Archives : Uncategorized

Antoine Raimbault

Pour son premier long-métrage, Antoine Raimbault s’attèle au genre du film de procès en retraçant l’énigmatique affaire Viguier qui avait bouleversé la ville de Toulouse dans les années 2000. Entretien avec un réalisateur obsessionnel passionné par la question judiciaire et habité par l’imaginaire américain du thriller judiciaire.

Le film de procès est un genre très sous-exploité dans le cinéma français. Pourquoi avoir choisi ce genre en particulier et pourquoi raconter l’Affaire Viguier pour évoquer la justice en France ? (suite…)

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Antoine Raimbault

Ryüsuke Hamaguchi

Né le 16 décembre 1978 à Kanagawa

Japon

Réalisateur, scénariste

Senses

Ryusuke Hamaguchi revient sur ce qui l’a inspiré pour «Asako» et commente les contraintes et les limites du cinéma commercial qui prévalent au Japon.

Après le réalisme de Senses, Asako surprend par ses embardées surréalistes. Pourquoi ?

Asako est mon premier film commercial, et au Japon, la différence entre films dits indépendants et films commerciaux est vraiment grande, il y a un zéro de plus ou de moins dans le budget. Cette différence s’accompagne de toutes sortes d’obligations, comme la nécessité d’être compris par un public plus large, (suite…)

Publié dans Archives programmes, Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Ryüsuke Hamaguchi

Jean Bernard Marlin

ENTRETIEN AVEC JEAN-BERNARD MARLIN

Comment êtes-vous devenu cinéaste?
J’ai 38 ans. J’ai grandi à Marseille dans un milieu modeste. Mon désir de cinéma remonte à l’enfance, à ladécouverte de E.T. et autres films du même genre à la télévision. Mon père n’était pas du tout cultivé, mais il adorait regarder des films et la seule relation que j’avais avec lui, c’était ce moment-là, quand on regardait ensemble des films à la télé. Dire très jeune que plus tard on fera des films, ça faisait rire mon entourage…Quand j’avais 16 ans, il y avait un atelier cinéma dans une MJC, animé par quelqu’un qui m’a fait découvrir le cinéma d’auteur – ce cinéma-là, au départ, ce n’était pas du tout mon monde ! Il m’a aussi appris l’existence d’écoles de cinéma. À Paris, j’ai passé le concours de l’école Louis Lumière où j’ai été admis et formé au métier de directeur de la photo. Puis j’ai fait un atelier scénario d’un an et demi à la Femis.

De quoi vit-on en attendant son premier long métrage ?
Travailler dans le cinéma quand on n’a pas de contacts, c’est compliqué. J’ai même été au RSA pendant une période pas si éloignée… J’ai enchaîné des emplois de courte durée, souvent liée à ma formation, mais j’ai vu que je n’étais pas très doué pour la technique pure. J’ai aussi enseigné l’art dramatique, il y a deux ans, au Cours Florent. En 2013, mon court-métrage, La Fugue, a obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin. Le prix a attiré l’attention sur moi : le producteur Grégoire Debailly m’a demandé si j’avais un sujet et il en a financé l’écriture. C’est ce qui a donné Shéhérazade aujourd’hui.

D’où vient l’idée de ce film ?
Le point de départ, c’était il y a cinq ans, à Marseille, un fait divers sur un petit proxénète. Un adolescent de 16 ans, en fugue, est arrêté dans un hôtel de passe du centre-ville où il vit avec deux filles prostituéesde son âge. Pendant plusieurs mois, ils vivent de l’argent de la  prostitution. On l’accuse de proxénétisme. Eux, ils vivent une histoire d’amour. C’était assez violent entre eux, il y avait des coups échangés. Mais les protagonistes l’identifiaient bien comme une histoire d’amour. Cette histoire, je l’ai rencontrée plusieurs fois dans la rue, à Marseille. J’ai vu des jeunes filles prostituées se battre et tenter de survivre sur le
trottoir pendant que leur copain était en galère. Certaines leur ramenaient même de l’argent en prison.

