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Programmation novembre décembre 2019

LE TRAITRE 

28 novembre au 3 décembre

Du 28 novembre au 3 décembre

De Marco Bellocchio- Italie- France- Allemagne- Brésil- 2H31- VOST 

Avec : Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane, Nicola Cali 

Début des années 80, les parrains de la Mafia sont réunis dans un somptueux palais palermitain. La guerre entre eux est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, s’enfuit au Brésil. Pendant ce temps en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent et les proches de Buscetta, dont deux de ses fils, sont tués. Arrêté au Brésil et extradé en Italie, il va jouer les repentis et collaborer avec l’Etat. Autre décor, palais de justice, cours d’audience, mafieux vociférants dans des cages, on est loin de la mythologie et des fastes romantisés. Il dénonce ses anciens partenaires avec jubilation, il parle, se confesse et assume tout. Il permet ainsi des centaines d’arrestations. Ce « prince des repentis « est toujours considéré par certains italiens comme un traître, en témoignent certains murs de Palerme couverts de graffitis anti- Buscetta. Marco Bellocchio signe là un thriller intense sur cette sombre et véritable histoire. 

ADULTS IN THE ROOM 

5 au 10 décembre

Du 5 au 10 décembre

De K. COSTA-GAVRAS–France/Grèce-2h04. 

Avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur. 

Récit de la tragédie grecque de 2015, à partir du témoignage du principal représentant grec (Yanis Varoufakis) qui a été au coeur des « coulisses secrètes de l’Europe » et aussi à partir des enregistrements qu’il a dû faire lors des réunions avec l’Eurogroupe et la « troïka », faute de procès-verbal de ces réunions. Une organisation où ne compte plus que l’impératif économique ; le vote des citoyens grecs est méprisé et leur condition condamnée à la pauvreté. Tandis que l’assise juridique de l’Eurogroupe n’existe même pas. Un thriller palpitant sur un abus de pouvoir, une véritable dictature économique. Le règne de l’arbitraire est évoqué dans le titre : « (Il faut ou y a-t-il) des adultes dans la salle.) 

J’AI PERDU MON CORPS                            Du 12 au 17 décembre

De Jérémy Clapin – France – 1h21 

Avec les voix de : Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d’Assumçao 

Une main coupée s’échappe d’un laboratoire pour retrouver son propriétaire. 

Grâce à un hallucinant sens du cadre et du montage, on retient son souffle. Et la main, celle de Naoufel, orphelin, devenu jeune homme, se souvient de son enfance. Quand elle était, justement, celle d’un petit garçon qui rêvait d’être à la fois cosmonaute et concertiste, qui jouait du piano avec sa maman ou laissait glisser du sable entre ses doigts. 

Ce premier long métrage d’animation, constamment étonnant et bouleversant, va raconter une histoire apparemment toute simple: la vie, empêchée, mais portée par l’espoir, d’un jeune homme d’aujourd’hui. 

Grand prix au festival d’Annecy et à Cannes 2019

LA CORDILLERE DES SONGES 

19 au 24 décembre

Du 19 au 24 décembre

De Patricio Guzman – France-Chili – 1h 25 

Documentaire ( Prix du meilleur documentaire Cannes 2019 ) 

Exilé en France depuis 1973 et le coup d’état de Pinochet, le Chilien Patricio Guzman ne cesse, de film en film, de documenter l’histoire de son pays. La Cordillère des Songes est le troisième volet d’un triptyque géographique. Après Nostalgie de la Lumière, consacré au désert d’Atacama, après Le Bouton de Nacre sur la relation compliquée du Chili à l’océan pacifique, ce troisième film évoque les montagnes chiliennes mais aussi entend dresser un parallèle entre géographie et histoire et dans un même temps continuer le procès des années Pinochet et de la société ultra libérale du Chili actuel. « J’ai voulu filmer cette immense colonne vertébrale pour en révéler les mystères, révélateurs puissants de l’histoire passée et récente du Chili ». Les évènements qui secouent en ce moment le pays font un écho à ce film réalisé bien avant. 

DEBOUT SUR LA MONTAGNE 

9 au 14 janvier

Du 9 au 14 janvier

De Sébastien Betbeder, 1h48. Avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon 

Stan, Hugo et Bérénice ont grandi dans les montagnes. Ils étaient inséparables. Ils sont devenus des adultes avec les épreuves de la vie. Un enterrement dans leur village natal fait se retrouver ce trio autrefois joyeux. Est-il possible de retrouver ce bonheur et cette candeur à l’âge adulte quand certains de vos rêves se sont envolés? 

