
DU 19 AU 24 FEVRIER
De Erige Sehiri
Par Erige Sehiri, Anna Ciennik
Avec Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney, Laetitia Ky
Après Sous les figues, sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes en 2022, Erige Sehiri revient à Cannes dans la sélection Un Certain Regard avec Promis le Ciel, une comédie dramatique bouleversante sans être tire-larmes sur la situation des personnes subsahariennes en situation de migration, en Tunisie.
Le film plonge dans le vécu de trois femmes ivoiriennes installées en Tunisie après des parcours de migration très différents (régulier ou clandestin). Un sujet qui résonne avec une actualité tragique relatant les violences, menaces et chasses à l’homme que subissent beaucoup de personnes migrantes subsahariennes, installées en Tunisie, ces derniers mois.
Marie (Aïssa Maïga), ancienne journaliste devenue pasteure évangélique, héberge, dans son appartement sans doute occupé illégalement…, Naney, interprétée par l’époustouflante Deborah Christelle Naney, qui aime faire la fête et multiplie les idées de combines, aidée d’un ami tunisien, entre trafic d’alcool, de sucre et autres petits larcins et Jolie, au prénom prédestiné, pétrie de la certitude que son statut légal d’étudiante la protégera, déterminée et porteuse d’espoirs pour sa famille restée au pays, jouée par l’impeccable Laetitia Ky. Bientôt arrive Kenza, petite fille de 4 ans rescapée du naufrage d’une embarcation…..
Cette fiction a été imaginée et écrite bien avant que cette problématique ne fasse la une des journaux, d’où la justesse qu’il cultive entre fiction, plaidoyer et cinéma du réel. Au départ, le second long-métrage d’Erige Sehiri puise sa matière dans une documentation et des entretiens avec des jeunes d’Afrique subsaharienne venus poursuivre leurs études en Tunisie, qui relatent leur nouvelle manière de faire société et d’être solidaire face à une réalité hostile. « On voulait garder du recul par rapport à la réalité, éviter que cette violence prenne toute la place. On voulait voir ces femmes vivre envers et contre tout » précise la réalisatrice Erige Sehiri. Sa mise en scène bouleverse avec sa manière de regarder vivre ses personnages, avec des plans serrés sur leur visage lors des désaccords et des peurs, et d’autres, plus larges, où leurs corps noirs avancent, fiers, mais toujours étrangers , extérieurs au monde inhospitalier qui les entoure.
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