Avez-vous connu pendant votre enfance marseillaise des gens comme les personnages de Shéhérazade ?
C’est arrivé, sporadiquement. Je ne baignais pas dans ces milieux, sinon j’aurais sombré dans la délinquance, moi aussi. J’habitais dans le 13e arrondissement qui, en termes de sociologie, se situe entre les cités pauvres et les quartiers tranquilles. Et j’étais plutôt bon à l’école. Plus tard, en passant quasiment une année dans les Centres Éducatifs Fermés pour un documentaire, j’ai tissé des liens avec cette jeunesse. J’ai même essayé de chercher les protagonistes du fait divers qui m’inspirait. Je ne les ai pas trouvés, mais j’ai rencontré des
gens qui les connaissaient, cela a conforté l’idée que cette histoire était assez banale.

Montrer une réalité dont vous avez été le témoin, c’est une nécessité ?
Pour écrire ce film, je suis revenu habiter dans la ville où j’ai grandi. J’ai passé plusieurs mois avec des jeunes femmes qui se prostituent dans le quartier de la Rotonde, où a eu lieu cette histoire. Elles ont entre 16 et 24 ans, elles traînent en bande. Elles vivent dans des chambres d’hôtel du quartier. J’ai observé leur vie dans la rue, je leur ai demandé de me parler de leur vie amoureuse. Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre elles étaient passées par des foyers. Ça s’inscrivait dans la continuité de mon travail, un documentaire et un court métrage sur un jeune de foyer. Au départ, ce n’était peut-être pas conscient, mais je sais aujourd’hui qu’à la base d’un projet, il y a toujours pour moi une exigence documentaire. J’ai besoin d’y croire, j’ai un problème de croyance avec un cinéma trop artificiel. Je peux aimer le cinéma fantastique ou de science-fiction, mais il faut que ce soit réaliste. Le cinéma est un sport de riches et mettre en avant des personnes qui restent habituellement dans l’ombre, essayer de le faire de façon authentique, cela me paraît très important. C’est un geste politique. D’où le choix de comédiens non-professionnels : ils ont instinctivement le langage, les gestes des personnages. Leur visage raconte une histoire. Mon producteur, Grégoire Debailly, aime aussi les histoires ancrées dans le réel, avec une
approche documentaire. Il produit les films de Samuel Collardey. Mais, avec Shéhérazade, je suis allé un peu plus vers la fiction.

Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?
À Marseille, j’ai rédigé une première version assez documentaire. Puis je suis reparti à Paris, et la scénariste Catherine Paillé m’a fait des retours : ce qui ne devait être qu’une collaboration est devenu une vraie co-écriture. Elle a apporté une sensibilité qui lui est propre, quelque chose de poétique, et aussi beaucoup de bon sens. Les dialogues étaient déjà très écrits parce que je connais le langage de ces jeunes, je connais leurs expressions, je les maitrise même très bien. Ce qui ne m’a pas empêché, au tournage, de laisser parfois
les jeunes improviser. Et puis Lisa Amedjout, qui joue le rôle de Sabrina dans le film, m’a aussi aidé : elle connaissait bien les filles du quartier de la Rotonde, elle m’a dit ce qui sonnait juste ou pas dans leurs scènes.(….)

Pourquoi ouvrir votre histoire contemporaine par des images d’archives ayant trait à l’immigration ?
Pour ancrer le film dans Marseille, pour que la ville soit un personnage à part entière. Marseille est une ville d’immigration, je suis moi-même issu de l’immigration, ma mère est arménienne. C’est une façon de dire que les héros de ce film sont les enfants de ces gens-là. Quand j’étais enfant, on avait tous des origines étrangères : ce mélange de cultures représente Marseille. Dans un souci documentaire, j’ai tourné le film sur les vrais lieux de prostitution : le quartier de la gare Saint Charles et le boulevard Sakakini. Dans les endroits où traînent et vivent mes personnages: le quartier de Belsunce et le parc Kalliste dans les quartiers Nord de Marseille. Comme les acteurs, les décors devaient être authentiques, ce sont ceux que mes personnages côtoient dans la vie réelle. Tout a été tourné in situ, à Marseille. (…)