Betbeder tente d’en apporter la réponse avec un mélange délicat entre rires et larmes, avec un soupçon de fantastique. 

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Cinédébat

Notre prochain ciné-débat aura lieu le lundi 6 Mai 2019, dans la salle, à l’issue de la projection de  » Comme si de rien n’était  « . Vous êtes cordialement invités à y participer.

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Antoine Raimbault

Pour son premier long-métrage, Antoine Raimbault s’attèle au genre du film de procès en retraçant l’énigmatique affaire Viguier qui avait bouleversé la ville de Toulouse dans les années 2000. Entretien avec un réalisateur obsessionnel passionné par la question judiciaire et habité par l’imaginaire américain du thriller judiciaire.

Le film de procès est un genre très sous-exploité dans le cinéma français. Pourquoi avoir choisi ce genre en particulier et pourquoi raconter l’Affaire Viguier pour évoquer la justice en France ? (suite…)

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Ryüsuke Hamaguchi

Né le 16 décembre 1978 à Kanagawa

Japon

Réalisateur, scénariste

Senses

Ryusuke Hamaguchi revient sur ce qui l’a inspiré pour «Asako» et commente les contraintes et les limites du cinéma commercial qui prévalent au Japon.

Après le réalisme de Senses, Asako surprend par ses embardées surréalistes. Pourquoi ?

Asako est mon premier film commercial, et au Japon, la différence entre films dits indépendants et films commerciaux est vraiment grande, il y a un zéro de plus ou de moins dans le budget. Cette différence s’accompagne de toutes sortes d’obligations, comme la nécessité d’être compris par un public plus large, (suite…)

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Jean Bernard Marlin

ENTRETIEN AVEC JEAN-BERNARD MARLIN

Comment êtes-vous devenu cinéaste?
J’ai 38 ans. J’ai grandi à Marseille dans un milieu modeste. Mon désir de cinéma remonte à l’enfance, à ladécouverte de E.T. et autres films du même genre à la télévision. Mon père n’était pas du tout cultivé, mais il adorait regarder des films et la seule relation que j’avais avec lui, c’était ce moment-là, quand on regardait ensemble des films à la télé. Dire très jeune que plus tard on fera des films, ça faisait rire mon entourage…Quand j’avais 16 ans, il y avait un atelier cinéma dans une MJC, animé par quelqu’un qui m’a fait découvrir le cinéma d’auteur – ce cinéma-là, au départ, ce n’était pas du tout mon monde ! Il m’a aussi appris l’existence d’écoles de cinéma. À Paris, j’ai passé le concours de l’école Louis Lumière où j’ai été admis et formé au métier de directeur de la photo. Puis j’ai fait un atelier scénario d’un an et demi à la Femis.

De quoi vit-on en attendant son premier long métrage ?
Travailler dans le cinéma quand on n’a pas de contacts, c’est compliqué. J’ai même été au RSA pendant une période pas si éloignée… J’ai enchaîné des emplois de courte durée, souvent liée à ma formation, mais j’ai vu que je n’étais pas très doué pour la technique pure. J’ai aussi enseigné l’art dramatique, il y a deux ans, au Cours Florent. En 2013, mon court-métrage, La Fugue, a obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin. Le prix a attiré l’attention sur moi : le producteur Grégoire Debailly m’a demandé si j’avais un sujet et il en a financé l’écriture. C’est ce qui a donné Shéhérazade aujourd’hui.

D’où vient l’idée de ce film ?
Le point de départ, c’était il y a cinq ans, à Marseille, un fait divers sur un petit proxénète. Un adolescent de 16 ans, en fugue, est arrêté dans un hôtel de passe du centre-ville où il vit avec deux filles prostituéesde son âge. Pendant plusieurs mois, ils vivent de l’argent de la  prostitution. On l’accuse de proxénétisme. Eux, ils vivent une histoire d’amour. C’était assez violent entre eux, il y avait des coups échangés. Mais les protagonistes l’identifiaient bien comme une histoire d’amour. Cette histoire, je l’ai rencontrée plusieurs fois dans la rue, à Marseille. J’ai vu des jeunes filles prostituées se battre et tenter de survivre sur le
trottoir pendant que leur copain était en galère. Certaines leur ramenaient même de l’argent en prison.

