société coincée dans l’entre-deux : ni héroïque, ni totalement soumise. Les adultes contournent, aident, se taisent. Cette absence de résistance spectaculaire rend le portrait d’autant plus crédible et dérangeant. Pour un premier film, Hasan Hadi n’a clairement pas volé sa Caméra d’or

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