Vous filmez parfois de loin, dans l’embrasure d’une porte, via un miroir, comme quand Zac vient voir sa mère… Dans quel but ?
Parfois, je trouve trop grossier d’être avec les personnages à l’endroit où il se passe quelque chose. Il est plus fin, plus délicat, de rester à distance. D’ailleurs, il y a des scènes que j’aime moins parce que je me reproche de les avoir filmées trop frontalement. La mère de Zac correspond bien aux mutations sociales de la ville : elle appartient à une nouvelle génération de mamans. Aujourd’hui elles sont jeunes, leur mari est souvent en prison, elles sont parfois démissionnaires vis-à-vis de leurs enfants. J’ai rencontré beaucoup d’éducatrices, leur métier est un vrai sacerdoce. Il n’y a pas assez d’argent pour une vraie réinsertion et il est impossible de trouver du travail à Marseille, j’en ai fait l’expérience à la sortie du lycée. C’est une ville très pauvre. (…)

Quand Zac décide de devenir proxénète, le film délaisse le naturalisme pour se frotter au cinémade genre…
Je n’ai pas vraiment pensé le film en termes de genre, même si Shéhérazade est « trans-genre » comme beaucoup d’autres films aujourd’hui : il mêle des codes du documentaire, du thriller, du film noir et de l’histoire d’amour. La base est naturaliste, mais je voulais décoller un peu de ça, j’aime bien les récits plus amples. J’ai pensé que le film était tellement documentaire que je pouvais m’amuser à proposer autre chose. C’est aussi pour ça que j’ai choisi Jonathan Ricquebourg comme chef opérateur : il a signé l’image de « Mange tes morts », qui partait du documentaire pour dévier vers le monde des gangsters. Les intrigues et les scènes mafieuses du film par exemple, je les ai écrites en me documentant, puis je les ai réécrites sur le tournage avec certains acteurs du film qui connaissaient mieux que moi les situations que je décrivais. Ils m’ont montré où garer le scooter pour braquer les Bulgares, par exemple… Les acteurs étaient en quelque sorte les conseillers techniques du film !

Le troisième acte est singulier : il met au jour une puissante histoire d’amour…
À côté de l’aspect documentaire du film, je voulais insuffler une dimension romanesque à cette histoire d’amour. Je souhaitais que Zachary et Shéhérazade « se crament » pour une histoire de cœur, qu’ils touchent au sublime. J’ai beaucoup pensé à Pasolini et à Elia Kazan au moment de l’écriture du scénario. Je voulais une éducation sentimentale contemporaine, une histoire d’amour sur la brèche, au jour le jour, comme cellesque je connais.

L’aveu impossible devient un enjeu scénaristique d’une force imprévue. Il faut toute la maïeutique de la machine judiciaire pour faire parler Zac et Shéhérazade…
Avec la partie tribunal, le film change de registre, on est dans autre chose : le langage, le monde des adultes, on s’adresse presque à une autre zone du cerveau. À l’écriture, on avait identifié deux enjeux intéressants : le déni de l’amour pour Zac et le déni de la prostitution pour Shéhérazade. C’était ça dont j’avais envie de parler, on touche au cœur du projet. Shéhérazade a beaucoup de mal à reconnaître qu’elle exerce ce métier. Et Zac ne peut pas admettre être amoureux d’une fille, encore moins d’une pute. Ça fait faible, ça lui demande d’abandonner le personnage qu’il s’est construit. Il doit dire en public le contraire de ce qu’il a dit au début du film : « Moi, je respecte les filles, je respecte pas les putes ».

À quoi sert le personnage de Zelda, la colocataire transgenre de Shéhérazade ? À montrer déjà que Zac peut changer…?
Je me suis rendu compte en enquêtant qu’il y avait à Marseille beaucoup de garçons ou de filles qui se prostituaient tout en étant en transition, en cours de changement de sexe. Je me suis dit que je ne pouvais pas parler de ce milieu-là sans avoir un personnage comme eux. L’actrice elle-même est transsexuelle. Zelda prend du crack et je ne pouvais pas non plus occulter l’emprise des drogues dures. Mais, oui, l’obligation qu’a Zac de cohabiter avec elle marque un début de changement en lui. Au casting, quand j’ai demandé à des jeunes des quartiers de jouer avec des personnes transgenres, c’était assez violent. Du coup, j’ai pensé que c’était intéressant de montrer qu’en vivant près d’elle, Zac commence à mieux comprendre l’autre.

Pourquoi ce titre ?
J’ai baptisé le film du nom du personnage qui en est le moteur, qui fait changer mon personnage principal. Et le personnage s’appelle Shéhérazade parce que j’ai croisé des filles qui portaient ce nom et que je trouvais ça en décalage avec la Shéhérazade des Mille et une nuits, bien que ce soit une courtisane. Surtout, je voulais que le film soit féminin.