Avez-vous connu pendant votre enfance marseillaise des gens comme les personnages de Shéhérazade ?
C’est arrivé, sporadiquement. Je ne baignais pas dans ces milieux, sinon j’aurais sombré dans la délinquance, moi aussi. J’habitais dans le 13e arrondissement qui, en termes de sociologie, se situe entre les cités pauvres et les quartiers tranquilles. Et j’étais plutôt bon à l’école. Plus tard, en passant quasiment une année dans les Centres Éducatifs Fermés pour un documentaire, j’ai tissé des liens avec cette jeunesse. J’ai même essayé de chercher les protagonistes du fait divers qui m’inspirait. Je ne les ai pas trouvés, mais j’ai rencontré des
gens qui les connaissaient, cela a conforté l’idée que cette histoire était assez banale.

Montrer une réalité dont vous avez été le témoin, c’est une nécessité ?
Pour écrire ce film, je suis revenu habiter dans la ville où j’ai grandi. J’ai passé plusieurs mois avec des jeunes femmes qui se prostituent dans le quartier de la Rotonde, où a eu lieu cette histoire. Elles ont entre 16 et 24 ans, elles traînent en bande. Elles vivent dans des chambres d’hôtel du quartier. J’ai observé leur vie dans la rue, je leur ai demandé de me parler de leur vie amoureuse. Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre elles étaient passées par des foyers. Ça s’inscrivait dans la continuité de mon travail, un documentaire et un court métrage sur un jeune de foyer. Au départ, ce n’était peut-être pas conscient, mais je sais aujourd’hui qu’à la base d’un projet, il y a toujours pour moi une exigence documentaire. J’ai besoin d’y croire, j’ai un problème de croyance avec un cinéma trop artificiel. Je peux aimer le cinéma fantastique ou de science-fiction, mais il faut que ce soit réaliste. Le cinéma est un sport de riches et mettre en avant des personnes qui restent habituellement dans l’ombre, essayer de le faire de façon authentique, cela me paraît très important. C’est un geste politique. D’où le choix de comédiens non-professionnels : ils ont instinctivement le langage, les gestes des personnages. Leur visage raconte une histoire. Mon producteur, Grégoire Debailly, aime aussi les histoires ancrées dans le réel, avec une
approche documentaire. Il produit les films de Samuel Collardey. Mais, avec Shéhérazade, je suis allé un peu plus vers la fiction.

Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?
À Marseille, j’ai rédigé une première version assez documentaire. Puis je suis reparti à Paris, et la scénariste Catherine Paillé m’a fait des retours : ce qui ne devait être qu’une collaboration est devenu une vraie co-écriture. Elle a apporté une sensibilité qui lui est propre, quelque chose de poétique, et aussi beaucoup de bon sens. Les dialogues étaient déjà très écrits parce que je connais le langage de ces jeunes, je connais leurs expressions, je les maitrise même très bien. Ce qui ne m’a pas empêché, au tournage, de laisser parfois
les jeunes improviser. Et puis Lisa Amedjout, qui joue le rôle de Sabrina dans le film, m’a aussi aidé : elle connaissait bien les filles du quartier de la Rotonde, elle m’a dit ce qui sonnait juste ou pas dans leurs scènes.(….)

Pourquoi ouvrir votre histoire contemporaine par des images d’archives ayant trait à l’immigration ?
Pour ancrer le film dans Marseille, pour que la ville soit un personnage à part entière. Marseille est une ville d’immigration, je suis moi-même issu de l’immigration, ma mère est arménienne. C’est une façon de dire que les héros de ce film sont les enfants de ces gens-là. Quand j’étais enfant, on avait tous des origines étrangères : ce mélange de cultures représente Marseille. Dans un souci documentaire, j’ai tourné le film sur les vrais lieux de prostitution : le quartier de la gare Saint Charles et le boulevard Sakakini. Dans les endroits où traînent et vivent mes personnages: le quartier de Belsunce et le parc Kalliste dans les quartiers Nord de Marseille. Comme les acteurs, les décors devaient être authentiques, ce sont ceux que mes personnages côtoient dans la vie réelle. Tout a été tourné in situ, à Marseille. (…)

Vous filmez parfois de loin, dans l’embrasure d’une porte, via un miroir, comme quand Zac vient voir sa mère… Dans quel but ?
Parfois, je trouve trop grossier d’être avec les personnages à l’endroit où il se passe quelque chose. Il est plus fin, plus délicat, de rester à distance. D’ailleurs, il y a des scènes que j’aime moins parce que je me reproche de les avoir filmées trop frontalement. La mère de Zac correspond bien aux mutations sociales de la ville : elle appartient à une nouvelle génération de mamans. Aujourd’hui elles sont jeunes, leur mari est souvent en prison, elles sont parfois démissionnaires vis-à-vis de leurs enfants. J’ai rencontré beaucoup d’éducatrices, leur métier est un vrai sacerdoce. Il n’y a pas assez d’argent pour une vraie réinsertion et il est impossible de trouver du travail à Marseille, j’en ai fait l’expérience à la sortie du lycée. C’est une ville très pauvre. (…)

Quand Zac décide de devenir proxénète, le film délaisse le naturalisme pour se frotter au cinémade genre…
Je n’ai pas vraiment pensé le film en termes de genre, même si Shéhérazade est « trans-genre » comme beaucoup d’autres films aujourd’hui : il mêle des codes du documentaire, du thriller, du film noir et de l’histoire d’amour. La base est naturaliste, mais je voulais décoller un peu de ça, j’aime bien les récits plus amples. J’ai pensé que le film était tellement documentaire que je pouvais m’amuser à proposer autre chose. C’est aussi pour ça que j’ai choisi Jonathan Ricquebourg comme chef opérateur : il a signé l’image de « Mange tes morts », qui partait du documentaire pour dévier vers le monde des gangsters. Les intrigues et les scènes mafieuses du film par exemple, je les ai écrites en me documentant, puis je les ai réécrites sur le tournage avec certains acteurs du film qui connaissaient mieux que moi les situations que je décrivais. Ils m’ont montré où garer le scooter pour braquer les Bulgares, par exemple… Les acteurs étaient en quelque sorte les conseillers techniques du film !

Le troisième acte est singulier : il met au jour une puissante histoire d’amour…
À côté de l’aspect documentaire du film, je voulais insuffler une dimension romanesque à cette histoire d’amour. Je souhaitais que Zachary et Shéhérazade « se crament » pour une histoire de cœur, qu’ils touchent au sublime. J’ai beaucoup pensé à Pasolini et à Elia Kazan au moment de l’écriture du scénario. Je voulais une éducation sentimentale contemporaine, une histoire d’amour sur la brèche, au jour le jour, comme cellesque je connais.

L’aveu impossible devient un enjeu scénaristique d’une force imprévue. Il faut toute la maïeutique de la machine judiciaire pour faire parler Zac et Shéhérazade…
Avec la partie tribunal, le film change de registre, on est dans autre chose : le langage, le monde des adultes, on s’adresse presque à une autre zone du cerveau. À l’écriture, on avait identifié deux enjeux intéressants : le déni de l’amour pour Zac et le déni de la prostitution pour Shéhérazade. C’était ça dont j’avais envie de parler, on touche au cœur du projet. Shéhérazade a beaucoup de mal à reconnaître qu’elle exerce ce métier. Et Zac ne peut pas admettre être amoureux d’une fille, encore moins d’une pute. Ça fait faible, ça lui demande d’abandonner le personnage qu’il s’est construit. Il doit dire en public le contraire de ce qu’il a dit au début du film : « Moi, je respecte les filles, je respecte pas les putes ».

À quoi sert le personnage de Zelda, la colocataire transgenre de Shéhérazade ? À montrer déjà que Zac peut changer…?
Je me suis rendu compte en enquêtant qu’il y avait à Marseille beaucoup de garçons ou de filles qui se prostituaient tout en étant en transition, en cours de changement de sexe. Je me suis dit que je ne pouvais pas parler de ce milieu-là sans avoir un personnage comme eux. L’actrice elle-même est transsexuelle. Zelda prend du crack et je ne pouvais pas non plus occulter l’emprise des drogues dures. Mais, oui, l’obligation qu’a Zac de cohabiter avec elle marque un début de changement en lui. Au casting, quand j’ai demandé à des jeunes des quartiers de jouer avec des personnes transgenres, c’était assez violent. Du coup, j’ai pensé que c’était intéressant de montrer qu’en vivant près d’elle, Zac commence à mieux comprendre l’autre.

Pourquoi ce titre ?
J’ai baptisé le film du nom du personnage qui en est le moteur, qui fait changer mon personnage principal. Et le personnage s’appelle Shéhérazade parce que j’ai croisé des filles qui portaient ce nom et que je trouvais ça en décalage avec la Shéhérazade des Mille et une nuits, bien que ce soit une courtisane. Surtout, je voulais que le film soit féminin.