Propos tirés du dossier de presse

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Jean Bernard Marlin

Bettina Oberli

 

Née le 6 novembre 1972 à Interlaken

Suisse

Scénariste, réalisatrice

Les Mamies ne font pas dans la Dentelle, Le Vent Tourne

Bettina Oberli, cinéaste des zones obscures

Elle a connu un immense succès populaire avec «Les mamies ne font pas dans la dentelle» mais a aussi tourné d’âpres tragédies. Figure importante du cinéma suisse, la réalisatrice bernoise sort «Le vent tourne», un drame rural situé dans le Jura.

Elle sourit: «J’ai différentes facettes comme tout le monde.», concède une préférence pour le drame: «Je suis plutôt attirée par l’exploration des zones obscures de l’âme humaine.» Parmi ses références, elle cite Jane Campion, des réalisatrices autrichiennes dans la lignée de Michael Haneke comme Barbara Albert ou Jessica Hausner, mais aussi Claire Denis et Olivier Assayas. Et puis bien sûr Lars von Trier «que j’adore et déteste en même temps, comme il le veut». Melancholia, chef-d’œuvre nihiliste, l’a ébranlée: il lui a fallu trois jours pour s’en remettre. Un peu de cette âpreté se retrouve dans Le vent tourne. Situé dans le Jura, ce drame rural s’articule autour d’un couple de paysans, Pauline (Mélanie Thierry) et Alex (Pierre Deladonchamps), qui essayent de vivre au plus près de leurs convictions idéologiques. L’éolienne qu’ils installent devant leur ferme concrétise un projet commun – et attise des dissensions latentes. «Je voulais une femme de certitude qui perd ses certitudes pour se reconstruire, et que cette femme soit inscrite dans le monde contemporain», explique Bettina Oberli.

«Auf Französisch»

Pour la première fois, elle a tourné un film qui parle français. Elle s’étonne que tout le monde s’en étonne alors que personne ne bronche quand Pierre Monnard fait Recycling Lily en Schwyzerdütsch. «Dans notre pays, nous avons quatre langues, quatre cultures. C’est parfois pénible, parce que ça nous sépare, mais c’est beau.» Elle voulait tourner dans le Jura, dont les paysages l’inspirent car, sans vue sur les Alpes de neige ni chalets fleuris, ils rompent avec les clichés d’une Suisse pittoresque et ripolinée. Comme on parle français dans les Franches-Montagnes, la langue de Blaise Cendrars s’est imposée, dite par deux grands comédiens français. Mélanie Thierry a envie de travailler avec des cinéastes qui ont une vision forte. «J’ai trouvé ça avec Bettina. Nous n’avons pas toujours été d’accord, il y a eu de petites frictions. Mais tout s’est très bien arrangé. On s’aime beaucoup. Je sais que je suis dure, coriace. Bettina est trop gentille et moi je suis trop méchante», analyse-t-elle. Le français, Bettina Oberli l’a appris toute petite auprès de sa famille maternelle venue du Seeland. Son compagnon et collaborateur régulier, le chef opérateur Stéphane Kuthy, né à Paris, parle français à la maison avec leurs deux enfants, et l’aîné fait le gymnase bilingue. Quant au cadet, il se passionne pour le théâtre: à 11 ans, il a déjà tenu des rôles dans des pièces de Dürrenmatt ou Thomas Mann jouées au Schauspielhaus.

Pluie torrentielle

A Locarno, Le vent tourne n’a pas eu de chance. Une pluie torrentielle a interrompu la projection sur la Piazza Grande. «C’était horrible! Un cauchemar! reconnaît Bettina Oberli. Au milieu de la première mondiale du film, les 8000 spectateurs ont fui. J’ai dû partir, je me suis cachée toute seule derrière l’écran en pleurant, sans savoir que faire. Me suicider? Rentrer à l’hôtel?» Lot de consolation: elle n’a jamais reçu autant d’affection de la part de la branche cinématographique. Quant aux journalistes suisses, la plupart affichaient des moues hautaines. Une façon de faire payer à la réalisatrice le fabuleux succès des Mamies? Elle en a parlé l’autre jour avec Michael Steiner, le réalisateur de Mein Name ist Eugen, selon lequel «si tu as un succès en Suisse, on ne te le pardonne jamais». Bettina Obeli relativise ce verdict. Elle admet toutefois qu’un réalisateur doit «donner l’impression d’être modeste, s’excuser d’avoir du succès». D’ailleurs, elle a prudemment refusé de réaliser Heidi, projet doré sur tranche et destiné à exploser le box-office.