Propos tirés du dossier de presse

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Bettina Oberli

 

Née le 6 novembre 1972 à Interlaken

Suisse

Scénariste, réalisatrice

Les Mamies ne font pas dans la Dentelle, Le Vent Tourne

Bettina Oberli, cinéaste des zones obscures

Elle a connu un immense succès populaire avec «Les mamies ne font pas dans la dentelle» mais a aussi tourné d’âpres tragédies. Figure importante du cinéma suisse, la réalisatrice bernoise sort «Le vent tourne», un drame rural situé dans le Jura.

Elle sourit: «J’ai différentes facettes comme tout le monde.», concède une préférence pour le drame: «Je suis plutôt attirée par l’exploration des zones obscures de l’âme humaine.» Parmi ses références, elle cite Jane Campion, des réalisatrices autrichiennes dans la lignée de Michael Haneke comme Barbara Albert ou Jessica Hausner, mais aussi Claire Denis et Olivier Assayas. Et puis bien sûr Lars von Trier «que j’adore et déteste en même temps, comme il le veut». Melancholia, chef-d’œuvre nihiliste, l’a ébranlée: il lui a fallu trois jours pour s’en remettre. Un peu de cette âpreté se retrouve dans Le vent tourne. Situé dans le Jura, ce drame rural s’articule autour d’un couple de paysans, Pauline (Mélanie Thierry) et Alex (Pierre Deladonchamps), qui essayent de vivre au plus près de leurs convictions idéologiques. L’éolienne qu’ils installent devant leur ferme concrétise un projet commun – et attise des dissensions latentes. «Je voulais une femme de certitude qui perd ses certitudes pour se reconstruire, et que cette femme soit inscrite dans le monde contemporain», explique Bettina Oberli.

«Auf Französisch»

Pour la première fois, elle a tourné un film qui parle français. Elle s’étonne que tout le monde s’en étonne alors que personne ne bronche quand Pierre Monnard fait Recycling Lily en Schwyzerdütsch. «Dans notre pays, nous avons quatre langues, quatre cultures. C’est parfois pénible, parce que ça nous sépare, mais c’est beau.» Elle voulait tourner dans le Jura, dont les paysages l’inspirent car, sans vue sur les Alpes de neige ni chalets fleuris, ils rompent avec les clichés d’une Suisse pittoresque et ripolinée. Comme on parle français dans les Franches-Montagnes, la langue de Blaise Cendrars s’est imposée, dite par deux grands comédiens français. Mélanie Thierry a envie de travailler avec des cinéastes qui ont une vision forte. «J’ai trouvé ça avec Bettina. Nous n’avons pas toujours été d’accord, il y a eu de petites frictions. Mais tout s’est très bien arrangé. On s’aime beaucoup. Je sais que je suis dure, coriace. Bettina est trop gentille et moi je suis trop méchante», analyse-t-elle. Le français, Bettina Oberli l’a appris toute petite auprès de sa famille maternelle venue du Seeland. Son compagnon et collaborateur régulier, le chef opérateur Stéphane Kuthy, né à Paris, parle français à la maison avec leurs deux enfants, et l’aîné fait le gymnase bilingue. Quant au cadet, il se passionne pour le théâtre: à 11 ans, il a déjà tenu des rôles dans des pièces de Dürrenmatt ou Thomas Mann jouées au Schauspielhaus.

Pluie torrentielle

A Locarno, Le vent tourne n’a pas eu de chance. Une pluie torrentielle a interrompu la projection sur la Piazza Grande. «C’était horrible! Un cauchemar! reconnaît Bettina Oberli. Au milieu de la première mondiale du film, les 8000 spectateurs ont fui. J’ai dû partir, je me suis cachée toute seule derrière l’écran en pleurant, sans savoir que faire. Me suicider? Rentrer à l’hôtel?» Lot de consolation: elle n’a jamais reçu autant d’affection de la part de la branche cinématographique. Quant aux journalistes suisses, la plupart affichaient des moues hautaines. Une façon de faire payer à la réalisatrice le fabuleux succès des Mamies? Elle en a parlé l’autre jour avec Michael Steiner, le réalisateur de Mein Name ist Eugen, selon lequel «si tu as un succès en Suisse, on ne te le pardonne jamais». Bettina Obeli relativise ce verdict. Elle admet toutefois qu’un réalisateur doit «donner l’impression d’être modeste, s’excuser d’avoir du succès». D’ailleurs, elle a prudemment refusé de réaliser Heidi, projet doré sur tranche et destiné à exploser le box-office.