Fin ouverte

A Locarno, lorsque l’association SWAN (Swiss Women’s Audiovisual Network), qui milite pour la parité dans le cinéma suisse, a invité les femmes et les hommes de bonne volonté pour une colazione, Bettina Oberli était évidemment présente. En quelque vingt ans d’activités dans le milieu du cinéma, elle a pu observer que «l’ambition, les idées claires, l’exigence sont des valeurs connotées positivement chez l’homme et plutôt négativement chez la femme. On est perdues si on commence à avoir peur de ça. C’est compliqué. Depuis quelques mois, le sujet de l’égalité est omniprésent, nombre de femmes célèbres s’investissent. Je pense qu’il n’est plus possible de revenir en arrière. Le chemin sera long, mais on va dans la bonne direction.» Le vent tourne se termine sur un plan de Pauline, debout devant le Creux-du-Van. Certains spectateurs décèlent la fascination morbide du gouffre. Mélanie Thierry trouve cette image «inquiétante». D’autres voient le vent du large. Bettina Oberli trouve cette conclusion très optimiste. C’est une proposition au spectateur, l’horizon qui s’ouvre. «Il faut laisser les fins ouvertes: elles résonnent plus longtemps.

D’après Antoine Duplan pour Le Temps du 20 septembre 2018.

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Bettina Oberli

Programmation exceptionnelle du 7 au 13 février 2018

À l’occasion de l’ouverture de 2 nouvelles salles, Ciné-Mont-Blanc Sallanches et Cinécimes présentent, pendant la semaine du 7 au 13 février 2018, une sélection de films sortis en 2017. Ouvrez le lien pour découvrir les horaires de la programmation:

Rétrospective 2017 Ciné Mt Blanc du 7.2 au 13.2.2018

CHAVELA VARGAS (Catherine Gund, Daresha Kyi)

De Frida Kahlo à Pedro Almodovar, artiste inspirante et inspirée, ce récit composé d’images rares révèle une femme à la vie iconoclaste et d’une modernité saisissante.
Figure de proue de la musique mexicaine Ranchera, CHAVELA VARGAS, restera à jamais empreinte de récits et de légendes. (suite…)

Publié dans Evènements, Uncategorized | Commentaires fermés sur Programmation exceptionnelle du 7 au 13 février 2018

Léonor Serraille

Née à Lyon

France

Scénariste, réalisatrice

Jeune femme (Caméra d’or au festival de Cannes 2017, sélection « Un Certain Regard »)

Entretien avec Léonor Serraille

« Jeune femme » aurait pu s’appeler « Jeunes femmes » : dans l’équipe, les femmes sont à tous les postes: directrice de la photographie, ingénieure du son, monteuse image, monteuse son, décoratrice, compositrice, productrice…

Pour tourner Body, mon moyen métrage, j’avais fait appel en grande partie à mes camarades de la Fémis, et comme j’avais apprécié leur travail et l’énergie qui nous réunissait, nous avons continué ensemble. Ce n’était pas un choix délibéré de faire un        « casting d’équipe » féminin, mais à l’arrivée, je ressens une grande fierté : il est important que des femmes arrivent massivement à des postes décisifs. (suite…)

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Léonor Serraille

Eric Caravaca

Né le 21 Novembre 1966 à Rennes

France

Acteur (théâtre, cinéma), scénariste, réalisateur

Le Passager, Carré 35

NOTE D’INTENTION

Tout commence sur le tournage d’un film. Le décor ce jour-là est un cimetière en Suisse. Marchant dans les allées, je me retrouve dans ce qu’on appelle le « carré enfant ». Devant ces petites tombes parsemées pour certaines de jouets noircis par le temps, émaillées de quelques mots gravés sur la pierre qui parfois ne comporte qu’une seule date, une tristesse profonde m’envahit. Je ne comprends pas : je n’ai aucune raison d’être dévasté par ces tombes d’enfants. (suite…)

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Eric Caravaca

Philippe Van Leeuw

Né en 1954 à Bruxelles

Belge

Réalisateur, scénariste, directeur de la photographie

Le Jour où Dieu Est Parti en Voyage, Une Famille Syrienne

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE VAN LEEUW

Le film raconte la journée d’une famille syrienne vivant confinée dans son appartement. D’où est venu le désir de faire ce film ?