Fin ouverte

A Locarno, lorsque l’association SWAN (Swiss Women’s Audiovisual Network), qui milite pour la parité dans le cinéma suisse, a invité les femmes et les hommes de bonne volonté pour une colazione, Bettina Oberli était évidemment présente. En quelque vingt ans d’activités dans le milieu du cinéma, elle a pu observer que «l’ambition, les idées claires, l’exigence sont des valeurs connotées positivement chez l’homme et plutôt négativement chez la femme. On est perdues si on commence à avoir peur de ça. C’est compliqué. Depuis quelques mois, le sujet de l’égalité est omniprésent, nombre de femmes célèbres s’investissent. Je pense qu’il n’est plus possible de revenir en arrière. Le chemin sera long, mais on va dans la bonne direction.» Le vent tourne se termine sur un plan de Pauline, debout devant le Creux-du-Van. Certains spectateurs décèlent la fascination morbide du gouffre. Mélanie Thierry trouve cette image «inquiétante». D’autres voient le vent du large. Bettina Oberli trouve cette conclusion très optimiste. C’est une proposition au spectateur, l’horizon qui s’ouvre. «Il faut laisser les fins ouvertes: elles résonnent plus longtemps.

D’après Antoine Duplan pour Le Temps du 20 septembre 2018.

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Programmation exceptionnelle du 7 au 13 février 2018

À l’occasion de l’ouverture de 2 nouvelles salles, Ciné-Mont-Blanc Sallanches et Cinécimes présentent, pendant la semaine du 7 au 13 février 2018, une sélection de films sortis en 2017. Ouvrez le lien pour découvrir les horaires de la programmation:

Rétrospective 2017 Ciné Mt Blanc du 7.2 au 13.2.2018

CHAVELA VARGAS (Catherine Gund, Daresha Kyi)

De Frida Kahlo à Pedro Almodovar, artiste inspirante et inspirée, ce récit composé d’images rares révèle une femme à la vie iconoclaste et d’une modernité saisissante.
Figure de proue de la musique mexicaine Ranchera, CHAVELA VARGAS, restera à jamais empreinte de récits et de légendes. (suite…)

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Léonor Serraille

Née à Lyon

France

Scénariste, réalisatrice

Jeune femme (Caméra d’or au festival de Cannes 2017, sélection « Un Certain Regard »)

Entretien avec Léonor Serraille

« Jeune femme » aurait pu s’appeler « Jeunes femmes » : dans l’équipe, les femmes sont à tous les postes: directrice de la photographie, ingénieure du son, monteuse image, monteuse son, décoratrice, compositrice, productrice…

Pour tourner Body, mon moyen métrage, j’avais fait appel en grande partie à mes camarades de la Fémis, et comme j’avais apprécié leur travail et l’énergie qui nous réunissait, nous avons continué ensemble. Ce n’était pas un choix délibéré de faire un        « casting d’équipe » féminin, mais à l’arrivée, je ressens une grande fierté : il est important que des femmes arrivent massivement à des postes décisifs. (suite…)

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Eric Caravaca

Né le 21 Novembre 1966 à Rennes

France

Acteur (théâtre, cinéma), scénariste, réalisateur

Le Passager, Carré 35

NOTE D’INTENTION

Tout commence sur le tournage d’un film. Le décor ce jour-là est un cimetière en Suisse. Marchant dans les allées, je me retrouve dans ce qu’on appelle le « carré enfant ». Devant ces petites tombes parsemées pour certaines de jouets noircis par le temps, émaillées de quelques mots gravés sur la pierre qui parfois ne comporte qu’une seule date, une tristesse profonde m’envahit. Je ne comprends pas : je n’ai aucune raison d’être dévasté par ces tombes d’enfants. (suite…)

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Philippe Van Leeuw

Né en 1954 à Bruxelles

Belge

Réalisateur, scénariste, directeur de la photographie

Le Jour où Dieu Est Parti en Voyage, Une Famille Syrienne

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE VAN LEEUW

Le film raconte la journée d’une famille syrienne vivant confinée dans son appartement. D’où est venu le désir de faire ce film ?

D’un sentiment d’injustice. Quand la Communauté Internationale s’est engagée en Libye avec tous les moyens nécessaires, militaires et politiques, au même moment, en Syrie, les manifestations pacifiques étaient réprimées par la terreur, et là, personne n’a bougé. Comme pour mon premier film, « Le Jour où Dieu est parti en voyage« , (suite…)

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