D’un sentiment d’injustice. Quand la Communauté Internationale s’est engagée en Libye avec tous les moyens nécessaires, militaires et politiques, au même moment, en Syrie, les manifestations pacifiques étaient réprimées par la terreur, et là, personne n’a bougé. Comme pour mon premier film, « Le Jour où Dieu est parti en voyage« , (suite…)

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Philippe Van Leeuw

Michael Haneke

Né le 23 Mars 1942 à Munich, Allemagne

Autrichien

Réalisateur, scénariste

Le Septième Continent, Benny’s Video, Funny Games, La Pianiste, Caché, Le Ruban Blanc, Amour, Happy End

 

 

Plus noir que jamais, Michael Haneke renoue avec ses thèmes fétiches dans « Happy end », le portrait glaçant d’une famille bourgeoise, aveugle et sourde à la souffrance autour d’elle, épinglant au passage notre « indifférence » et le « manque d’empathie » de nos sociétés.

« Happy end » se déroule à Calais et a d’abord été présenté comme un film sur les migrants. Qu’en est-t-il ?

(suite…)

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Michael Haneke

Andreï Petrovitch Zviaguintsev

Né le 6 février 1964 à Novossibirsk

Russie

Réalisateur

Le Retour, Le Bannissement, Elena, Léviathan, Faute d’Amour

Interview du réalisateur qui dépeint une société russe atomisée et incapable de compassion. 

Un jeune couple de Moscovites de la classe moyenne divorce. Chacun s’apprête à refaire sa vie avec un nouveau conjoint. Mais leur fils Aliocha, garçon sensible d’une douzaine d’années, est un obstacle à la réalisation de leur projet personnel.

COURRIER INTERNATIONAL Le très joli titre français, Faute d’amour, ne traduit pas exactement le sens de Nelioubov [Non-amour].

ANDREÏ ZVIAGUINTSEV Oui, c’est plus fort que l’absence d’amour, c’est un état d’extrême indifférence, presque de rejet, et un sentiment qui enferme l’individu. Un manque d’empathie, de compréhension de l’autre, un manque de confiance, qui vient du fait que les gens sont repliés sur eux-mêmes. Il empêche l’individu de se libérer, c’est un enfermement, une incapacité à élargir son horizon. On ne peut atteindre l’autre, comme si, se trouvant en dehors de soi, il était inaccessible.

Un film sur le manque d’amour, c’est un film sur l’amour ?

Il me semble que oui. L’amour sous toutes ses formes. En titrant sur l’absence d’amour, j’attire l’attention sur ce qui nous attend si nous vivons sans amour. Ce qui fait qu’en miroir, c’est un encouragement à faire attention, à faire quelque chose dans sa vie pour ne pas se retrouver dans cette situation. Beaucoup de spectateurs m’ont dit qu’ils n’avaient qu’une idée à la sortie de la projection – appeler à la maison, rentrer chez eux, embrasser leurs proches, leur enfant. Oui, bien sûr, c’est une exhortation à aimer.

La presse russe vous a reproché d’être très dur à l’égard de la société de votre pays.

Les critiques, ou les gens sur les réseaux sociaux, ne voient que le constat que je fais. Mais ils ne se demandent pas pourquoi, à quel fin je montre ça. En désignant les plaies, tu appelles à leur guérison. C’est évident. Le plus marquant, ici, c’est l’absence d’empathie. L’agression, le rejet, la distance, voire la militarisation des consciences dans la société d’aujourd’hui…

Seulement dans la société russe ?

Je pense que ça concerne tout le monde. C’est en tout cas le sentiment que m’ont donné les journalistes au dernier Festival de Cannes. Cent six ont voulu m’interviewer (heureusement j’ai pu faire des interviews groupées) ! Ils venaient du monde entier et aucune de leurs questions ne suggérait l’étonnement que puisse exister ce genre de choses en Russie. Cela témoigne bien du fait que cela concerne tout le monde – l’individualisme, l’égoïsme, l’atomisation et l’isolement sont partout.Ce n’est pas une approche documentaire sur l’état de la société russe, contrairement à ce que certains écrivent. Nous ne sommes pas en capacité de nous regarder dans le miroir. Il y a des gens qui disent que ce genre de personnes [les héros du film] n’existent pas, que ce sont des monstres, qu’il faut leur interdire d’avoir des enfants. Qu’est-ce, sinon de l’absence d’empathie ?

Il y a un sous-thème important dans Faute d’amour, celui des personnes disparues et de ces volontaires extraordinaires qui les recherchent.

Il y a énormément de disparitions en Russie. Selon les statistiques de LizaAlert, la brigade de volontaires dont il est question dans le film, il y a eu 6 150 avis de disparitions en 2016. Mais en extrapolant cela fait bien plus, car beaucoup de gens ne connaissent pas LizaAlert. Ils se contentent d’alerter la police, qui n’est pas efficace dans ce domaine. Chaque jour, en Russie, il disparaît autant de personnes que si un Boeing s’écrasait. C’est ce que dit Grigori Sergueev, le fondateur de LizaAlert. Mais ces volontaires retrouvent 89 % des personnes déclarées disparues ! La moitié des 11 % restants sont retrouvés morts, l’autre demeure introuvable. Une personne sur 5 est mineure. Les mineurs disparus sont appelés poteriachka [“qui s’est perdu”] quand ils ont de 0 à 12 ans, et begounok [“fugueur”], de 12 à 18 ans.

C’est le cas d’Aliocha, le jeune garçon de votre film ?

Oui, c’est la période de la puberté, de l’opposition aux parents, du désir d’indépendance, de l’affirmation de soi, de l’éveil des pulsions sexuelles, ces jeunes prennent leur décision de façon autonome, ils décident de s’enfuir de leur maison. Concernant les adultes, ce sont souvent des personnes âgées, qui ne savent plus où elles habitent, des ivrognes, des SDF, des gens enlevés, des gens qui plaquent tout.

Ces volontaires que nous voyons dans votre film sont, paradoxalement, très “professionnels”.

Oui. Mais ce sont pourtant des bénévoles. Les acteurs qui jouent le rôle des volontaires dans le film sont allés secrètement, incognito, s’enrôler dans les rangs de LizaAlert pour voir comment ils travaillent. Ce qui se passe, c’est qu’ils agissent en faisant abstraction des sentiments, des émotions, avec précision, s’en tenant à l’exigence d’efficacité. Mais surtout, ils ne sont pas indifférents. Pourquoi agissent-ils, si ce n’est par compassion ? Ils ne reçoivent aucun argent, ils ne sont pas une entreprise commerciale. Ils sont structurés, mais ne veulent pas du statut d’association. C’est une organisation spontanée, anarchique au sens littéral du terme, ils ne veulent avoir aucun lien avec la machine d’État car ils seraient sous contrôle. Les parents qui retrouvent leurs enfants sont prêts à leur donner n’importe quoi par gratitude. Mais ils refusent l’argent. Ils n’acceptent que les dons matériels.

Sorti en juin, comment votre film a-t-il été reçu en Russie ?

Très bien. Nous avons pratiquement atteint les 100 millions de roubles de recette [1,4 million d’euros], notre objectif, en trois mois d’exploitation.

Et concernant la censure des mots grossiers ?

C’est comme ça, c’est la loi. Ils sont remplacés par un instant de silence. Il n’y a pas d’alternative. Soit j’accepte que mon film soit ainsi diffusé, avec des coupures de son [et une interdiction aux moins de 18 ans], soit je refuse et les spectateurs ne peuvent pas le voir. En l’occurrence, Faute d’amour a pu être largement distribué. Dans toutes les grandes villes du pays. Ailleurs dans le pays… Un spectateur a écrit sur Internet qu’il avait spécialement réservé une chambre d’hôtel dans la ville la plus proche de chez lui qui projetait le film. Et le jour suivant la projection, il est reparti en car. Quel cauchemar !

C’est vrai, mais c’est formidable aussi.

Oui, c’est formidable, si on veut (rires) !

Propos recueillis par Laurence Habay

Publié dans Archives réalisateurs, Réalisateurs, Uncategorized | Commentaires fermés sur Andreï Petrovitch Zviaguintsev